VI
488 LA BMINE MAMAN.
MADAME BB G»DJGOURT.
Vous r^mez donc un peu ?
VICTOKIWE.
Ce n'e$t pas cela; mais je ne croyais pas que ce mariage dût se décider ce soir.
MADAME I>E CRÉDICOUBT.
Tant mieux, si cela se peut. (Vktorine soupire; ) Je u'aî pas encore pu vous deviner, ma chère enfant. Avezvous besoin de conseils comme votre grand'maman? Prenez-moi pour votre monsieur du Rosnay, donnezmoi votre confiance , vous verrez que vous vous en trouverez bien.
VICTORINE
Aller si vite lorsque le père de monsieur Edouard rompt des engagemens qu'il avait contractés pour son fils ! On aurait dû au moins le prévenir !
MADAME DE CRÉDICOURT.
Il recevra un billet de part comme les autres^
(^ Victorine la regarde avec an léger frémissement. ) Nc faUt-il paS aUSSÎ
lui demander son consentement? Je sais bien qu'en prolongeant cette incertitude, vous pourriez avoir encore quelques soirées agréables. Tenir des rivaux en présence, c'est assez amusant; mais où cela vous mènerait -il? Il fondrait toujours en finir. Sachez, prendre une résolution une fois pour toutes. Je ne vois pas ce qu'il y a de si tentant à s'appeler madame de Latour. Il me semble qu'il faut être grosse et commune pour s'appeler madame de Latour.
VICTORINE
La mère de monsieur Edouard, qui s'appelle madame de Latour, est mince et a l'air très-distingué.
wÈME imi. An
MADÀMfi DE GREDIGOURT.
ÉpcMisa monsieur Edouard. Il est certain qu'il mettra bien de Fargent par-dessus celui que vous lui aurez apporté; ifous aurez des voitures , des chevaux; vous pourrez vous faire faire des toilettes bien chères pour aller où tout le monde va; mais la cour deviendra un pays étranger pour vous. Le salon de madame votr^ mère est rempli ce soir de tous les nôtres; est-ce que cela ne vous parait pas mieux que la société que vous recevez d'habitude ? •
VICTOBINE.
Comme je n'y suis pas encore faite.-.
MADAME DE CBÉDICOURT.
Vous vous y ferez bien vite, comme on se fait à tout ce qui est bon. Vous êtes née comtesse; n'allez pas contre le vœu de la* nature. Un habit de cour vous siéra à merveille. Je voudrais déjà être au jour de votre présentation, vous voir avec du rouge ^ beaucoup de rouge.
VICTORINE
C'est bien laid.
MADAME DE CRÉDICOURT.
Il faut cela, c'est l'étiquette. Vous aurez les diamans de madame votre mère.
VICTORINE
Ma bonne maman m'a aussi promis les siens.
MADAME DE CRÉDICOURT.
Monsieur le comte ne manquera pas d'en mettre dans votre corbeille. Ce sera quelque chose d'assez rare qu'une femme présentée sans avoir fait d'emprunt, rien qu'avec des diamans de £simélle.
468 LA BOIVIVE H A VAN.
YIGTORINE, •oupirant.
Oui... mais...
MADAME DE GRÉDIGOUBT.
Expliquez-vous. Je ne sais pas deviner. Qil'y a-t-il encore de nouveau ?
VIGTORINE , avec explosion.
Tenez , madame , si monsieur Edouard était comte, je ne désirerais plus rien au monde.
MADAME DE GRÉDICOURT.
C'est pitoyable, mon enfant, il faut que je vous le dise. Comment ! vous nous paissez convoquer le ban et Tarrière-ban des personnes les plus recommandablés, sans vous soucier de l'esclandre que cela peut causer !
VICTORINE, piquée.
Ces personnes seraient encore plus recommandables qu'elles ne le sont, je ne vois pas ce qui pourrait les compromettre d'être venues chez ma mère.
MADAME DE GRÉDIGOURT, d'uà ton patelin.
Réfléchissez donc qu'elles n'y sont venues qu'à cause de ce mariage.
VIGTORINE.
Si l'on a cru m'engager par-là , on a eu grand tort. Nous n'avions pas encore parlé, puisque même ma bonne maman n'a rien su que ce soir. On n'avait qu'à imiter notre discrétion.
MADAME DE GRÉDIGOURT, lui prenant la main.
Je crois qu'elle se fâcherait.
VIGTORINE.
Ce serait avoir une singulière idée de nous que de