SCENE II
M. JACOB
Si c'est comme cela que vous l'entendez.
M. DES CONTOURS
Il ne faut pas davantage. Avec quarante mille livres de rentes , je vous assure qu'on vit trèsbien.
M, JACOB
Penseriez-vous déjà à l'épouser?
Monsieur Jacob, je suis bien las de la vie que je mène. J'enrage quelquefois d*être cloué dans un méchant manoir, après avoir été si brillant dans la capitale.
M, JACOB
J'ai bien peur que le petit-fils de madame de Monval ne fasse comme vous ; et encore n'aura-t-il pas le bon esprit que vous avez eu, de conserver un manoir pour se retirer quand il aura dissipé tout le reste.
M. DES CONTOURS, se frottant les mains.
Il fait donc bien danser les écus de la bonnemaman ?
M. JAGOB.
Son tuteur en est désolé.
M. DES CONTOURS
C'est que vous ne savez pas, vous autres, combien c'est agréable de faire danser des écus. Malheureusement ça va trop vite. Il ne faut plus penser à cela.
14 LES HONIVEURS.
Combien voulez-vous vendre cette terre à madame Dumont ?
M. JACOB
Nous lui en demandons, je crois, trois cent mille
francs.
M. D£s coirrouns.
C'est conscience. Après tout , j'aimerais bien une femme qui peut mettre cent mille écus à l'acquisition d'une terre. Son mari était donc dans la finance ?
M. JACOB
Son mari était parfumeur.
M. DES CDNTODRS.
Parfumeur ! On gagne tant d'argent que cela à être parfumeur à Paris ? Parbleu ! je suis bien fâché de ne pas m'être fait parfumeur. Mais si j'épouse la parfumeuse, cela reviendra au même.
M. JAGOB.
Vous ne craignez pas de déroger.
M. DBS GONTOTJRS.
Le métier que je fais est si noble ! Je chasse depuis le matin jusqu'au soir comme un imbécile. Je n'aime pas les paysannes ; votre ville de Saint-Martin est à mourir d'ennui; excepté votre maison, tout le reste est un troupeau d'oies. Pour sortir d'une pareille existence, je ferai bon marché de tous mes aïeux, je vous en réponds. Si du moins j'avais pu m'em- J)arquer avec quelqu'une de vos dames dans une intrigue un peu difficile , que j'eusse trouvé quel-
9CENE n. IK
ques obstacles , 'quelques rigueurs à combattre , cela m'aurait tenu en éveil; mais aucune d'elles n'a le goût des difficultés, c'est comme un fiiit exprès.
M. JACOB
Vous êtes bien joli garçon j il faut en convenir.
M. DES COPfTOtJRS.
J'ai pourtant passé la trentaine ; mais pour une veuve de quarante ans, qui n'a qu'un fils d'uxie f?iible santé , des idées de grandeur à coup sûr....,
M. JACOB
Ah ! je vous en réponds : un air d'assurance , un ton de commandement; c'est une princesse.
M. DES CONTOURS
Vous voyez bien que mes projets ne sont pas si hasardés.
M. JACOB
Elle s'est déjà munie d'une demoiselle de compagnie, mademoiselle Sachet, qui, je crois bien, est une de ses anciennes filles de boutique , mais qui a pour madame Dumont une vénération, un respect... C'est risible.
M. DES CONTOURS
Comment a-t-elle fait le voyage ?
M. JACOB
En poste, vraiment, dans une très-jolie voiture^ à elle, un domestique sur le siège.
M. DES CONTOURS
Je VOUS dis qu'il ne lui manque plus que d'être madame la baronne des Contours.
M. JÂCOB.
A l'entendre parler de son château , il est sûr qu'il y a du féodal dans ses idées,
M. jDES CONTOURS.
Tant mieux 9 tant mieux. Nous devons désirer qu'elle soit folle , le jeune Monval pour en tirer cent mille écus, et moi pour pouvoir reprendre la vie de Paris.