LA VICOMTESSE, LA BARONNE
LA VICOMTESSE
Ah ! mon cœur , je vous cherchais : je craignais que vous ne fussiez allée vous promener sans moi. J*ai parcoum tout le parc sans vous trouver, et j'imaginais qu^on vous avait entraînée dans quelque grande promenade au dehors.
LA BARONNE
Non, vous savez bien que je n'y vais jamais sans vous. Vous étiez à jouer , et j'ai profité de ce tempslà pour aller écrire.
LA VICOMTESSE
Vous auriez Wen pu vous promener avec le Chevalier.
LA BARONNE
Je ne Fai trouvé ici qu'en sortant de chez moi. Il est vrai que nous y sommes restés à causer ^ et il vient de me quitter pour aller écrire un mot , et faire partir mes lettres.
Je ne puis me plaindre de ce qu'il vous y a arrêtée ; je préférerai toujours votre bonheur au mien.
LA BAft05NE.
Ah ! mon cœur , je connais toute votre amitié ; elle est trop délicate pour n'être pas généreuse.
LA VICOMTESSE
Vous savez combien la vôtre m*est précieuse , le sort le plus douloureux est de gémir seule et sans appuis la douleur s'augmente encore dans la solitude de la campagne ] et en vous cherchant , j'ai à me reprocher de vous distraire du bonheur que vous goûtez à être aimée comme vous Tètes par le Chev^er.
LA BARONNE
Sûrement ; notre situation est très-heureuse en comparaison de la vôtre.
LA VICOMTESSE
Ah ! la mienne est cruelle ! Après s'être crue réellement aimée , être convaincue que ce n'était qu'une erreur !
LA BARONNE
Mais rien ne vous le prouve absolument.
LA VICOMTESSE
Eh ! voyez-vous , de la part du Marquis, le moindre empressement ? 11 sait que je suis ici.
LA BARONNE
Il peut arriver d'un moment à l'autre.
Eh bien, quand il viendrait , quelle douceur puis-je espérer de sa présence ? Il me regardera avec des yeux distraits , où je ne lirai pas le moindre amour.
LA BARONNE
Vous vous trompez.
LA VICOMTESSE
Ah ! je le voudrais.
LA BARONNE
J^ai cru apercevoir en lui , lorsqu'il vous regarde , un trouble...
LA VICOMTESSE
Un trouble ?
LA BARONNE
Oui , un trouble involontaire , une espèce de remords ; il semble se faire des reproches en vous voyant n belle , votre vertu le confond , et il ur point avec vous cette liberté qu'il a avec les autres femmes, et qui le rend si agréable à leurs yeux.
LA VICOMTESSE
Que vous êtes charmante dHmaginer des moyens si flatteurs d'adoucir mes maux !
LA BARONNE
Je crois bien voir et ne pas imaginer.
Et pourquoi , avec les yeux de l'amour, n'aperçoisjç danç ceux du Ma^^quis que de Tindifléreii^ce ?
LA BARONNE
C'est que vous êtes trop modeste , et que vous vous abaissezjusqu'à être jalouse.
LA VICOMTESSE
Non , je suis, inquiète , et c'est de son caractère vo** lage; je crains qu'il ne soit inconstant par habitude, et c'est presque toigours un vice impossible à déraciner chez ^es hommes.
LA BARONNE
Allons , n'ayez donc plus des pensées noires comme celles-là : elles vous tourmentent trop , et rien ne m'afflige autant que de yous voir souffrir.
^ LA VICOMTESSE
Ah! mon CQ^ur, je vous demande biçn pardon )
6 LE MOMENT DE LA PROMENADE, mais il est un sûr moyen de dissiper ces sombres vapeurs , c^est en m'entrétenant du bonheur que tous goûtez en aimant.
LA BARONNE
Je ne peux disconvenir que notre sort est très-doux, en comparaison du vôtre ^ et cependant , le Chevalier et moi , nous nous trouvons à plaindre.
LA VICOMTESSE
Et peut-on être pluâ heureux que vous Fêtes?
LA BARONNE
Je ne le crois pas. La certitude de nous épouser n augmentera pas ma satisfaction ; mais la crainte de nous voir séparés pour jamais empoisonne tous mes momens.
LA VICOMTESSE
Je ne puis penser que M. de Vilboisan ne consente pas à votre mariage.
