SCÈNE xvn. SK
Ne me parle pas de tes comités préparatoires ni de rien qui ait trait aux élections. Vos candidats, de quelque parti qu’ils soient, ne sont que des gens qui veulent faire leurs affaires; aucun d’eux ne pense à la France. Et vous autres , qui mettez tant d’intérêt à ce que ce soit celui-ci plutôt que celui-là qui l’emporte, vous me paraissez tous aussi dupes que monsieur Dupré.
DENIS
Ma tante, si nous pouvons faire nommer monsieur Charmel, vous verrez, vous verrez.
MADAME DDPRÉ.
Tu crois donc qu’il l’emportera ?
DENIS
Je puis vous répondre au moins que ce ne sera pas M. Jouannét. Oh! les ministériels, personne ne veut plus en entendre parler. Le préfet a eu beau se mettre en quatre, mentir, pleurer, promettre qu’il - laissera donner un concert pour les Grecs s’il obtient la nomination de son protégé, on ne l’écoute seulement pas. Il est venu ce matin chez mon père , par grand extraordinaire, assurément; il lui a fait un amphigouri sur les libertés, les institutions nécessaires à un grand peuple, le despotisme de la centralisation, la mkessité d’administrations locales, toutes choses qu’il oubliera aussitôt que les nominations seront faites ; car ce n’est que par la mémoire que pèchent tous ces messieurs-là; mais mon père ne s’est pas laissé émouvoir.
ir. 13
AVANT ET APEE8.
. MADAME DDPHÉ.
■ Cest que mon frère est un homme, lui.
DENIS
« Je suis charmé, monsieur le préfet, lui a-t-rl répondu, de vous voir d’aussi bonnes opinions; mais comme monsfeur le procureur du roi ferait probablement un réquisitoire contre vous s’il vous entendait parler ainsi, jé ne pense pas, moi qui vous approuve complètement, que je doive lui donner ma voix. »
’ MADAME DCPHÉ. .
Il n’a eu que ce qu’il méritait. Espérer tromper mon frère ! Au lieu de s’abaisser à de pareils moyens, ne vaudrait-il pas mieux dire : « Voilà ma marchandise ^ en voulez-vous, ou n’en voulez-vous pas? »