‹ Proverbes dramatiques. Tome 4Chapitre 245 sur 254 · LE PÈRE JOSEPH , LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE PÈRE JOSEPH , LA MARQUISE

LA M.^RQUISE.

Bonjour , père Joseph. Je vous demanderai grâce pour aujourd’hui. Je ne suis pas bien; j’ai mal dormi; et je me sentirais plus en disposition de gronder que de me laisser gronder.

LE PÈRE JOSEPH

Madame la marquise sait que je ne suis pas querelleur.

LA MARQUISE

Avec moi vous avez raison; mais j’espère que vous êtes plus sévère que les autres. Il ne faut pas de ménagemens, la France est un pays abominable. Je sors peu; mon âge et mes infirmités ne me le permettent guère; mais ce que j’entends dire, surtout â l’abbé , Romain , me fait frissonner. On préteml que votre ordre est trop indulgent.

LE PÈRE JOSEPH

Qui prétend cela? L’abbé Romain, qui perdrait tout si on le laissait faire. Si madame la marquise eu-

DigitUcc by Coogl

LB PÈE£ JOSEPH.

tendait le latin , elle nous saurait gré de commencer par le compeüe intrare.

LA MARQUISE

J’entends ce latin-là. C’est-à-dire qu’il faut forcer tout le monde à entrer dans la bonne voie sans que personne s’en doute , en laissant croire à chacun que ce n'est pas plus difficile que cela; mais enfin il fatuira bien qu’un jour vous changiez de langage. J’avoue que j’attends ce jour-là avec une grande impatience.

LE PÈRE JOSEPH

Il serait déjà venu si nous étions mieux secondés.

LA MARQUISE

On. ne vous refuse pourtant pas grand’chose.

LE PÈRE JOSEPH

Sommes-nous reconnus légalement?

LA MARQUISE

Vous VOUS souciez bien des lois.

• LE PÈRE JOSEPH

A la bonne heure; mais cela ne laisse pas que de nous mettre dans une position bizarre.

LA MARQUISE

i Pourquoi.ne renversez-vous pas tout ce bavardage de gouvernement constitutionnel? Vous êtes partout» vous tenez tout; il me seinble que vous ri’avez plus qu’un mot à dire.

LE PÈRE JOSEPH

Les hautes classes ne se prononcent pas assez.

DIALOGUE 1

, LA MABQUISE.

Elles attendent le succès; ■'mais je puis vous répon- <lre qu’elles sont on ne peut pas mieux disposées pour vous. Elles sentent que vous leur donnez de la force, de la consistance. Quanta moi, je ne laisse échapper aucune occasion de faire ma profession de foi à votre égard.

LE PERE JOSEPH

Aussi madame la marquise n’est-elle pas oubliée dans le.s prières que nous adressons au ciel |x>ur toutes les personnes bien pensantes.

LA MARQUISE

.Te vous fais accorder tout ce que vous demandez; mais tàcbez au moins de faire des conversions, beaucoup de conversions, et solides. Notre jeunesse à nous autres a été .si frivole, père Joseph, qu'il est temps de penser à l’expier. Je ne vous ai pas caché ce que c'était que l’émigration, et la singulière existence que nous avons tous menée pendant ce teraps-là. Nous voilà revenus,' il faut que la France se convertisse; elle nous le doit. Ne pensez-vous jxis ainsi? A soixante ans passés , tout devient bien sérieux.

LE PÈRE JOSEPH

c’est à peu près mon âge, et je suis fort tranquille.

LA MAHQULSE.

. Vous parlez absolument comme ce pauvre chevalier de Mennevaux; il ne voulait jamais qu’on s’in-, qOiétàt. CVst très-contagieux de vivre avec des per-

LE PËHE J(MËPU.

sonnes qui ne veulent pas qu’on s’inquiète. S’il existait encore, je serais curieuse dçt voir s’il serait toujours de mémé. Oh ! non , il ne serait plus aussi léger. Vous ne craignes pas pour moi, père Joseph? .

Page 1