CXX. Qu'ha mey de bente que de cap
Il a plus de ventre que de tête. — En fr. : « Ventre trop gros et trop gras, — Subtil esprit n'engendre pas. »
GXXI . Qui arré nou risque
Arré nou pisque
Qui rien ne risque — Rien ne pêche (ne gagne). — Ce prov. n'est autre que le provençal : « Qui noun s'arrisco noun pren pèis. » Armanaprouv,, 1867, p. 82. Pour la rime, on a mis pisque pour pesque, qui est le véritable mot béarnais, signifiant a pêche », prend du poisson.
On lit dans H. Estienne, Préc, du lang, fr,, édit. Fougère, p . 244 : « Il faut perdre un véron pour pescher un saumon », ou « Il faut despendre (dépenser), qui veut gangner. » On peut user aussi de ces mots de Plante, Asin^ 1, m, 65; Necesse est facere sumptum qui quœnt lucrum, »
GXXIl. Qui au bosc deu senhou pren u aglan, Qu'eu deu u cassou au bout de cent ans.
Celui qui dans le bois du seigneur prend un gland — Lui doit un chêne au bout de cent ans. On disait en fr., XV* siècle : « Qui mange de Toye du roi — Cent ans après en rend la plume. » Le Roux de Lincy, II, p . 494. Ce que le provençal
a traduit ainsi ( à moins que le fr, ne le lui ait pris ) : « Quau manjo Tauco dôu segnour, o lèu o tard raco li plumo » ; Armanaprouv,, 1860, p. 93.
CXXllI. Qui boù esta drin plaa serbit
Nou deu pas trop crida la gouye.
Celui qui veut être un pen bien servi — Ne doit pas trop crier la servante. — « A bon maître, bon serviteur». Crida, chez nous, a le sens de gronder, qu'avait aussi autrefois le français « crier», comme on le voit dans Molière, Etourdi, II, 14:
Tu ne me diras pas, toi, qui toujours me cries, Que je gâte, en brouillon, toutes tes fourberies.
GXXIV. Qui ha coun science, qu'ey gus.
Qui a de la conscience est gueux. — La bonne foi ne mène pas à la fortune. On voit tant de fripons qui se sont fait de belles rentes. . . . Mais, grâce à Dieu! il j aura toujours plus de gens qui préféreront Thonnêteté, si pauvre qu'elle soit, à la richesse mal acquise.
GXXV. Qui ha mau, qu'eu se bouhe.
Littéralement : Qui a du mal, qu'il se le souffle ( qu'il se le fasse passer ). — « Qui a fait la faute, qu'il la boive. »
GXXY bis. Qui no-ii counegue, qu'eu se crourape*
Qui ne le connaisse point se l'achète. — En s' exprimant de cette manière au sujet de qnelqn'iMi, on donne à entendre qu'il n'a poini; les bonnes qualités que d'autres lui prêtent.
GXXVI. Quin se porte loucaddet?
— Que demande toustemps tribalh .
Comment se porte le cadet? — Il demande toujours du travail.
Se dit du nouveau-né dont on entend les vagissements : Quehaf Quekaf Sa.ns onomatopée, ces mots signifient: Que faire ! Que faire !
CXXVIl. Qui peyrouteye,
Anioureye.
Variante :
Qui yete peyretes, Yeteamouretes.
Qui lance des petites pierres — FaitTamour. — Expressions employées au sujet des agaceries que se font les amants. Mah me Galatœa petit, Virgile. — « Tantôt ils s'entrejetoient des pommes. » Longus, Daphnis et Chloé.
M. Milâ y Fontanals a bien voulu me communiquer la version catalane : « Qui tira pedretas — Tira amoretas. »
GX XVIII. Qui tau fara tau prenera.
Celui qui a fait une faute doit en porter la peine . --Fara pour hara indique que ce proverbe est ancien. Voir les Fors d^ Béam, XIIP siècle, art. 118. Le faussaire était condamné à passer d'un bout de la ville à l'autre, portant le faux a cloué» sur le front, et le crieur public répétait : a Qui ainsi fera, ainsi recevra. »
GXXIX. Reliyouses de Sent-Augustii,
Dus caps sus u couchil.
Religieuses de saint Augustin, — Deux têtes sur un coussin. — On répond cela aux jeunes filles que Ton ne suppose point bien sincères dans le désir qu'elles ont exprimé de renoncer au mariage pour se faire c< sœurs » .
