‹ Proverbes dramatiques. Tome 4Chapitre 206 sur 254 · SCÈNE XVIIl · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIIl

MADAME DUPRÉ, DENIS, MADAME JACQUEMIN. ■ MADAME JACQDEMm.

Madame Dupré, ma bonne sœur, je suis bien instruite. Les choses, au moment où je vous parle, sont dans un état tel que, si votre mari le veut, nous pouvons encore espérer avoir nofre brave monsieur Charmel. Envoyez-lui donc quelqu’un... Tenez, votre neveu , monsieur Denis , qui ne demandera pas mieux, j’en suis sûre. Plusieurs électeurs, qui sor-

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SOSNE XVIII.

tent de chez moi, m’ont assuré que le sort des élections était entre les mains de mon frère.... Allez, monsieur Denis, vous avez de bons sentiniéns; mon frçre vous aime... C’est si important. (eii« m lau» ia>ii,«r

sur un siégé.-)

MADAME DIJPRK.

11 ne faut pas prendre les choses si à cœur que cela, madame Jacquemin; vous vous ferez du mal. Quoique les électeui-s dont monsieur Dupré dispose ne soient pas des aigles, encore ne peut-on pas les croire si flexibles qu’il les fera aller de l’un à l’autre à commandement.

MADAME JACQCEMIN.

Le préfet vient d’en donner l’exemple. Voyant que le procureur du roi n’aurait que les voix qu’il avait commandées pour lui, et qu’elles se perdraient dans le désert, il les a transportées en un clin-d’reil au parti du comte.

DENIS

Les troupes du préfet sont soldées.

MADAME DEPRÉ. ^ .

Au lieu que les électeurs de monsieur Dupré sont des gens libres en définitive, qui veulent bien faire quelque cho.se d’agréable à mon mari, mais qui se révolteraient, n’en doutez pas, s’il avait l’air de les traiter sans conséquence.

MADAME JACQEEMIN.

N’importe; essayez toujours cette démarche. Quand cela ne servirait qu’à prouver que vous n’étcs pour

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rien clans l’entreprise de mon frère, elle vous ferait honneur.

MADAME DUPBÉ.

Mais pourquoi chercherais-je à prouver cela ? Ce serait donc pour paraître meilleure que lui ?

MADAME JACQUEMIN

Ah ! si vous voulez jouer l’héroïsme conjugal, l’abnégation surnaturelle, j’avoue que je ne suis pas en humeur de vous répondre. Sans doute il ne manquera pas de gens pour nous dire que nous ne sommes que des femmes, que, par conséquent, les affaires publiques ne doivent *pas nous regarder; qu’il est ridicule à nous de nous mêler d’élections; que tous nos soins doivent se renfermer dans l’intérieur de notre ménage; que la femme forte est celle qui file. Eh bien, je suis donenne femme très-forte, car je puis filer et m’occuper dé politique.

MADAME DCPRÉ.

Vous faites fort bien; je vous approuve. Mais si vous étiez plus de sang-froid que vous ne l’êtes, me conseilleriez-vous de mettre le trouble dans ma famille pour la nomination d’un député, la chose la plus chanceuse que je connaisse? Dans un temps de hasard comme celui où nous sommes, il faut se confier à la Providence.

MADAME JACQUEMIN

Je vous prends par vos paroles ; laissons faire au hasard. Au lieu de commander une nouvelle manœuvre à ses gens, ce qui peut-être, comme vous

SCÈ.^E XVIII.

le dites, offrirait quelques difficultés, que mon frère se retire avec eux ; qu’il abandonne le combat entre les partisans du comte et ceux de monsieur Charmel ; cela est loyal et ne peut le compromettre.

MADAME DUPBÉ.

Non, madame Jacqueinyï, cela ne serait pas loyal. Vous vivez de vos revenus, et vous ne savez pas ce que c’est que la loyauté d’un marchand. Quand il a promis, il faut qu’il tienne Ses promesses. Tant pis pour lui s’il s’est aventuré.

MADAME JACQVEMIN.

Je le vois, vous auriez peur, en suivant le conseil que je vous donne, d’empécher mon frère d’aller ce soir à la fête qui doit avoir lieu chez madame la marquise de Clairvaux. '

. MADAME DDPRÉ.

Je ne savais même pas qu’elle donnât une fête.

MADAME JACQUEMIN

Mon frère ne vous en a pas parlé ! Il y a trois jours que les invitations se promènent par toute la ville. Ils sont si sûrs de leur fait, que personne n’ignore que ce ne soit en réjouissance de la nomination de monsieur le comte.

DEMS,

C’est vendre la peau de l’ours avant de l’avoir jeté par terre. - ,

MADAME JACQUEMIN

Il y a long-temps qu’il n’y a plus d’ours; il n’y a

AVANT ET AP&ES

plus que des chiens coiichans tout prêts à se laisser museler et mettre à la chaîne..-.. Mais je me tais; je me sens, je suis nerveuse, et j’aime mieux me retirer que de courir le risque de rencontrer mon frère.

■ (Elle iOrt.)

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