M. DE BRÉCOURT, IM. THIERRY
M. TIIIKIUIY.
Eli! bonjour, monsieur le préfet. Nous dînons ensemble aujourd’hui. Il paraît que le marquis se met en dépense. On doit leur donner des fonds pour
LA ©ESTITÜTIOnr.
cela. Au surplus, il n’y en a pas de mieux employés; car des élections c’est comme des lois, on ne peut les avoir bonnes qu’en traitant bien ceux qui les font.
jCIlrit.)
M. DE BRÉCOURT
Vous plaisantez, et, commé simple particulier, vous n’avez rien de mieux à faire ; mais moi qui dois penser à la dignité de l’administration , je vous avouerai que je n’aime pas toutes ces condescendances du pouvoir. Je nè connais que d’emporter les choses- de haute lutte.
M. THIERRY
Ce serait plus économique. Mais il faut se mettre à la place de pauvres provinciaux qui ne s’amusent pas beaucoup, et qui ne sont pas fâchés qu’il leur vienne de temps en temps de beaux messieurs de Paris pour leur donner des galas.
M. DE BRÉCOURT
C’est encore une dépense pour le gouvernement.
M. THIERRY
Nous en payons bien quelque chose.
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M. DE BRÉCOURT
Voilà ce que cela fait dire, et c’est détestable.
M. THIERRY
Vous ne prétendez pas être plus sévère que n’était Mazarin.
M. DE BRÉCOURT
Si c’était possible
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H. THIKBRY.
Ah ! il faut uous laisser parier , monsieur le baron , et même nous laisser rire quand nous le pouvons.
M. DE BRÉCOURT
Si j’étais ministre, je m’amuserais à vous donner une place pour voir comment vous vous en tireriez.
M. THIERRY. '
J’en mangerais les appointemens comme un autre, et je les mangerais gaiement encore. La première condition pour être admis chez moi, ce serait d’être aimable. Votre marquis de Cézannes, quoique l’Amphitryon d’aujourd’hui , n’y viendrait guère. Je ne connais pas d’homme plus maussade, plus gourmé, plus inabordable.
M. DE BRÉCOURT
Vous avez pourtant été bien accommodant pour lui. ■
M. THIERRY
Il ne s’agissait que de la nomination d’un député. On dit que je suis du bon parti; il faut bien que je fasse tout ce qu’on veut. Par exemple, il aurait dû nous donner un bal.
M. D^ BRÉCOURT
Vous tenez donc à cela?
M. THIERRY
Ce n’èst pas pour moi, vous pensez bien ; mais • pour les dames de la ville, qui se sont donné presque
LA DESTITliTlOX.
autant de peines que nous pour mettre en lumière nos nouveaux législateurs. Si votre marquis., a la prétention d’étre populaire,.-.
M. DE BRÉCOURT
Il faut que la popularité finisse, mon cher monsieur Thieri'y; en voilà assez comme cela. Des gens en place, des gens qui représentent l’autorité ne sont pas non plus des entrepreneurs de fêtes. Je ne dis pas qu’on ne doive faire absolument rien pour les masses; aussi ai-je pris l’habitude de sortir deux fois par semaine en calèche découverte, et de me montrer de temps en temps dans ma loge, au spectacle, en costume de préfet ; je trouve que c’est bien ; mais à condition que l’on n’exigera pas davantage.
M. THIF.RRV.
Quelques bals cependant ne gâteraient rien.
M. DE BRÉCOURT
Vous Vous trompez. Cela force à attirer chez soi une foule de gens qui, sous le prétexte qu’il ont dansé chez monsieur le préfet, s’imaginent qu’ils ' peuvent adresser des demandes, des pétitions, des recommandations à monsieur le préfet. On a si peu de mesure en province.
M. THIERRY
Vos prédécesseurs ne s’en (plaignaient (las.
M. DE BRÉCOURT
Qu’est-ce que c’était que mes prédécesseuiTi, aussi? Là, soyons de bon compte.