‹ Proverbes dramatiques. Tome 4Chapitre 224 sur 254 · CÈNE VI · texte numérisé non relu

CÈNE VI

M. DE BRÉCOURT, «ui.

On ne se fait pas une idée de ce que l’humilité d’un commis peut cacher d’esprit de sédition.

Celui-là sait-il assez se replier pour en veuir à ses fins. Je ne l’ai jamais trouvé au.ssi persévérant qu’aujourd’hui. C’est l’influence de ce marquis de Cézannes.

( Il s’apprtKbe de ton bureau et prend un paquet cachelv au milieu des papiers que lut a

apportri M. Renird.) Ah ! boM , voüà le rapport secret. Il y avait long-temps que je n’en avais reçu. <iiud«achctte.) Quelles nouvelles fredaines vais-jc apprendre? Des dédommageinens de ma place, voilà celui qui m’amuse le plus, ^iirii.)

Rapport de M. le commissaire Clément.

« Jeudi soir on a signalé le jeune Sébastien de « Saint-Yves entrant furtivement par la petite porte du « jardin de madame de Mayeul, donnant sur le renjo part ; et, quoique l’on soit resté en faction pendant « plus de deux heures, on ne l’a pas vu sortir. »(iiru.) Ah! ah! ah! ah! madame de Mayeul aussi! Ah! ah! ah! ah! /

LA DE8T1TUTI01V

SCÈJVB VII.

M. IIE BRÉCOURT, madamb DE BRÉCOURT.

M. DE Brécourt’

VooeZtlonc, venez donc, madame de Brécourt (ii ni.) Ah! ah! ah!

MADAME DE BRÉCOURT

Vous êtes bien gai.

M. DE BRÉCOURT

Ce n’est pas sans raison. (lUit.) Ah! ah! ah! Ditesmoi lin peu, madame de Mayeul est-elle toujours dans la même estimeauprès de vous?(ii rit.) Ali! ah ! ah!

MADAME DE BRÉCOURT

Pourquoi n’y serait-elle pins?

M. DE BRÉCOURT

> Demandez-le au jeune Saint-Yves. Ah! ah! ah!

MADAME DE BRÉCOURT va «u bureau «le son mari et aperçoit le rapport.

Ah ! mon Dieu , monsieur, ce sont encore ces infâmes rapsodies auxquelles je croyais que vous aviez renoncé.

M. DE BRÉCOURT

. Non, vraiment. Je n’ai pas autant de charité que vous; j’aime à pouvoir rire de temps en temps aux dépens de mon prochain, et à apprendre, par exemple, que la scrupuleuse madame de Mayeul . qui ne veut pas ménle admettre à scs bals les officiers

SCÈIVE vu.

(le la garnison, qui sont reriis partout, laisse cependant la porte secréte de son jardin ouverte à monsieur Sébastien de Saint-Yves, (iinu) Ah! ali! ah!

MADAME DE nRÉCOERT.

Et vous ne faites aucune difficulté d’ajouter foi à cela; et, en y ajoutant foi , vous craindriez de vous rappeler que madame de Mayeul n’est pas seule de femme chez elle. Mais comme vos ageus .secrets savent que vous avez de l’humeur ccpitre monsieur de Mayeid , à cause de son indépendance dans les dernières élections, ils ont voulu flatter votre animosité en accusant sa femme.

M; de BnÉCOERT.

Des gens de cette espéce-là sont bien capables de faire de semblables calculs!

MADAME DE BRÉCOURT

On n’est dupé que par des gens de celte espèce-là.

Avez-vous lu leur i-apport en entier?

M. DE BRÉCOinX.

Je commençais quand vous êtes arrivée.

MADA3IE DE BRÉCOURT,

Parcourez-le donc un peu. Il ne manquerait plus qu’ils eussent omis de vous parler de choses bien plus essentielles pour vous que des jiortes de jardin.

M. IXE BRECOURT, reprenant 1*; rapptirt.

« Hier, à neuf heures, derrière les murs de la ca- « thédrale... , » ■ .

LA DESTinmOSf.

