LE BIÂRQUIS, LE CHEVALIER
LE CHEVALIER
Dis-moi un peu , Marcpiis , d'où viens-tu comme cela?
«. LE MARQUIS
De Paris. Est-H^e qu'on est & la promenade actuellement?
Je crois que oui.
LE MARQUIS
Que fait-on ici ? Chasse-t-on ?
LE CHEVALIER
On a chassé , mais on ne chasse plus ; tout est brûlé.
LE MARQUIS
Et qu'y avez-vous actuellement?
LE CHEVALIER
Assez grande compagnie.
LE MARQUIS
La Vicomtesse est-elle ici ?
LE CHEVALIER
Oui , depuis avant*hiér. Je crois qu'elle a su que tu devais venir.
LE SASQUIS
Je le lui aras fit. EBe ne sera pas fon eontente de
LB CHETALIEB.
Poofqnoi doue ? Elle esc
LE MABOCIS.
J'entends bien. Nons porlerate de ods nne aotre fois.
LE CHETALIEA.
Comme ta Tondras. T a-c-il quelque noiiTelle à Paris?
LE MARQOIS.
Non j rien. A propos , Malerville est séparé de sa femme.
LE CHEYALIER.
De biens?
LE MAEQUIS.
Oni , de biens , de corps , c^est égal : on assnre seulement que ses enfuis ne seront pas rainés , qa*ils auront tout le bien de leur mère.
LE CHEVALIER
Et , que ya-t-il devenir ?
LE MARQUIS
On dit qa'il va en Espagne.
LE CHEVALIER
Quoi faire ?
LE MARQUIS
Ma foi , je n'en sais rien.
LE CHEVALIER
Tu me parais refroidi sur le c<mipte de la Vicomtesse. Est-ce que tu aurais enfin pris Zélie?
Pas encore. Je ne Taurai que dans quinze jours*
DIXIÈME JOURNÉE. ii
LE CIËEVALIEB.
Pourquoi cela ?
LE MARQUIS
Parce qu'elle a actuellement un Anglais , et sa mère veut qu'elle attende qu'il soit parti.
LE CfiÉVAtlER.
Cette mère^là te ruinera , je t'en avertis.
LE MARQUIS
Non ; l'Anglais parti , Zélie congédiera sa mère.
LE CHEVALIER
Il faut savoir si elle y ccmsentira.
LE MARQUIS
Oui , l'arrangement est fait, avec une pension.
LE CHEVALIER
Que sa fille lui fera ?
LE MARQUIS
Oui.
LE CHEVALIER
Ou toi?
Non , non. Veux-tu que je te montre une lettre de ZéBe?
LE CHEVALIER
A toi?
LE MARQUIS
Oui.
LE CHEVALIER
Ah ! voyons.
LE MARQUIS
Elle n'est pas bien longue; tiens, lis.
LE CHEVALIER, lisant.
a Ali ! mon cher Marquis , que je vous aime ! Quelle » comparaison de vous à milord , qui , en me disant » sans cesse, kismi, me montre de longues dents af- » freuses , et veut que je dise , verix^oL Adieu , mon
» cher Marquis , je te souhaite le bonsoir. Quand nous » réveillerons-nous ensemble dans les bras Fuu deFau- )i tre, pour nous donner le boigour ?» « Zélie. »
Elle t'aime donc réellement ! '
LE MARQUIS
Tu en peux juger. Oh ! ce n'est pas une fOle comme une autre ; elle a une façon de penser !..•• Elle n'est pas du tout intéressée.
LE GHEYALIER-
Tu le croîs ?
J'en suis sur. Si sa mère ne l'arrêtait pas souvent , elle donnerait tout ce qu'elle a ; c'est son plus grand plaisir. Je vois cela quelquefois : quand sa mère n'y est pas , sa femme de chambre vient lui dire : Madame, il y a un pauvre homme qui vient d'avoir la jambe cassée ^ elle donne un louis. Madame , il y a une pau* vre femme qui a trois enfans , qui est près d'accoucher , et qui n'a pas de pain; encore un autre louis. Enfin , je lui en ai vu donner dix comme cela dans la journée.
