‹ Proverbes dramatiquesChapitre 247 sur 255 · MADAME CARRÉ, MONSIEUR DU ROSNAY, VICTORINE · texte numérisé non relu

MADAME CARRÉ, MONSIEUR DU ROSNAY, VICTORINE

VICTORINE BCCoartd'oB air très-^ma «t Minet une lettre k madame Carre.

Bonne maman, une lettre qu'on vient de me donner de la part de monsieur Edouard. C'est la première que je reçois de lui , je n'ai pas osé l'ouvrir, et je vous l'apporte.

MADAME CARRÉ

Bonté divine ! comme te voilà, mon enfant! Calmetoi donc. Que crois-tu qu'il y ait dans cette lettre ?

VICTORINE

Je n'en sais rien, bonne maman; mais j'ai peur qu'il ne se doute de toutes nos folies.

( Elle s'assied en pleurant. ) MADAME CARRÉ.

Ne pleure pas; non^ allons voir. Tu l'aimes donc encore ?

TICTORI2Œ.

Oh ! ma bonne maman , délivrez-moi de monsieur de Bretignac; c'est tout ce que je demande.

MADAME CARRÉ

Pourquoi ne t'e&-tu pas expliquée tantôt ?

VICTORIIÎE.

C'est vrai. Monsieur Edouard doit être bien mécontent.

MADAME CARRÉ

S'il faut être témoin que tu n'as jamais hésité entre lui et monsieur de Bretignac , j'en suis témoin.

VICTORINE , l'embrassant.

Ma bonne maman , que vous êtes indulgente !

MADAME CARRÉ

Pourvu que tu ne changes plus.

VIGTORJIÏE , avec une ëmotion toujoors croUsante.

Vous n'avez pas d'inquiétude à avoir; mes réflexions sont trop bien faites. J'ai profité d'un instant où ils m'ont laissée libre , pour m'asseoir seule dans un coin du salon. Là, j'ai fermé les yeux, et je me suis vue comtesse avec un habit de cour, beaucoup de rouge, des diàmans; j'étais nommée quêteuse; un duc me donnait la main; mon nom était mis dans les journaux. Tous ces messieurs et toutes ces dames que monsieur de Bretignac et madame de Crédicourt nous ont amenés m'accablaient de ces complimens à bout portant dont ils m'ont donné ce soir un échantillon, et cependant je pleurais.

ïu pleurais !

SGEIME X. 477

TicTaniNE.

Je pensais que tout cela n'était que de la vanité; qu'il faudrait pour ainsi dire renoncer à vous, à maman....

MADAME CARRÉ

Et puis à monsieur Edouard. ' victorine:

Et puis à monsieur Edouard. Que des coraplimens, des flatteries n'étaient pas de l'amitié, de la confiance; que ma vie n'allait plus dater que du jour de mon mariage; que tous nos parens, qui ont toujours été si bons pour moi , que monsieur du Rosnay surtout, ne me regarderaient peut-être que comme une idiote qui s'était laissé prendre à un sot orgueil, et qui méritait d'en être punie; que si j'étais mal- ^ heureuse, personne ne me plaindrait...

MADAME CARRE

Tais-toi donc, tais-toi donc. Personne ne te plaindrait!...

M. DU ROSNAY

Et cette lettre que vous tenez, vous ne voulez donc pas la lire ?

Il n^oublie rien, ce bon monsieur du Rosnay.

( Elle lui présente la lettre.) TcnCZ , la VOici , OUVreZ-la. M. DU ROSNAY.

Je ne puis pas ouvrir une lettre qui est adressée • à mademoiselle Victorine.

MADAME CARRÉ

C'est que je n'ai pas mes lunettes.

478 LA BONIVE MAMAN.

M. DU ROSHAY.

Voulez- VOUS les miennes?

( Il lui donne ses lunettes. } TICTORINE.

Gomme le cœur me bat !

MADAMB CARRÉ.

Attends un peu, nous allons voir.

' ( Elle ouvre la lettre et lit. )

(c Mademoiselle,

a Enfin je suis libre. » Voilà déjà un bon commen* cernent. « Mon père est dégagé de sa parole. J'aurais « été vous porter moi-même cette heureuse nouvelle « si je n'avais craint de rencontrer chez vous un mon* ce sieur de Bretignac qui y est reçu depuis quelque « temps. Dans la position incertaine où j'étais, je n'ai « pas l'injustice de blâmer la conduite de madame « votre mère; mais jugez de ce que j'ai dû souffrir. » ( AVictorine.) Il ue t'avait jamais parlé de cela ?

VICTORUîE.

Jamais.

M. DU ROSNAY , attendri.

C'est un excellent jeune homme.

MADAME CARRÉ , k Victorine.

Entends-tu ce que dit monsieur du Rosnay, que c'est un excellent jeune homme ?

M. D€ ROSNAY

Vous n'avez pas fini.

MADAME CARRÉ

Non, il y a encore quelque chose. (EUe m.) « Grâce c< au ciel, me voilà sauvé; aussi den^in,>ans plus

fiCENE XI. 470

« tarder, irons-nous, mon père et moi, demander « votre main à madame Dubreuil et à votre bonne « maman avec tout le cérémonial requis en pareille a circonstance. Depuis long-temps je ne* dormais a guère ; mais certainement cette nuit je ne- dormi- « rai pas. A demain matin. *

a Le plus heureux des hommes,

« ÉoQUAJaO DE L^TOUR. »

Cela a-t-il le sens commun ? Cette lettre n'est pas pour moi; mais cette confiance, cette bonne foi, cette candeur de ce pauvre enfant, me rendent tout je ne sais comment. Va chercher ta mère, Victorine, je veux lui parler tout de suite; n'est-ce pas monsieur du Rosnay ? Il n'y a plus à balancer. Va , mat petite, va.

VICTORINE

Oui , ma bonne maman.

( Elle «ort. >

Page 1