SCENE 1, ses
cœur, tout, est là. A notre retour en France, nous avons nialheureusenient été obligés de faire luie foule (le concessions, d’accueillir tout ce qui nous était bon à quelque chose. Avant de songer à reprendre nos. anciennes habitudes, il fallait savoir si l’on aurait de quoi vivre. Aujourd’hui, que nous ôomnaençons à être un peu rassurés de ce côté-là, je ne vois pas pourquoi nous continuerions des politesses qui n’ont plus aucun but. Avez-vous invité beaucoup de monde ce soir, pour commencer?
LA MARQUISE
Je (x>mpte sur vingt personnes.
LA BARONNE
l‘our un souper, c’est bien peu.
Écoutez donc, je ne veux pas me ruiner, non plus.
LA BARONNE
Vous êtes un enlant si vous croyez que cela soit ruineux. On a cinquante personnes, et une table de vingt couverts seulement; s’assied qui veut; souper est un mot; c’est le plaisir d’ètre tmsemble. Nous avions une volaille, des légumes, quelques sucreries et du dessert; pas autre chose. Je sais bien que les linanciers faisaient des folies; mais c’étaient des linanciers, on les laissait faire. * . -
LA MARQUISE ^
. OÙ trouvait -on cinquante personnes dans ce temps-làZ 7. -• f .. . .. - .
LE SOUPER
LA BABCWNE.
~ OÙ on les trouverait aujourd’hui; dans la bonne compagnie.
LA HARQVISE.
Oui; mais qui eussent toutes de Fesprit, ou du moins qui fussent amusantes ?
LA BARONNE
Dans les gens de nom, je ne connais pas d’ennuyeux.
Ah! madame la baronne!
LA BARONNE
D’abord , je tiens par-dessus tout aux bonnes manières, à quelque chose d’élégant, à des habitudes bien prises ; et il est certain qu’il n’y a que nous qui ayons cela.
LA MARQUISE
Je n’en suis pas frappée.
LA BARONNE
Parce que vous avez été élevée à la Jean-Jacques , ma chère marquise; c’est une tache qui ne s’efface jiunais. Votre mère, quoique d’un goût parfait, n’avait pas pu échapper à l’esprit du temps; elle aimait les artistes ; même en émigration, elle en attirait chez elle; je vous assure que cela a influé sur vous beaucoup plus que vous ne pensez. Vous n’avez pas oublié^ le bonhomme de Brécy ?
LA MARQUISE
Oublié, non; mais je ne l’ai pas invité.
8CENE I
LA BAROKKE.
Et pourquoi cda?
Par une raison sans réplique; c’est qii’il m’ennuie.
LA BARONNE
Monsieur de Brécy vous ennuie? Vous êtes difficile. C’est un des hommes de France qui a conservé les meilleures manières, et le seul peut-être aujourd’hui qui sache encore prendre du tabac.
LA MARQUISE
Il a une place ; et quand on veut causer librement , il ne faut pas recevoir des gens en place.
LA BARONNE
. Vous ne comptez pas parler politique ? *
LA MARQUISE
On parlera de tout ce qu’on voudra, pourvu qu’on en parle bien.
LA BARONNE
Prenez donc garde que la politique aujourd'hui ce sont les ministres, et toujours les ministres; c’est bien fatigant. • • ' - •
LA MARQUISE
Il faut voir; on n’en a pas encore parlé à souper.
LA BARONNE
Si l’on faisait quelquës distinctions, si l’on ménageait ceux qui tiennent à la bonne compagnie.
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LE SOUPER
LA MARQUISE
On fera l’éloge de ceux-là si l’on veut.
LA BARÜN^E.
Mon cœur, prenez-y garde; croyez-moi, ne yous mettez pas en hostilité avec le pouvoir.
LA MARQUISE. . ■
Quels grands mots î - -
LA BARONNE
A tout moment on peut en avoir besoin ; c’est commode pour quantité de choses.