LE CUEYALIER.
Et tout cet argent-là reste à la femme de chambre , qui partage avec la mère.
LE MARQUIS
Tu le crois ?
LE CHEVALIER
J'en suis sur.
LE MARQUIS
Cela pourrait bien être ; je n'y avais pas pensé ; mais cela fait toiqours honneur à son cœur.
LE CHEVALIER
Certainement.
LE MARQUIS
Bien des femmes à sentiment , et fort riches , n'en feraient pas autant.
DIXIÈME JOURNÉE. i3
J'en connais qui ne donnent qu^en faisant des quêtes a tous ceux qui vienneiit chez elles.
LE MARQUIS
Oui , et elles tirent encore une vanité de cette espèce de contribution qu'elles vous imposent.
LE CHEVALIER
Malgré la noblesse d'âme de Zélie , tu n'en seras pas moins ruiné. Si ce n'est pas elle , ce sera sa mère qui emportera tout.
LE MARQUIS
Elle n'a rien qui ne soit placé ] c'est mon notaire qui fait ses affaires.
LE CHEVALIER
A la bonne heure.
LE MARQUIS
Elle a une maison bien montée , elle m'aime ; ainsi elle ne me coûtera pas grand'chose.
LE CHEVALIER
n faudra lui fairç sans cesse des présens , cela revient au même. Tu as déjà mené cette vie-là. Quelle affreuse -société ! La Vicomtesse t'aime réellement : c'est une femme de qualité , qui a la meilleure réputation du monde , et qui doit l'emporter sur ta ridicule fantaisie, et sans hésiter. Toi, qui as désiré d'être aimé de la Vicomtesse , veux-tu que , pour se guérir de la passion que tu lui as inspirée , elle partage le mépris que le public a toujours pour ceux qui ne rougissent pas de pareils attachemens?
Moi , j'inspirerais le mépris !
LE CHEVALIER
Oui , aux honnêtes gens.
i4 LE MOMENT DE LA PROMENADE,
LE MAHQUIS. *
Eh bien , Qpiarie^tpi , ^t j'épouse la Vicomtesse.
LE CHEVALIER
Je le voudrais fort , et je me flatte que la Baronne y consentirait volontiers.
L£ MARQUIS
Quel est donc Tobstacle qui vous arrête ?
LE CHEVALIER
Son père , à qui nous n'oserions le proposer.
LE MARQDIS.
M. de Vilboisan ?
LE CHEVALIER
Oui , il s'est repenti vivement d'avoir marié sa fille au baron , qui l'a rendue malheureuse , par une conduite épouvantable.
LE MARQUIS
Je jccmçois cela ; c'est un homme qui a des moeurs antiques , M. de Yrlboisaii.
LE CHEVALIER
Un faomm« d'honneur.
D'un honneur minutieux.
Le chï;valier.
Comment ,.minutieux ?
LÇ MARQUAS.
Je vett5f dire qu'ily ;3i des cho&çs 4^ mode, d'usages, qu'il pe paçs^rait pas , eXfîù il u'eptei^drait pas raison^ voilà , par exemple ^ wr quoi jiç me foxide.
LE CHEVALIER
Pourquoi faire ?
LE MARQPIS.
Pour te faire épouser la B^ropiie.
DIXIÈME JOURNÉE. i5
LE CHEVALIER
Tu crois pouvoir y réussir ?
LE MARQUIS
J'entrevois une lueur d'espoir.
LE CHEVALIER
Ah ! voici Tabbé Rosace.
LE MARQUIS
Il me semble que je le ccmnais , oui , beaucoup.
C'est son ancien ami. Si nous l'employions ?
LE MARQUIS
Il le faut voir , avant de lui rie» proposer là-dessus.