M. DE BRÉCOURT, M. RENARD
M. DE BRÉCOURT, d’on toD trèa-Jegagd.
Monsieur Renard, tantôt, quand vous m’avez parlé, vous saviez déjà que j’étais destitué, n’est-il j)as vrai?
M. RENARD, avec quelque emlMurai.
On le disait.
H. DE BRÉCOURT
Et que disait-on de plus ?
M, RENARD
De plus, monsiein- le préfet?
M. DÉ BRÉCOURT
Je ne suis plus préfet ; mais vous en savez davantage. D’où vient votre embarras? Ne m’avez-vous pas parlé d’un poste éminent ?
RENARD, l'incliaanl.
Il est vrai , monsieur le baron.
A 10 LA DCSTlTtlTIOar:
^ , M. DK BHÉCOURT.
Qui (Jiïble VOUS' a si bien instruit?
M. RK^ARl).
Monsieur le baron, le désir naturel
M. DE'BRÉCOl’RT.
(l’est tout simple ; mais le désii* n’instruit pas.
, M. RENARD. 1 '
. ’ La connaissajice intime que j’ai de la rare capacité de monsieur le baron -
Ce sont justement vos paroles. Eh bien ! cette connaissance intime a été aidée de quelque lettre
reçue de Paris, dans laquelle on vous annonçait
(juoi?
M. RENARDt
Quoi? ...
M. DE BREC9URT.
Oui. »,
H. RE.NARD
Monsieur le baron doit être mieux instruit que je ne puis l’ètre.
M. DE BRÉCOURT
C’est parce que je suis mieux instruit, que je veux savoir, ce que vous savez.
M; RENARD
Monsieur le baron m’a lait, -à différentes fois, l’honneur de me témoigner la satisfaction <juc lui
. SCENE EXUI.
donnait mu manière de travailler ; j’aLunc existence de bureau qui date de plus de treute tins; il u’a jamais recueilli que de bons renseignemens sur ma conduite. Mais quoique je sois né dans ce département, que j’y possède quelque bien , et que j’aie autour de . moi une grande partie de ma famille, mon attachement, nion respect pour monsieur le baron sont si grands, si profonds, que je n’hésiterais pas à quitter tout pour suivre monsieur le baron dans la nouvelle administration qui va lui être confiée.
M. DE BltÉCOUHT.
Et cette administration est.... • ( Regardanl M. Bénard aver auxiete. ) Et cette administration est
, M. RENARD
Kst ,
. M. DE BRÉCOITrT.
Nommez donc.
M. RENARD
Je n’en sais rien.
' M. DE BRÉCOURT
On vous a écrit que j’allais diriger une nouvelle administration s;ms vous dire ce que c’éLait ?
M. REflARD.
. On ne m’a pas écrit, monsieur le baron. ,
M. DK BRÉCOURT.
Mais les gens qui vous en ont parlé vous ont dit quelque chose.
LA DESTITUTION
y > . M. REHARD.
Personne ne m’a parlé.
M. DE BRÉCOURT
Qu’çst-ce que cest donc que cç poste éminent?
M. RENARD. Aoardi.
Poste éminent? ^ . ■
• M. DE BRÉCOURT
Vous feriez perth-e là patience à un saint. Ne m’avez-vous pas dit que j’allaîsétre apjielé à un poste éminent?
’M. RENARD
C’était une supposition.
H. DE BRÉCOURT , ttupe&it. '
Comment! une supjwsition? .
^M. RENARD
Oui, monsieur le baron, une supposition polie, comme on s’en permet dans toutes les disgrâces.
M. DE BRÉCOURT, •«•c.coUt*.
On se soucie bien de vos politesses. •
M. RENARD
Si je me suis trompé...... - , • . ,
Je n’ai pas de comptes à vous rendre. T^aissezmoi.
M. BENARD, ^ part en s’en allapl.
C’était im propos inteiTompu.
(U «orl.)
’ 8CÈ!fC XXV.
SCÈIVE XXIV.
M. DE BRÉCOURT
Il faudra que je boive le calice jtisqu’à- la lie. Cet espoir était bien fragile; mais je m’étais *plu à lui donner de la consistance, et il faut y renoncer! Si du moins le ciel ^vait placé auprès . de n^pi une personne qui partageât mon indignation ; si je» pouvais me plaindre à quelqu’un qui m^entendît; mais non. Madame de Brécourt est d’un ^sang-froid , d’un calme, d’une dureté!.... Elle ne pense qu’à sauveé
mon âmOUr-prOprC. (I1 lapprocfaedwsoii bureau, feuillette papier».)
Ah ! mon pauvre discours pour l’ouverture de la société littéraire! Qu’est-ce que cela signifie.. aujoitr-
d’hui ? ( Il l’iuini , appuie se» couda» »ur »od bureau , et Iai»»e tomber sa tète
estre *e» mauu. )
5CÈXE XXV.
M. DE BRÉCOURT^ madam* DE BRÉCOURT.
MADAME DE BRECOURT eutre b petit bruit, regarde son mari d'un air touche, et ^dit b voix l>a»se:
Mon Dieu ! quelle pénible journée !
H. DE BRÉCOURT, apercevant »a femme.
Vous êtes là ? '
lUDÀHE DE BRÉCOURT.
Oui , mon ami. (eu. .'.pprocb. un vin,. Que lisiezvous?
LA DESTriTTlON.
M. DE BRÉCOURT
Ce discours dont je vous ai tant parlé. Il n’est plus bon qu’à jeter au feu, à présent.
