‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 2 sur 166 · LE BIÂRQUIS, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE BIÂRQUIS, LE CHEVALIER

LE CHEVALIER

Dis-moi un peu , Marcpiis , d'où viens-tu comme cela?

«. LE MARQUIS

De Paris. Est-H^e qu'on est & la promenade actuellement?

Je crois que oui.

LE MARQUIS

Que fait-on ici ? Chasse-t-on ?

LE CHEVALIER

On a chassé , mais on ne chasse plus ; tout est brûlé.

LE MARQUIS

Et qu'y avez-vous actuellement?

LE CHEVALIER

Assez grande compagnie.

LE MARQUIS

La Vicomtesse est-elle ici ?

LE CHEVALIER

Oui , depuis avant*hiér. Je crois qu'elle a su que tu devais venir.

LE SASQUIS

Je le lui aras fit. EBe ne sera pas fon eontente de

LB CHETALIEB.

Poofqnoi doue ? Elle esc

LE MABOCIS.

J'entends bien. Nons porlerate de ods nne aotre fois.

LE CHETALIEA.

Comme ta Tondras. T a-c-il quelque noiiTelle à Paris?

LE MARQOIS.

Non j rien. A propos , Malerville est séparé de sa femme.

LE CHEYALIER.

De biens?

LE MAEQUIS.

Oni , de biens , de corps , c^est égal : on assnre seulement que ses enfuis ne seront pas rainés , qa*ils auront tout le bien de leur mère.

LE CHEVALIER

Et , que ya-t-il devenir ?

LE MARQUIS

On dit qa'il va en Espagne.

LE CHEVALIER

Quoi faire ?

LE MARQUIS

Ma foi , je n'en sais rien.

LE CHEVALIER

Tu me parais refroidi sur le c<mipte de la Vicomtesse. Est-ce que tu aurais enfin pris Zélie?

Pas encore. Je ne Taurai que dans quinze jours*

DIXIÈME JOURNÉE. ii

LE CIËEVALIEB.

Pourquoi cela ?

LE MARQUIS

Parce qu'elle a actuellement un Anglais , et sa mère veut qu'elle attende qu'il soit parti.

LE CfiÉVAtlER.

Cette mère^là te ruinera , je t'en avertis.

LE MARQUIS

Non ; l'Anglais parti , Zélie congédiera sa mère.

LE CHEVALIER

Il faut savoir si elle y ccmsentira.

LE MARQUIS

Oui , l'arrangement est fait, avec une pension.

LE CHEVALIER

Que sa fille lui fera ?

LE MARQUIS

Oui.

LE CHEVALIER

Ou toi?

Non , non. Veux-tu que je te montre une lettre de ZéBe?

LE CHEVALIER

A toi?

LE MARQUIS

Oui.

LE CHEVALIER

Ah ! voyons.

LE MARQUIS

Elle n'est pas bien longue; tiens, lis.

LE CHEVALIER, lisant.

a Ali ! mon cher Marquis , que je vous aime ! Quelle » comparaison de vous à milord , qui , en me disant » sans cesse, kismi, me montre de longues dents af- » freuses , et veut que je dise , verix^oL Adieu , mon

» cher Marquis , je te souhaite le bonsoir. Quand nous » réveillerons-nous ensemble dans les bras Fuu deFau- )i tre, pour nous donner le boigour ?» « Zélie. »

Elle t'aime donc réellement ! '

LE MARQUIS

Tu en peux juger. Oh ! ce n'est pas une fOle comme une autre ; elle a une façon de penser !..•• Elle n'est pas du tout intéressée.

LE GHEYALIER-

Tu le croîs ?

J'en suis sur. Si sa mère ne l'arrêtait pas souvent , elle donnerait tout ce qu'elle a ; c'est son plus grand plaisir. Je vois cela quelquefois : quand sa mère n'y est pas , sa femme de chambre vient lui dire : Madame, il y a un pauvre homme qui vient d'avoir la jambe cassée ^ elle donne un louis. Madame , il y a une pau* vre femme qui a trois enfans , qui est près d'accoucher , et qui n'a pas de pain; encore un autre louis. Enfin , je lui en ai vu donner dix comme cela dans la journée.

