‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 137 sur 166 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ARLEQUIN, ROBERT, en chat, et se relevant snr ses pâtes de derrière.

ROBERT

N'ayez pas peur , mon cher Arlequin ^ si je parle ; il faut bien que je vous remercie du service essentiel que vous venez de me rendre.

Je n^ai pas peur , mais vous me faites trembler !

(ROBERT

Eh bien , rassurez-vous , et écoutez-moi. Je sais que vous êtes dans le plus grand embarras, parce que vous êtes bien amoureux.

ARLEQUIN

Rien n'est plus vrai ) il faut que ce soit le Diable qui vous ait dit cela.

ROBERT

Oui 9 Yous avez raison , c'est le Diable.

ARLEQUIN

Il est donc de vos amis ?

ROBERT

Et des vôtres.

ARLEQUIN

Des miens ? le Diable un de mes amis ?

LE DIABLE

Oui , car je suis le vôtre.

ARLEQUIN

Est-ce que vous êtes le Diable.

LE DIABLE

Sans doute 9 et je vais vous embrasser*

 bas les griffes !

LE DIABLE

Je ferai pâte de velours»

* ARLEQUIN

Je ne m*y fie pas \ parlez , mais n'embrassez pas.

LE DIABLE

Je vous ai trop d'obligations pour ne pas faire tout ce que vous voudrez. •

ARLEQUIN

Vous me paraissez un bon Diable ; mais , ditesmoi un peu y pourquoi êtes- vous en gros chat ?

LE DIABLE

C'est une punition de Pluton , qui règne dans les enfers.

ARLEQUIN

Comment, tous les chats sont donc une punition du peloton?

LE DIABLE

Non , mon cher Arlequin ; mais , voici le fait. Vous savez qu'on ne veut plus ici que de la musique italienne.

ARLEQUIN

Oui , où je ne comprends rien : aussi je trouve que c'est une musique de tous les diables.

Eh bien , c'est la nôtre ; mais il y en a de plusieurs sortes , et que l'on aime ou que l'on hait , selon sa fantaisie.

ARLEQUIN

Cela peut être permis.

LE DIABLE

Sans doute , mais c'est qu'on veut faire aimer la musique qu'on aime , qu'on préfère, à tout le monde ,

PROYEUBE. 555

et c'est cela qu'on a puni en moi : j'ai été métamorphosé en chat pour avoir voulu rendre tous mes camarades gluckistes, et j'ai été condamné à miauler, jusqu'à ce qu'un animal plus fort que moi m'ait montré les dents , sans pouvoir me mordre^ et voilà ce qui vient de m'arriver avec votre secours.

ARLEQUIN

Âvec^ mon secours , à moi ?

ROBEKT.

Sûrement. N'avez -vous pas empêché, tout à l'heure , ce gros dogue de me mordre ?

ARLEQUIN

Sans doute , parce que j'ai craint qu'il ne fût enragé.

ROBERT

Il l'était aussi ; c'est un picciniste •

ARLEQUIN

Je ne savais pas cela ; mais je suis bien aise de vous avoir rendu service , parce que vous avez l'air d'être un bon diable.

ROBERT

Yous verrez que je le suis, et pour vous, plus que pour personne.

ARLEQUIN

Monsieur le Diable , je suis bien votre serviteur.

ROBERT

Je sais que vous aimez Isabelle.

ARLEQUIN

Oui , je l'aime ^ c'est vrai cela.

ROBERT

Et elle vous aime aussi.

ARLEQUIN

Vous le croyez ?

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