L.\ MARQUISE, ALFRED, LE VICOMTE
UN DOMESTIQUE, aaaoacaat. . ; , , ^
Monsieur le vicomte de Gabori.
( il aorl. )
LE VICOMTE, \k U uwrqtUie..
Je craignais d’avoir à percer la foule pour arriver jusqu’à vous, et je n’ai été arrêté un aïoinent que par le commandeur et la baronne. Ils ne m’ont pas trompé : désertion complète. >
LA MARQUISE
Tout-à-fait.
LE VICOMTE
Je n’ai pas osé vous le prédire; vous m’auriez reproché d’exagérer toujours ^ mais j’aurais parié que
LE flOUPER.
-vos soupers ne réussiraient pas. Il n’y a plus d’heure en France maintenant où l’on n’ait des aHaires , des hommes à voir ou à ménager , des intrigues à suivre. Vous connaissez le jeune de Mirau, qui vient d’épouser la nièce d’une de nos Excellenœs?
LA MARQULSE.
Elle est d’une laideur qu’on ne peut oublier.
LE VICOMTE
C'est à peu près le compliment que lui faisait un ' de ses amis, en lui demandant ce qui avait pu le décider à ce mariage.
ALFRED
La question était embarrassante.
LE VICOMTE
Pas du tout. Il répondit franchement qu’il avait de l’ambition, et que c’était pour ne pas perdre ses nuits.
ALFRED
C’est encore mieux que Titus.
, LE VICOMTE
'Voyez jusqu'à quel degré d’abaissement, de servitude , peuvent conduire et la soif d’argent , et ce besoin d’étre quelque chose qui tourmentent notre siècle. Une invitation de la femme la plus aimable, la moins offensive du royaume, une invitation que, dans tout autre temps, on aurait regardée comme un honneur, devient un sujet d’efûxii pour les braves de nos jours. On craiiU que ce qui se dirait entre hon-r nétes gens ne remontât jusqu’aux distributeurs des
SCE!«E Vil.
grâces. Et l’on se croit noble ! on porte la tête haute ! On a l’air de dire : Je vaux tant, puisqu’on me paie tant.
LA MAnQClSE.
Dès qu’un vice est général , il a une cause dont il ne faudrait peut-être pas trop accuser rhumanité.Tant de gens ont leur fortune à rétablir !
LE VICOMTE
If
Dites : tant de gens n’ont ni assez d’esprit ni assez de lierté pour comparer ce qu’ils désirent à ce qu’il en coûte pour l’obtenir. I..’indigence qu’on redoute de * nos jours, c’est la privation de ce qui n’est pas nécessaire; ce qu’on estime le niôins^ c’est l’indépendancê qui fait qu’on se respecte, qu’on peut avouer sessentimens et rester fidèle à ses amitiés. J’admire que ce soit vous qui défendiez ceux qui vous abandonnent, et dans un moment où un peu d'humeur n’aurait certaiiienient pas compromis la douceur de votre caractère.
LA MABOL'ISE.
Vous pensiez donc que vous me trouveriez en colère ?
LE VICOMTE
En colère, non; mais un peu piquée.
LA MARyUISE.
Je me contentais de faire des réflexions.
ALFRED
Ma tante s’imagine qt)e , si on n’avait pas fuit de ses soupers un briiit qu’elle ne peut pas comprendre, personne n’aurait hésité à y venir.
LE SOUPER
LE VICOMTE
’ Elle s’abuse; je le lui ai dit cent fois. Elle est trop désintéressée des affaires de ce monde pour apprendre à le connaître.
LA MARQUISE
Je crois pourtant le voir sans illusion ; aussi ne lui demandais-je rien. En lui offrant une maison agréable, des plaisirs tranquilles payés par un peu d’amabilité, ce n’était pas beaucoup exiger.
■ • LE VICOMTE
Et c’est ce que vous n’obtieùdrez jamais.
LA MARQUISE
L’arrêt est dur.
LE VICOMTE
Ne vient-il pas d’être justifié? Dans nos mœurs, aucune liaison ne se forme que par des intérêts, ou , *si le mot vous paraît trop dur, par des opinions. Une femme riche, veuve, spirituelle, mais étrangère à tout ce qui agite les esprits, ne réunira jamais autour d’elle que ceux qui spnt hors de toute ambition. En connaissez- vous beaucoup?
LÀ MARQUISE
Voilà une de ces raisons que je comprends parfaitement. Il est clair que, n’étant ni intrigante ni ambitieuse , je dois me résigner à vivre comme un ermite. C’est sans doute pour cela qu’on prétend que je suis disposée à former de nouveaux nœuds; on va même jusqu’à nommer le choix que. j’ai fait. • .
9CÈNK VII.
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ALFKED.
C’est peut-être une manière de vous l’indiquer.
LE VICOMTE
La prétention serait étrange. ( a nwiiiiiM. ) Mais vous n’y pensez pas, j’en suis sûr.
LA MARQÜTSE.
Il ne me manque quelquefois que de moins réfléchir pour faire cette folie. J’aimerais, clans un époux, cette fierté , cette indépendance dont les exemples sont si rares de nos jours.
LE VICOMTE
Oh ! bien rares; c’est vraiment la honte du siècle.
LA MARQUISE
Et cejiendant j’aurais peine à supporter qu’avec des talens il abjurât toute ambition, et restât confondu dans la foule.
LE VICOMTE
Et pourquoi ne .s’élèverait-il pas, s’il avait véritablement du méritePN’y a-t-il pas une ambition’ noble?0n en repousse les inspirations quand on peut craindre de se voir compromis avec le vulgaire des ambitieux. Mais un homme qui n’an-noncerait de prétentions cpi’au moment où la fortune viendrait à lui, se placerait au-dessus de tout soupc^on d’intérêt 'personnel. Quatorze mille livres de rentes ont suffi pour m’ôter juscpi'aii désir des sollicitations, et moins me suffirait encore; vous ii’eh doutez pas. Mais si j’avais une maison formée , il n’est pas de mérite, de célébrité juste-