MADAME DE BRÉCOURT
Comme yous prenez votre parti tout de suite !
M, DK BRÉCOi) HT t avec ^mcrtiinM.
Vous savesi bien comme je le prends.
• MADAME DE BRÉCOCRT.
Je ne suis jamais pour que l’on jette rien au feu;
Je ne cache *pas que j’y mettrais quelque amourpropre,. Etre neuf dans uti discours d’apparat', c’est si difficile. Je crois' que j’y avais réussi, (n »oupir«. ) Sotte vanité, qui me travaille encoi'e.
MADAME BE BRÉCOURT
Il n’y a pas de vanité à se rendre justice. Il est même bon quelquefois de s'estimer un peu plus qu’on ne vaut; cela soutient. Promettez-moi de faire bonne contenance à ce dîner. Vous êtes tellement supérieur à ces gens-là; votre remplaçant vous remplace si peu, que, sans vouloir vous flatter, je trouve que c’est encore vous qui avez le beau rôle.
M. DE BRÉCOURT
C’est au moins le plus difficile.
MADAME DE BRÉOOURT, avec rapparanoe grande gaieté.
Mais' non. Avec votre esprit, avec le sentiment intime que chacun , malgré soi, doit con.server de la
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SCEXC XXV.
.sagesse de votre admiiristration, si vous voulez soutenir un ton d’aisance, un air libre et dégagtVsans afiectatiun , je parierais qu’ils seront confondus.
M. DK DHKCOi;nr.
Ce .sont de bien sottes gens.
MADAME DE BHÉCOURT. '
Je ne dis pas le contraire; aussi suis-je persuadée d’avance qu’ils n’auront pas le bon goût de se conduire .avec vous conrtme s’ils ne se doutaient de rien. Aucun groupe ne se dérangera à votre arrivée, il faut vous y attendre. Eli bien ! ce n’est que pitoyable. La première chose qui frappera vos regards sera peut-être monsieur de Grosse-Borne, le dos appuyé contre la cheminée, s’effore.int d’avoir l’air de parler pour imiter ce qu’il « vu faire à ses prédécesseure. Si VOÜ.S aviez l’esprit plus calme, il y animait >de quoi vous amuser beaucoup; vous seriez à méme'de juger vos courtisans. N’étant plus obligé de leur servir de plastron, rien ne vous échapperait. C’est un spectacle tout aussi curieux qu’un auti 'C* (Lui prenant le bmi , et d'uo ton caressant.) Nous soiniues seuls; personne ne viendra plus nous interrompre; l’heure des bureaux est passée; d’ailleurs, je vais doriYiernin tour de clef, (eiic « i n porte , ^aMie f-rme. ) Voulez-vous que jc VOUS familiarise d’avance avec ce qui va vous arriver? (Avec i-îjucoup Jenjouemeni.) Yovons ; faîtcs le ci-devant préfet qui entre, moi je vais faire l’assemblée.
M, DE BRÉCOURT
Ce serait un enfantillage qui n’aurait pas de nom.
LA DESTITUTION
MADAME UE BRÉCOUIIT.
Entre nous deux, rien n’a un nom. Un mari qui voudrait en imposer à sa femme, et lui faire croire que tout lui est indifférent, pourrait bien rejeter l’oifre que je vous fais; mais voiis qui êtes naturel, qui ne me cachez pas l’espèce d’enibarras où vous jette cette ridicule disgrâce, vous devez trouver plaisant d’épuiser un restant d’humeur qui ne doit être connu que de nous seuls.
J’entrerai comme à mon ordinaire.
MADAME DE BRÉCOURT
Ti-ès-bien. Je supposé même que, comme rien n’est encore officiel , quelques personnes auront le courage de venir au-devant de vous. Prenez bien garde que ce n’est' qu’une supposition. Vous avez l’habitude d’étre froid, réservé, de porter la tète haute; ne changez pas cela , ce serait trop remarquable.
M. DE BRECOURT.
Si je me permettais de rire aux dépens de monsieur de Grosse-Borne ? J’en ai le moyen.
MADAME DE BRÉCOURT
Du tout, du tout.
M. DE BRÉCOURT. ,
Je suis assez adroit, vous le savez, à manier le ridicule.
MADAME DE BRÉCOURT
Non, non. Parlez plutôt de quelque projet d’amé-
SCÊ?IE XW.
lioration que vous aviez, et qu’ils pourront craindre de ne pas voir exécuter. , •
M. DE BRÉCOBRT.
Je n’ai jamais pensé à aucune amélioration proprement dite.
MADAME DE BRÉCOURT
Quelque dégrèvement, quelque embellissement de villes, quelque réparation de routes.
M. DE BRÉCOURT
Il s’agissait bien de cela. ^
MADAME DE BRÉCOURT
Alors, plaisantez légèrement sur le ministère; légèrement, par exemple; il ne faut pas que la transition soit trop brusque.
M. DE BRÉCOURT
C’est la grosse cloche, cela; on ne doit la sonner qu’à la dernière extrémité, et quand on est tout-à-fait sûr d’être mis à l’écart.
MADAME DE BRÉCOURT
A votre place, je n’aurais aucune arrière-pensée de*ce genre; et, dès aujourd’hui, jè commencerais à rentrer dans ma dignité naturelle. Que le marquis, que monsieur de Grosse-Borne, que tous ces gens-là vous paraîtraient petits alors ! comme vous seriez à votre aise ; comme vous auriez bonne mine en parlant un langage qu’avec toute leur puissance ils n’oseraient meme pas écouter. <