LE CUEYALIER.

Et tout cet argent-là reste à la femme de chambre , qui partage avec la mère.

LE MARQUIS

Tu le crois ?

LE CHEVALIER

J'en suis sur.

LE MARQUIS

Cela pourrait bien être ; je n'y avais pas pensé ; mais cela fait toiqours honneur à son cœur.

LE CHEVALIER

Certainement.

LE MARQUIS

Bien des femmes à sentiment , et fort riches , n'en feraient pas autant.

DIXIÈME JOURNÉE. i3

J'en connais qui ne donnent qu^en faisant des quêtes a tous ceux qui vienneiit chez elles.

LE MARQUIS

Oui , et elles tirent encore une vanité de cette espèce de contribution qu'elles vous imposent.

LE CHEVALIER

Malgré la noblesse d'âme de Zélie , tu n'en seras pas moins ruiné. Si ce n'est pas elle , ce sera sa mère qui emportera tout.

LE MARQUIS

Elle n'a rien qui ne soit placé ] c'est mon notaire qui fait ses affaires.

LE CHEVALIER

A la bonne heure.

LE MARQUIS

Elle a une maison bien montée , elle m'aime ; ainsi elle ne me coûtera pas grand'chose.

LE CHEVALIER

n faudra lui fairç sans cesse des présens , cela revient au même. Tu as déjà mené cette vie-là. Quelle affreuse -société ! La Vicomtesse t'aime réellement : c'est une femme de qualité , qui a la meilleure réputation du monde , et qui doit l'emporter sur ta ridicule fantaisie, et sans hésiter. Toi, qui as désiré d'être aimé de la Vicomtesse , veux-tu que , pour se guérir de la passion que tu lui as inspirée , elle partage le mépris que le public a toujours pour ceux qui ne rougissent pas de pareils attachemens?

Moi , j'inspirerais le mépris !

LE CHEVALIER

Oui , aux honnêtes gens.

i4 LE MOMENT DE LA PROMENADE,

LE MAHQUIS. *

Eh bien , Qpiarie^tpi , ^t j'épouse la Vicomtesse.

LE CHEVALIER

Je le voudrais fort , et je me flatte que la Baronne y consentirait volontiers.

L£ MARQUIS

Quel est donc Tobstacle qui vous arrête ?

LE CHEVALIER

Son père , à qui nous n'oserions le proposer.

LE MARQDIS.

M. de Vilboisan ?

LE CHEVALIER

Oui , il s'est repenti vivement d'avoir marié sa fille au baron , qui l'a rendue malheureuse , par une conduite épouvantable.

LE MARQUIS

Je jccmçois cela ; c'est un homme qui a des moeurs antiques , M. de Yrlboisaii.

LE CHEVALIER

Un faomm« d'honneur.

D'un honneur minutieux.

Le chï;valier.

Comment ,.minutieux ?

LÇ MARQUAS.

Je vett5f dire qu'ily ;3i des cho&çs 4^ mode, d'usages, qu'il pe paçs^rait pas , eXfîù il u'eptei^drait pas raison^ voilà , par exemple ^ wr quoi jiç me foxide.

LE CHEVALIER

Pourquoi faire ?

LE MARQPIS.

Pour te faire épouser la B^ropiie.

DIXIÈME JOURNÉE. i5

LE CHEVALIER

Tu crois pouvoir y réussir ?

LE MARQUIS

J'entrevois une lueur d'espoir.

LE CHEVALIER

Ah ! voici Tabbé Rosace.

LE MARQUIS

Il me semble que je le ccmnais , oui , beaucoup.

C'est son ancien ami. Si nous l'employions ?

LE MARQUIS

Il le faut voir , avant de lui rie» proposer là-dessus.

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