SCÈNE V
manque-t-o,n,? Rendez cet ouvrage à i’aiUeur, et dites-lui que j’en défends la représentation. Monsieur Faustin est un indépendant; il ne fait de la comédie que dans un esprit d’opposition ; il ne s’est jamais prêté à composer la moindre pièce de circonstance ; il n’aura mon approbation pour rien.
M. nENARD.
Cependant je ferai observer à monsieur le préfet...
M. DE HHÉCOrnT.
' Monsieur Renard, je n’aime pas les observations. Je représente le gouvernement ici ; je suis le gouvernement; j’ai sa pensée, et je ne dois prendre de direction que de moi. Que sous dés préfets indolehs, sans caractère, ennemis du travail et de l’applicacation , vous ayez pris l’babitude de faire prévaloir votre sentiment dans les affaires de l’administration, à L» bonne heure; mais depuis que nous sommes ensemble , vous auriez dû vous apercevoir que je ne .suis pas aussi facile à influencer.
M. RENARD
Monsieur, daignez m’entendre. Il est possible que d’un instant à l’autre vous nous soyez retiré
M. DE RRÉCOt RT.
Quoi!
.M. REIjARD.
Pour occuper un poste plus éminent et plus digne de votre rare capacité. Quand je chercherais à adoucir un peu vos rigueui-s envers mes concitoyens, pour
LA DESTITUTION
ne pas être en butte à leur inécontenteinent aprè» votre départ, dites, ne ferais-je pas l’action d’un homme prudent et sage? Les subalternes ne pensent pas assez .souvent à cela. Monsieur le préfet, qui parle avec tant de courage aux ministres , comme il a eu la bonté de me le dire si souvent, ne doit pas se fâcher si, à mon tour...
M. de BRÉCOURT-
Vous changez la question, monsieur Renard; il li’y a aucune parité dans votre comparaison. Un préfet peut devenir ministre, et vous, monsieur Renard...
M. REXÂRD, faÏMDt l’i^eable.
, Je ne serai jamais préfet, c’est à peu près sûr.
M. DE BRÉCOURT
Vous voyez bien. D’ailleurs -ce monsieur Faustin me déplaît; on ne peut le saisir d’aucun côté. Il ne veut pas de places; il ne veut pas de distinctions; il ne veut rien ; il se contente de ce qu’il a. Ces genslà ne sont jamais sûrs.
M. RENARD
Si monsieur le préfet avait seulement voulu parcourir le manuscrit que je lui présente , j’aurais eu du moins quelque chose à répondre.
M. DE BRÉCOURT
Répondez que, quand l’administration empêche, on ne doit pas lui en demander davantage.
M. RENARD
Cela suffit, monsieur le préfet.