SCENE I
JaêL BARONNE.
Paix donc, juste ciel ! paix donc. Les murs ont des oreilles.
Là COMTESSE.
Que m'importe!
LA BARONNE
Ma bru, vous n'y pensez pas.
LA COMTESSE
Bouleverser toute une existence par le caprice le plus ridicule.
LA BARONNE
En vérité, je vais vous quitter. Je ne suis pas accoutumée à entendre parler ainsi.
Qu'ai-je fait? là , qu ai-je fait? je vous le demande»
LA BARONNE
Vous vous êtes arrêtée en route.
LA COMTESSE
Et vous trouvez
LA BARONNE
Oui, je trouve que vous avez eu tort. Quel mérite aurons-nous auprès de nos maîtres , si nous n'avons pas au moins celui de l'exactitude ? Chaque fois que j'ai demandé une permission pour m'absenter, je n'avais pas de cesse que je ne fusse revenue. J'étais tourmentée , j'étais malheureuse ; aussi n'en demandais-je*pas souvent.
174 LA BI86EACE.
LA COMTB6SE.
Mais je n'ai pas excédé le temps qui m'avait été accordé,
LA BARONNE
Vous vous êtes arrêtée en route, et vous ne deviez pas le faire.
LA COMTESSE
Vous me rendriez folle.
LA BARONNE
Pensez-vous à toutes les personnes qui se trouveront entraînées dans votre disgrâce ? Moi qui ai conservé mes grandes entrées, ne puis-je pas les perdre? alors je perds tout ; car les ministres ne se soucient plus de mes recommandations. Mon frère , ses enfans, votre famille, vos protégés, tous doivent être dans des transes mortelles. Voilà comme les meilleures maisons tombent à rien.
LOUISE, douant une lettre k la comtesse.
Madame, c'est une lettre.
LA COMTESSE, prenant la lettre.
Qu'avez-vous donc à me regarder ?
1>OUISE
Rien, madame. Je ne regarde pas madame.
LA COMTESSE
Vous avez un air effaré comme si vous preniez le plus grand intérêt à ce qui se passe. Je vous fais grâce de cette pantomime.
SGEIVE I. . i7»
LOUISE
Madame y il n'y a pas de pantomime.
LA COMTESSE
Taisez^vous. Attend-on la r^onse ?
Oui, madame.
LA COMTESSE
Dites que je vais la faire.
( Louise sort.) LA COMTESSE, après avoir parcouru la lettre.
Permettez-vous que je passe dans mon cabinet?
LA BAROWNE.
Ne vous gênez pas pour moi.
LA COMTESSE , d'un air joyeux.
Cette lettre est de madame de Furtzbourg; elle m'y accable de cajoleries ; et comme, malgré sa prétendue légèreté , elle sait toujours fort bien ce qu'elle fait, cela me paraît d'un assez bon augure.
LA BARONNE
U est sûr que celle-là ne perd jamais ses phrases.
LA COMTESSE, lisant avec plus d'attention.
Voyez donc , madame : « Nous> avons beaucoup « ri ce matin de la petite Walter , qui a la simplicité a de croire qu'elle doit vous remplacer. »
LA BARONNE
Nous ! Quel est ce nous ! Serait-ce la margrave !
Ça en aurait tout Pair.
LA BARONNE
Allez, allez lui répondre , ma chère enfant, et tâchez de lui demander quelque explication. Moi y je vais voir de mon côté. A propos , savez-vous que mon frère a la prétention de devenir diplomate et d'être envoyé à Vienne ?
LA COMTESSE
Nous verrons cela, nous verrons cela.
LA BARONNE
Eh bien ! vous ne m'embrassez pas ?
LA COMTESSE
Volontiers. (EUes s'embrassent. La comtesse sort.)
LA BARONNE, seule.
J'espère beaucoup. La feue margrave aimait assez à faire, de ces tours-là ; elle était quelquefois des semaines entières sans vous regarder ; et puis , quand vous vous étiez bien tourmentée, elle vous reparlait tout à coup. Il faut bien que les princes s'amusent à quelque chose. Ce n'est pas l'embarras, si c'était la petite Walter qui succédât à ma belle-fille , mes intérêts ne seraient pas compromis.
(Elle sort.)