SCÈNE V
ARLEQUIN, ROBERT, en chat, et se relevant snr ses pâtes de derrière.
ROBERT
N'ayez pas peur , mon cher Arlequin ^ si je parle ; il faut bien que je vous remercie du service essentiel que vous venez de me rendre.
Je n^ai pas peur , mais vous me faites trembler !
(ROBERT
Eh bien , rassurez-vous , et écoutez-moi. Je sais que vous êtes dans le plus grand embarras, parce que vous êtes bien amoureux.
ARLEQUIN
Rien n'est plus vrai ) il faut que ce soit le Diable qui vous ait dit cela.
ROBERT
Oui 9 Yous avez raison , c'est le Diable.
ARLEQUIN
Il est donc de vos amis ?
ROBERT
Et des vôtres.
ARLEQUIN
Des miens ? le Diable un de mes amis ?
LE DIABLE
Oui , car je suis le vôtre.
ARLEQUIN
Est-ce que vous êtes le Diable.
LE DIABLE
Sans doute 9 et je vais vous embrasser*
 bas les griffes !
LE DIABLE
Je ferai pâte de velours»
* ARLEQUIN
Je ne m*y fie pas \ parlez , mais n'embrassez pas.
LE DIABLE
Je vous ai trop d'obligations pour ne pas faire tout ce que vous voudrez. •
ARLEQUIN
Vous me paraissez un bon Diable ; mais , ditesmoi un peu y pourquoi êtes- vous en gros chat ?
LE DIABLE
C'est une punition de Pluton , qui règne dans les enfers.
ARLEQUIN
Comment, tous les chats sont donc une punition du peloton?
LE DIABLE
Non , mon cher Arlequin ; mais , voici le fait. Vous savez qu'on ne veut plus ici que de la musique italienne.
ARLEQUIN
Oui , où je ne comprends rien : aussi je trouve que c'est une musique de tous les diables.
Eh bien , c'est la nôtre ; mais il y en a de plusieurs sortes , et que l'on aime ou que l'on hait , selon sa fantaisie.
ARLEQUIN
Cela peut être permis.
LE DIABLE
Sans doute , mais c'est qu'on veut faire aimer la musique qu'on aime , qu'on préfère, à tout le monde ,
PROYEUBE. 555
et c'est cela qu'on a puni en moi : j'ai été métamorphosé en chat pour avoir voulu rendre tous mes camarades gluckistes, et j'ai été condamné à miauler, jusqu'à ce qu'un animal plus fort que moi m'ait montré les dents , sans pouvoir me mordre^ et voilà ce qui vient de m'arriver avec votre secours.
ARLEQUIN
Âvec^ mon secours , à moi ?
ROBEKT.
Sûrement. N'avez -vous pas empêché, tout à l'heure , ce gros dogue de me mordre ?
ARLEQUIN
Sans doute , parce que j'ai craint qu'il ne fût enragé.
ROBERT
Il l'était aussi ; c'est un picciniste •
ARLEQUIN
Je ne savais pas cela ; mais je suis bien aise de vous avoir rendu service , parce que vous avez l'air d'être un bon diable.
ROBERT
Yous verrez que je le suis, et pour vous, plus que pour personne.
ARLEQUIN
Monsieur le Diable , je suis bien votre serviteur.
ROBERT
Je sais que vous aimez Isabelle.
ARLEQUIN
Oui , je l'aime ^ c'est vrai cela.
ROBERT
Et elle vous aime aussi.
ARLEQUIN
Vous le croyez ?