Les Augustines, on le sait, sont des religieuses qui suivent la règle donnée par saint Augustin à un monastère que sa sœur avait fondé à Hippone. Elles se vouent à la garde des malades dans les hôpitaux. En citant notre proverbe, on ne saurait oublier le respect qui est dû à de saintes femmes . Saint Augustin, non plus, ne figure ici que pour la rime, à moins qu'on ne veuille y voir — ce qui nous semble bien forcé — une allusion à ce fait, que, dans sa jeunesse, le fils de sainte Monique ne passait pas ses nuits sur une couche solitaire.
GXXX. Riche marchand ou praube pouralhè.
Riche marchand ou pauvre poulailler. — Mot de l'ambitieux jouant son va-tout. « Roi ou rien. »
Si seoor, bai yauna, oui moussu, GXXXI. Qu'ey tout u.
Que l'on dise : « Oui, Monsieur », en espagnol, en basque.
en béarnais, les mots diffèrent, mais le sens est le même : « c'est tout un. » Proverbe usité dans les cas où Ton dit en français : « C'est blanc bonnet ou bonnet blanc. »
GXXIXII. Siule, mouliè, l'aygade arribe.
Siffle, meunier, Fondée arrive. - Ce qui signifie : soyez content, voici une bonne aubaine. Beaucoup de moulins chôment souvent, Tété, faute d'eau. Aussi les appelle-t-on mouliis (Tescouteplouye ; moulins où l'on écoute si la pluie tombe, afin de profiter en toute hâte de la première qui viendra donner aux ruisseaux le courant nécessaire pour mettre la meule en mouvement.
GXXXIIl. So qui en Paradis entre jamey nou-n sort.
Ce qui entre dans le Paradis jamais n'en sort. — « Nous sommes bien, restons ici. »
C'est le « Chi sta bene non si muove » des Italiens, et le « Quau es bèn que noun bouge » des Provençaux. D' Espagne, Prov, et Dict. pop., pag. 12; Mistral, Arm, /jrowy.,1864, pag. 45.
GXXXIV. Sns lou douché que y-ha u prat.
Sur le clocher il y a un pré. — On montre, en parlant ainsi, que l'on n'est pas dupe d'un mensonge qu'on vient d'entendre: « A menteur, menteur et demi. »
GXXXV. « Te rogamus, audi nos »;
A you la carn, a tu lous os.
Te rogamus, audi nos ; — A moi la chair, à toi les os. — « Charité bien ordonnée commence par soi-même »; mais Dieu n'exauce point ceux qui se conduisent d'après l'odieuse maxime : « Tout pour soi, rien pour les autres. » Il faut rapprocher de notre proverbe l'adage de l'ornithologie populaire : « Le Compère Loriot— Gobe les cerises et laisse les noyaux. »
Les mots Te rogomus^ audi nos sont bien mieux employés dans le département de l'Hérault, arrondissement de Lodève : « Te rogamus, audi nos; — Las cerieiras metou close. » D'Espagne, Revue des lang. rom,, IV, p. 615.
dXXXVI. Tieae-8 coum la pegne.
Se tenir oonme la poix.— Etre unis; mais, le pins soavent, au sens défavorable de: «S'entendre comme larrons en foire. »
GXXXVII. Tira pexic ou pelade.
Tirer profit d'une chose d'une manière ou d'autre. — En fr. : a Tirer d'une chose pied ou aile; en tirer aile ou plume. »
Le pexic béarnais est le pezucs du Donatz proe^^sals, Guessard, p. 57 : Strictura facta (à la peau) cum duobiis digitis, et pelade signifie littéralement : une pincée de cheveux.
Pexic ou pelade sont employés dans plusieurs expressions proverbiales du Béarn : Touma-8*en sens pexic ou pelade^ S'en retourner intact ; Ha pexic ou pelade. Faire à quelqu^un un mal ou autre, lui prendre de sa peau ou de ses cheveux.
Ainsi s'expliquent bien mieux, croyons-nous, que dans Mistral, les mots de « la vieille narguant Février j), {Mirèio^ notes du ch. VI, p. 492) : — « Adieu, Fébrié ! 'Mé ta febrerado, — M'as fa ni peu ni pelado »; — Adieu, Février ! Avec ta gelée, — Tu ne m'as fait ni peau, ni pelée, M. Paul Meyer {Romania, avril 1874, p . 294) a rappelé cette note de Mirèio^ sans faire la moindre remarque sur ce qu'il y a de singulier dans la traduction : a ni peau, ni pelée. »
GXXXVllI. Tu hort et you mey.
Littéralement : Toi fort et moi plus. — Se dit dans une querelle, pour signifier : Tu es entêté, je le suis davantage. Variante : Tu gran et you maye, Toi grand et moi plus grand.
Dénominations