LA BARONNE
Moni père m^aime , et c*est sa tendresse pour moi qui Talarmera sur mon sort, quand il saura quel est Tobjet de tous mes désirs.
' LA VICOMTESSE
Mais , il parait aimer le Chevalier ; et il est impossible qu'il puisse lui comparer le Baron , qui , tant qu'il a vécu , vous a rendue si malheureuse.
LA BARONNE
Si la crainte de me voir éprouver un pareil sort le rendait inflexible ! Voilà ce qui nous arrête.
LA VICOMTESSE
Et ce qui est à redouter.
LA BARONNE
Quelquefois, j'ose me flatter qu'il voitnolre amour , et qu'il l'approuve.
LÀ VICOnTËSSE.
Ten suis ptresque attstirée.
t ÈAHÔNNÉ.
Ah ! si nous nons trompions !
LA VICOMTESSE
n ne peut pas tous soupçonner dWoir uu de ces attachemens qui sont si loin de vos principes et des miens ; il voit d'un œil trop sévère les vices du siècle pour les approuver.
LA BARONIVE.
Cest quelquefois ce qui me rassure.
LA VICOMTESSE
n faut attendre sans impatience le ni(Ninent heureux que le sort vous destine.
LA BARONNE
Je voudrais seulement pouvoir Tespérer.
LA VICOMTESSE
Ah ! que mon cœur serait satisfait, si je pouvais imaginer les moyens de le faire naître ! J y rêve sans cesse ^ et c'est la seule distraction qui puisse adoucit tous mes maux.
LA BARONNE
Non , il n*est point d'amie comparable à vous !
LA VICOMTESSE
On croit que Famour n'a besoin que de lui-^mème pour être satisfait ^ et moi , je sens que lamitié peut doubler le bonheur dont il fait jouir*
LA BARONNE
Muis il faut deux cœurs qui sachent également aimer.
Comme les nôtres , qui puissent se confier sans crainte ce qu'ils redoutent , ou ce qu'ils espèrent.
LE MOMEÎfT QE LA PROWFiYAJE^
LA BAROBTÎIE.
Qne sont en compaiaisMft ces frniiin dJMWitilimii TaHMor , umjama puisées dam les rtwaiw , ei dont les feoMKS j qui afehmt le se&dment , s'occupent?
LA TÎCOMTKSSE.
Ooi , ces esckonatiaiis fircndeflaetti esDigérées sur le txntheor d aimer , ces laii^utiits sÉ&ctées (pu les sm— vent , et ces regrets perpétneis (fe ce qa^OK ne ccni^ rtait plus le Yéritadile subobt; Xtml cela, ép o n y ant e les boftimes an lien de les tonciier y et leur penmue ai'-' s^meifC <pie cet «jmmwu' h a jamais esoste.
LA BAHONN£L
Ce qui le leur prouve y e^eot que la résistanee ii^est pas uycijcNirs la suite deeesaeBtiBMBBsaffiKlés».
LA VICOBITKSSB.
Ces féntmes-là deaHxreiit plos Famonr «p.' dles ne Tinspirent.
LA BAHQaiTB.
Oni 9 c'est h dles , a leur nMwmwkpieufce et à lenr farcilîtë y qu'on doit la liberté ^ la légèreté et rincei^ stsnce de la plupart des hommes..
LA TICOMTfiSSS.
Vous le tr&fez?
LA BAa099S.
ïe pense anm qœ ces mêmes konames penrent éti*e éî&nné» dn respect qne knr iu^ire vae femme f aisoni^aMe ^ ils pewfen t le prendre poor de réloiçnem^^nt ^ rembarras on ils se tronrent offimse lenr ftfth(mt^<ypte y et lenr fait fnir nn bonkenr certain , pouf courir sprès des goéts passagers qnll fant re* notiir^Jer »ans ce^se.
LA TICOMTESSE.
A ve<! qtretle adresse Totre amitié yent ramener Fes^
poir dans mon &me ! Mon cœur , si vous n'attendez pas ici le Chevalier, nous pourrions nous promener ^ il n*est pas encore tard.
LA BARONNE
Je serai avec vous , je serai trop contente ; entrons tout de suite dans le petit bois.
LA VICOMTESSE
Le Chevalier nous y trouvera facilement. J'entends du monde, allons-nous-en.