SCÈNE PREMIÈRE
M. DES BARDIS, M. DORTALIN.
M. D'ORTALIN.
JtiH bien , sais-ta ce qaon fera ici cette automne ?
M. DES BARDIS.
Non , pas encore , j'arrive.
M. D'ORTALIK.
Si Ton joue la comédie , je m*en vais ailleurs.
M. DES BARDIS.
Pourquoi cela 9
M. D'ÔRTALIN.
C'est qu*on ne peut pas faire de parties suivies avec ceux qui jouent la comédie ^ ils n*ont que leurs rôles dans la tète , et personne n est à son jeu.
M. DES BARDIS.
C'est un avantage pour celui qui n'a pas de difttractions.
M. DORTALIN.
Rien n'est plus insupportable ; on vient vous interrompre une partie commencée , pour répéter.
M. DES BARDIS.
Eh bien , on écrit où Ton en reste.
ii^ LE RÉPERTOIRE INUTILE,
M. D'ORXALIN.
Oh , oui ; mais avec tout cela je pourrai bien m'en aller à Cëronyille.
M. DES BARDIS.
Oui , où Ton fait de la musique toute la journée , où Ton ne joue au billard , au trictrac , et même au wist , ({u'en chantant.
M. D'ORTALIN.
Cela est vrai , au moins ; c'est encore une autre manie.
M. DES BARDIS.
^ Et ce qu*il y a de plus piquant , c^est que ce sont ces gens-là qui ont toigours les plus beaux jeux et les plus beaux dés.
M. D'ORTALIN.
Tu as raison , rien n'impatiente tant que de perdre contre des mazçttes.
y. DES BAIL DIS.
Il y a des feniif^qs qui Jouent bien.
M. D'ORTALIN.
Quand elles y pensent ; mais ce n est pas quand elles ont leur comédie dan» la tète.
J^ DES BARJDIS.
C^la jae leur £^ quelquefois râen .
M. d'.ortal;[9.
Est-ce qu'ils ne voiulAiQn,t pas me donner un r61e y àjnoi?
M. DES BARDIS.
Qui ça I donc ?
M. D'ORTALIN.
Madame de Vérantois.
M. DES BARDIS.
Si c*éuit un rèle d'amoureux , il serait joli à jouer avec elle.
H. D*ORTALIir.
Oui , tout-à-BBÔt !
H. DES BÂRDiS.
Qaoi ! tu ne la trcnives pas bien?.
H. D'ÔRTALIIï.
Moi ? je la trouve insupportable seulement.
M. DES BÂRDIS.
Mais , en yérité , elle n est pas mal.
M. D'ORTALIÎî.
Quoi ! elle n'est pas ridicule avec ses prétentions ? Ah ! je voudrais que tu lui visses jouer la comédie.
M. DES BARDIS.
Quels r61es joue-t-elle ?
M. D'ORTALIN.
Mais , Lucinde , dans V Oracle; la Jeune Indienne, Zénéîde, ...
M. DES BARDIS.
Comment ! avec sa taille ?
M. DX)RTALIN.
Oui , avec sa taille \ et elle la grossit encore par des fleurs , des gazes ; je ne sais pas tout ce qu'elle imagine.
M. DES BARDIS.
Eh bien , joueras-tu le r^e qu'o^ t'a proposé ?
M. D'ORTALITÏ.
Je n'ai jamais pu apprendre un vers.
M. DES BARDIS.
Tu n'as que tes combinaisons dans la tète.
M. DORTALIU.
Quand je joue , à la bonne heipre ; car sans cela. . . . et puis , moi , je n aime pas le jeu ; mais c'est qu'il fimt bien faire quelque chose à la campagne. Allons , venx*tn que nous fassions un trictrac ?
M. DES BARDIS.
Je ne veux pas à présent , parce que nous allons faire notre répertoire , à ce qu'on m'a dit.
M. D'ORTALIN.
En ce cas-là , je m'en vais me promener.
M. DES BARDIS.
Quoi, tout seul?
M. D'ORTÀUN.
Gela ne me fait rien.