MADAME DE BRÉCOURT

Passez tout cela , monsieur.

M. DE BRÉCOURT f cuntinuant.

« On assure que la petite Dumont...

MADAME UE BRÉCOURT

Encore !

M. DE BRÉCOURT, de rn^me.

« Le receveur général vient de donner un collier.

MADAME DE BRECOURT, avec un peu d'humeur.

Il n’est pas possible qu’il n’y ait pas autre chose.

M. DE BRÉCOURT

Que voulez-vous qu’il y ait?

MADAME DE BRÉCOURT, avec un accent plus marque'.

Êh! monsieur, Votre destitution dont tout le monde s’entretient, et que vous seul ignorez.

M. DE BRÉCOURT, nupi'rait.

Ma destitution ! ma destitution !

M.ADAME DE BRÉCOURT.

Sans doute. Voici une lettre de ma sœur, qui est venue confirmer les bruits qui couraient ici depuis ce matin. Vous savez qu’elle est à même d’être instruite. Lisez.

M. DE BRÉCOURT, prenant la lettre.

Donnez-moi le temps de me remettre un peu... Eh bien !-que dit cette lettre?

SCEKE VU.

Mtf

MADAME DE BRÉCOURT

Vous 1 avez entre les uiuins; voyez vous-méme.

M. DE BRÉCOUHT, md« ouvrir U lettre.

Est-ce tout-à-fait fini ?

madame de BRÉCOURT.

Elle y nomme jusqu’à votre successeur, monsieur cle Grosse-Borne.

M. DE BRÉCOURT

En vérité!... Mais je crois déjà avoir entendu prononcer son nom ce matin , je ne sais plus à quel propos. Ah! je me rappelle : c’est au sujet de Melchisedech; c’est bien cela. Il ne veut plus qufe ce soit vous qui layez converti; c’est, à présent, madame de Grosse-Borne. Il savait la nouvelle; on n’en peut pas douter.

MADAME DE BRÉCOURT

Vous avez voulu que j’eusse aussi ma conversion ; je vous l’avais bien dit.

M. DE BRÉCOURT

Dans ce temps-ci, il faut s’attendre à tout, madame. (Il ouTre la IcUre, et apru aeoir poiui^ quelquei toupiri, U la parcourt

d« yeui.) Ab ! c’est au marquis que je dois cette faveur... De mieux en mieux. Ma destitution était déjà signée quand il est venu ici; et c’est pour ne pas déranger la symétrie des élections, que l’on m’a accordé quelques jours de grâce. C est joli. (En rendant la lettre, et arec towlci .igueiduplu Itraodaeeablement.) Il faut Bit l’ire. (Il» lai.» tomber dad,

un fauteuil.) ^

MÂ LA DESTITUTION

MADAME DE BRÉCOUET, avec elTiuian.

Monsieur de Brécourt! monsieur de Brécourt! y pensez-vous? (Elle lui prend la main.) Mou ami, OU peut entrer, et je ne voudrais pour rien au monde que l’on vous vît dans l’état où vous êtes. Que perdons-nous? Rien. Ne sommes-nous pas toujours ensemble ? Rappelez-vous le temps où vous étiez proscrit; c’était là un véritable malheur. Vous n’imaginiez certainement pas alors que vous seriez jamais préfet en France. Vous ne l’êtes plus ; tout est dit.

M. DE BRECOURT.

Je ne suis plus préfet ; je ne suis plus rien.

MADAME DB BRÉCOURT

Vous allez au contraire devenir quelque chose.

M. DE BRÉCOURT

Qui vous l’a dit ?

MADAME DE BRECOURT.

Nous allons retrouver notre tranquillité , nos habitudes, notre franc-parler; nous rirons avec tout le monde des choses dont nous n’osions rire qu’entre nous. Ce sera beaucoup plus gai.

M. DE BRÉCOURT

Dites-moi du moins que ce n’est pas la peine d’être marquis, pour se conduire d’une manière aussi machiavélique.

MADAME DE BRÉCOURT. ,

Tout ce que vous voudrez.

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