X. DE yiLBOISAll
Cda n'est pas absolument liannètp.
LE MABQUIS
Je le saisbien ; mais ce n'est pas tout<4k^t la faute d'un bmnme i la mode.
M. DEYILBOISAK.
Comment ?
LE MARQUIS
Le poMic TOUS donne une femme : plus tous tous en défendes , et mœns il tous croit.
M. DE YILBOISAN.
C'est le firuit delà méchanceté : on cherche i s'amuser, même aux dépens de IHionneur de ceux qui ne peuTcnt pas se défendre.
LE MARQUIS
Depuis quelque temps je suis attaché i une femme tr ès aimable , et cHe est persuadée que je l'épouserai.
M. DE VILBOISAN.
Eh bien , en honnête homme , il n'y a pas à hésiter.
LE MARQUIS
Je n'en ai point d'envie du tont^ je le désire fort.
3o LE MOMENT DE LA PROMENADE,
au contraire , et je tous dirai ce qui me le fait croire absolument indispensable.
Je ne saurais imaginer ce qui pourrait vous arrêter.
LE MARQUIS
Ma considération pour des parens respectables , de qui dépend toute ma fortune , et que je ne veux pas affliger en leur désobéissant.
M. DE VILBOISAN.
Je ne saurais blâmer ces sortes d'égards.
LE MARQUIS
Je sais bien ce que Ton peut raisonna^blement penser à mon âge , il ne faut qu'interroger mon cœur ; mais j'ignore si , au leur , ils penseront cOmme ïnoi. Vous êtes père , et vous devez savoir mieux que personne s'ils goûteront mes observations.
M. DE VILBOISAN.
Voyons , parlez.
LE MARQUIS
Quand je dirai à mes parens : je ne puis me dispenser d'épouser la personne que j'aime , nous sommes liés par le plus tendre amour ,. ils pourront peut-être me répondre : Vous n'aviez pas le droit de vous engager sans notre consentement , puisque toute votre fortune dépend de nous et que vous risquez de la perdre.
M. DE VÎLBOISAN.
Us auront le droit de vous dire cela ; et, si vous persistez , de disposer de leurs biens en faveur d'un autre.
LE MARQUIS
De sorte qu'en voulant rester honnête homme , je m'expose à être ruiné ?
DIXIÈME JOURNÉE. 5i
M. DE VILBOISAN.
C'est à vous de choisir.
LE MARQUIS
Je sens anssi qu'en faisant ce que je dois je ruine ma postérité.
M. DE VILBOiSAN.
Il est vrai, mais vous lui donnez un père estimable.
LE MARQUIS
Voici d^autres raisons que j imagine , qui pourraient déterminer mes parens à ce que je désire : écoutez-les , je vous prie , avec attention.
M. DE VILBOISAN.
J'écoute.
LE MARQUIS
Us pourront me dire : En cessant peu à peu de voir cette personne , on s'accoutumera à penser qu'il n'y a pas de votre faute si vous ne l'épousez pas ^ on ignorera même que vous ayez eu envie de l'épouser.
M. DE VILBOISAN.
Oui , cela pourrait tout réparer, au moins vis-à-vis du public ,* je pourrais , en cela , être de l'avis de vos* parens.
A la bonne heure ^ mais , si vous étiez le père de cette personne ?
M. DE VILBOISAN.
Cela devient un peu différent.
LE MARQUIS
Pas absolument .; parce qu'elle est veuve , et que son espèce . d'engagement serait un secret que vous ignoreriez.
M. DE VILBOISAN.
Si ma fille m'en a fait un secret , je n'ai pas pu
32 L£ MOMENT DE LA PROMENADE, ;savoir pourquoi vous veniez chez moi , et je ne sais pas à présent pourquoi vous n'y venez plus.
LE MARQUIS
Oui , mais j'ai à dire à mes parens : On croira qu'il y ft eu quelque intimité entre cette personne et moi. En cessant de la voir, on dira que je l'ai quittée ; alors, la vertu la plus pure se trouve confondue avec...
M. DE VILBOISAN.
Ah ! n'achevez pas : il est affreux d'être la cause du déshonneur d'une femme !
LE MARQUIS
Mais , ce déshonneur n'est pas réel.
M. DE VILBOISAN.
Qu'importe ?
D'ailleurs , vous dites là un grand mot.
M. DE VILBOISAN.
C'est le véritable.
LE MARQUIS
On n'est pas absolument si sévère dans le monde.
M. DE VILBOISAN.
Ce n'est pas ma faute si Ion ne pense pas comme moi.
LE MARQUIS
Mes parens ne pourront donc pas me forcer d'en épouser une autre ?
M. DE VILBOISAN.
S'ils sont gens d'honneur , comme je le crois , ils ne doivent seulement pas permettre que vous vous éloigniez de celle-ci.
LE MARQUIS
Je ne risque donc rien de leur faire toutes ces ob« servatioDS ?
Dixième journée. 53
M. DE VILBOISAN.
Elles doivent être approuvées ^ parlez , et parlez hardiment. Quand il est question de l'honneur de qui que ce soit , on a le droit de parler haut.
LE MARQUIS
Vous venez de ranimer mon courage ^ et j espère que je vous dévrai le bonheur de ma vie»
Bf. DE VÏLBOISAN.
Croyez , monsieur le Marquis , qu'on n'est jamais tout-à-fait malheureux en faisant son devoin