SCENE XII
ur.
' uiDAHE DALINVAL, LKONTINE, midame DE ROLVjfeRE. • MADAMK DALINVAL.
Bon Dieu ! que vous êtes belle !
MADAMK DE ROUVIERE.
Je comptais sur cette exclamation.
. • MADAME DALINVAL.
• Ce ii’est pas pour moi que vous avez lait cette . toilette?
- MADAME DE ROUVIÈRE
c’est seolenieut pour faire de la toilette. Bon- , aoiv/Léontitte. Et puis il est possible qiie j’aille ce soir
M.VDAME DALINVAL.
l’^’bal! En vérité? A l’époque de l’année où nous sommes ! Vous n’étes donc plus dans la réforme ?
MADAME DE ROUVIERE.
• J* n’en sais rien ; mais, en attendant, je retourne âiu bftl. J’avais pris tout cela trop au sérieux , et mon- «àedl* Trufaux, qui me dirigeait, avait fini par devenir insupportable. Croiriez-vous qu’après m’avoir . i^rdit l’un après l’autre tous les genres de specta- ' des , il me parlait encore de renoncer à l’Opéra- BouiFe? Un théâtre réservé! A coup sùr , ce n’est pas , *ti' qu'on peut se corrompre l’esprit.
M4 * ; SOCIÉTÉ IXtAe.
MADi^ME nALirrVAI
Il allait trop vite. * ^
MADAME DE ROUVlÈnE.
N’t?st-il pas vrai? D’autant que je suis dans une position charmante : je suis veuve; je ne crains pas de faire perdre une place à mon inaVi en me conduisant d’une fa<^:on ou d'une autre'., je n’ai pas non plus d’enfans à établir; et c’est ce que je faisais obseiv'er à ^ monsieur Trufaux chaque fois qu’il me demandait • un nouveau sacrifice. On doit régler ces choses-là sur l’état des gens à qui on a affaire. ,
MADAME UAUSVAU * '
Vous bataillez ainsi avec lui ?
MADAME UE ROUVIÈRE
Pied à pied. Comme j’étais de bonne foi , j’y regardais de plus près qu’un autre. Lui a de l’ambition, il , est tout simple qu’il se mette au grand complet ; mais • moi !
MADAME DALINVAU
Vous pourriez penser à vous remarier; une jeune veuve ne risque jamais rien à paraître un peu pru4|e.
MADAME DE ROUYIÈRE.
Prude tant qu’on voudra. Qu’est-cc donc que cela coûte? Mais vouloir me faire vivre au milieu de Paris comme un anachorète... ah! c’est trop fort.
MADAME DALISVAE.
' U y a tel homme en place que cela pourrait tenter.»
SCEiVE XU.
MADAME DE nOUVIÊHE.
Mais je ne pense pas à me remarier; et, si j’y pensais, ce ne serait certainement pas avec un homme en place; le ciel m’en préserve. Ajouter à tous les dcsagrémens du mariage celui d’être sans cesse sur le qui-vive, tlans la crainte de nuire au crédit d’un mari qui me serait peut-être odieux; ou bien, si j’avais le travers de me croire un pereonnage, me réveiller un matin avec toutes les angoisses d’une disgrâce imprévue; non, non, cela ne me tente pas. Je suis veuve , et je m’y tiens.
MADAME DALINVAI..
Avec une apparence de folie, elle a toujours été raisonnable.
MADAME DE ROUVIÈRE
Mais où est donc madame votre mère, Léontine ?
LÉONTINE
Dans le cabinet de madame Dalinval.
MADAME DE ROUVIÈRE
*XoUtfi seule? (Elle va 4 ta porte du cabiuut et revient en riant.) Elle
joue aux cartes avec monsieur Vilbrun ; je ne veux pas les déranger.
LKONTl?îE , 4 madame Dalinval,
Assurément, madame, ils sont d’accord.
MADAME DE ROUVIÈRE
• D’accord sur quoi ?
MADAME DALINVAL.
Cela ne vous regarde pas , curieuse.
LA SOCIETE INTIME
MADAME DE ROUVIERE, a|>rès avoir eiunine Léontine «veclillention.
Eh bien ! je devine. Il est question de mariage. Pauvre Léontine! C’est donc fini pour son cousin Martial ?
Quoi! vous savez cela aussi?
MADAME DE ROUVIÈRE
Il eÿ venu faire avant-hier chez ma tante une scène de dése.spoir sur ce qu’il allait hériter de vingt mille livres de rentes. N’est-ce pas cela? *
MADAME DALTNVAL.
Dès avant-hier! Jecrovais sa douleur toute récente. Quel comédien! Je serais tentée à présent de dire comme vous : pauvre Léontine !
MADAME DE ROUVIÈRE
Je ne me suis donc pas trompée? Madame, nous devons faire ouvrir les yeux à madame Jomar; lui remontrer quel homme ést ce Vilbrun ; et que, dût-il hériter de plusieurs millions, elle n’en ferait pas moins le malheur de sa hile. D’étre malheureuse encore, ce ne serait rien ; mais ne pouvoir se plaindre, parce que la femme d’un homme hypocrite a toujours un fort parti contre elle, c’est le dernier des supplices.
MADAME DALINVAI,.
Taisez-vous donc. ^
MADAME DE ROUVIÈRE
Pourquoi aussi Léontine n’a-t-elle pas accueilli la
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demandé du fils de ce médecin si célèbre et si riche
dont 'j’avais parlé à sa mère? Je n’airae pas beaucoup les médecins ; mais je préférerais en épouser Cent plutôt qu’un homme comme monsieur Vilbrun.