‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 12 sur 166 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DES BARDIS, M. DORTALIN.

M. D'ORTALIN.

JtiH bien , sais-ta ce qaon fera ici cette automne ?

M. DES BARDIS.

Non , pas encore , j'arrive.

M. D'ORTALIK.

Si Ton joue la comédie , je m*en vais ailleurs.

M. DES BARDIS.

Pourquoi cela 9

M. D'ÔRTALIN.

C'est qu*on ne peut pas faire de parties suivies avec ceux qui jouent la comédie ^ ils n*ont que leurs rôles dans la tète , et personne n est à son jeu.

M. DES BARDIS.

C'est un avantage pour celui qui n'a pas de difttractions.

M. DORTALIN.

Rien n'est plus insupportable ; on vient vous interrompre une partie commencée , pour répéter.

M. DES BARDIS.

Eh bien , on écrit où Ton en reste.

ii^ LE RÉPERTOIRE INUTILE,

M. D'ORXALIN.

Oh , oui ; mais avec tout cela je pourrai bien m'en aller à Cëronyille.

M. DES BARDIS.

Oui , où Ton fait de la musique toute la journée , où Ton ne joue au billard , au trictrac , et même au wist , ({u'en chantant.

M. D'ORTALIN.

Cela est vrai , au moins ; c'est encore une autre manie.

M. DES BARDIS.

^ Et ce qu*il y a de plus piquant , c^est que ce sont ces gens-là qui ont toigours les plus beaux jeux et les plus beaux dés.

M. D'ORTALIN.

Tu as raison , rien n'impatiente tant que de perdre contre des mazçttes.

y. DES BAIL DIS.

Il y a des feniif^qs qui Jouent bien.

M. D'ORTALIN.

Quand elles y pensent ; mais ce n est pas quand elles ont leur comédie dan» la tète.

J^ DES BARJDIS.

C^la jae leur £^ quelquefois râen .

M. d'.ortal;[9.

Est-ce qu'ils ne voiulAiQn,t pas me donner un r61e y àjnoi?

M. DES BARDIS.

Qui ça I donc ?

M. D'ORTALIN.

Madame de Vérantois.

M. DES BARDIS.

Si c*éuit un rèle d'amoureux , il serait joli à jouer avec elle.

H. D*ORTALIir.

Oui , tout-à-BBÔt !

H. DES BÂRDiS.

Qaoi ! tu ne la trcnives pas bien?.

H. D'ÔRTALIIï.

Moi ? je la trouve insupportable seulement.

M. DES BÂRDIS.

Mais , en yérité , elle n est pas mal.

M. D'ORTALIÎî.

Quoi ! elle n'est pas ridicule avec ses prétentions ? Ah ! je voudrais que tu lui visses jouer la comédie.

M. DES BARDIS.

Quels r61es joue-t-elle ?

M. D'ORTALIN.

Mais , Lucinde , dans V Oracle; la Jeune Indienne, Zénéîde, ...

M. DES BARDIS.

Comment ! avec sa taille ?

M. DX)RTALIN.

Oui , avec sa taille \ et elle la grossit encore par des fleurs , des gazes ; je ne sais pas tout ce qu'elle imagine.

M. DES BARDIS.

Eh bien , joueras-tu le r^e qu'o^ t'a proposé ?

M. D'ORTALITÏ.

Je n'ai jamais pu apprendre un vers.

M. DES BARDIS.

Tu n'as que tes combinaisons dans la tète.

M. DORTALIU.

Quand je joue , à la bonne heipre ; car sans cela. . . . et puis , moi , je n aime pas le jeu ; mais c'est qu'il fimt bien faire quelque chose à la campagne. Allons , venx*tn que nous fassions un trictrac ?

M. DES BARDIS.

Je ne veux pas à présent , parce que nous allons faire notre répertoire , à ce qu'on m'a dit.

M. D'ORTALIN.

En ce cas-là , je m'en vais me promener.

M. DES BARDIS.

Quoi, tout seul?

M. D'ORTÀUN.

Gela ne me fait rien.

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