‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 10 sur 166 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

M. t)É VÏLBOISAN, LABBÊ.

L*ABBÉi

Eh bien , monsieur de Yilboisan , dans la chaleur de la conversation , vous vous oubliez ici à l'air du soir.

M. DE VÏLBOISAN.

Il fait le plus beau temps du monde ; il n'y a aucune humidité. D'ailleurs , je suis en colère.

L*ABBÉ

Et 9 contre qui ?

M. DE VÏLBOISAN*

Contre la malignité qui règne dans le monde , et contre le peu d'importance que l'on met actuellement à dire ou à faire le mal.

' L*ABBB.

Je ne saurais absolument m'affliger de cela , parce que je crois que, de tout temps, il en a été de même.

M. DE VlLfiOlSAN.

Quoi , monsieur, vous croyez qu'on peut accuser une femme d'avoir vécu intimement avec un homme , parce qu'il cesse de la voir ?

JOME III. 5

34 LE MOMENT DE LA PROMENADE, Cela s'appelle une rupture;

M. DÉ VltBOrSAN.

Et s'il la toit souvent ?

UABBÉ.

On dit qu^ih sont bien' ensemble.

M. DE VILBÔISATH:

Si la femme est une vetive ?

t'ABBÉ,

On dira la mèm« chose , s'ils flnîsséiit par ne pas s'épouser.

M. DE yiLBOISÀN.

Quoi ! une femme ne peut pas avoir un ami intime?...

UABBB.

' Sans qu'on eu fasse un amant.

M. DE ViLBOiSAN.

Un amant?

L'ABBÉ

Favorisé. Je ne ttàH ni mdlin , ni ibiéchant , et j'ai de la peine à m'enipècher de penser à cet égard comme tout le monde.

M. DE YILBOISAN.

Écoutez- moi , je vous prie.

Mais, qu'ayez>-voos done? vous voilà bien ému.

M. DE YILBOIS^AN.

Vous connaissez le chevalier de Saint-Ris ?

tABBÉ.

Qui est ici ?

M. DE VILBOISAN,

Oui.

L'ABBÉ

Sûrement; et je' crois que vous' le connaissez encore mieux que moi.

mXlÈME JOURNÉE. 55

M. DE YILBOISAN.

Je le connais mieux que vous ?

Sans doute.

M^ DE YILâOISAN.

Et sur quoi le pensez-vous ?

L'ABBÉ

Sur ce que vousTavez choisi pour lui faire épouser madame la Baronne.

M. DE YILBOISAN.

Comment ! vous croyez ?

Ce que tout le monde croit. Vous voyet qu'on n*en saurait penser de mal.

M. DE YILBOIâA».

Et sur quoi imagine-tH>n qu'ils doivent s'épouser ?

L'ABBÉ

Sur ce qu'on a d'eux la meiDeure opinion du inonde , en sachant qu'ils â'aiment réellement.

M. DE YILBOISAN.

Quoi?

L^ABBÉ

Allons , vous me faites dire là des choses que vous savez beaucoup mieux que moi !

M. DE YILBOISAN.

Je VOUS jure que je n'ai jamais pensé à tout cela.

L*ABBÉ

Tout le monde trouve que le Chevalier convient fort à madame votre fille.

M. DE YILBOISAN.

le Taùrais jugé de mèine , que je n^aurais jamais osé le lui proposer.

UABBÉ.

Pourquoi donc ?

M. DE YILBOISAN.

J'ai eu trop de regrets de lui avoir fait ëpouser le Baron , (jui Ta rendue malheureuse , pour vouloir rengager k épouser un second mari.

L*ABBÉ

Je crois pourtant qu'elle accepterait fort volontiers celui-ci. '

M. DE VILBOISAN.

Vous en êtes sûr ?

L^ABBÉ

Écoutez donc , je suis assez accoutumé à voir tout ce qui se passe dans les maisons , pour m'y con* naître un peu , quoique je n'en dise rien.

M. DE VILBOISAN.

Mais , que dois-je faire dans cette circonstance ?

L'ABBÉ

Ce que vous jugerez le plus convenable.

M. I>E VILBOISAN.

J'ai d^à dit au Marquis ce que je ferais en pareil cas.

UABBÉ.

Quoi! c^était là-dessus que vous causiez si vivement avec lui?

M. DE VILBOISAN.

Précisément.

L'ABBÉ

Ah, ah! cela me rappelle une très-bonne his^ toire....

Vous allez me conter une histoire dans ce moment-ci ?

L*ABBÉ

Non , non ^ mais c'étaient, comm€ cela, deux amans qui employèrent le secours d*an ami, pour savoir. •••

M. DE VILBOISAIf.

Pour savoir?...

' L'ABBÉ

Ce que pensait le père sur le compte de Tun des deux.

M. DE VILBOISAN.

Et pourquoi ma fille manquerait-elle de confiance en moi ?

Page 1