‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 32 sur 166 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

LA BAiaONNE, LA YIGOMTËSfflS, LA MARQUISE, LA VmAME, LE CHEYALIER, LE MARQUIS, LE BARON, L'ABBÉ.

lA VICOMTESSE.

Eh bien , Baron , avez-vous tu la maison de la bonne femme ?

LE BARON

Oai , Yraimént ; mais , avant de m'y faire entrer , elle a mené son âne à Fécurie , et puis elle m'a dit : « Je vous demande bien pardon , monsieur \ mais il faut (pie tout le monde vive , et je viens de donner du foin à Cadet. »

LA VIGOMTESS&

Quoi ! elle donne du foin à .^pn fils ?

L*ABBÉ

Ek , non ! c'est à son âne , qui s'appelle Cadet.

LA VICOMTESSE

Ah ! Je ne comprenais pas*

LE BARON

« Monsieur , » a-t-elle poursuivi , « c'est que , quand ce serait mon frère , je ne l'aimerions pas da- Tantagè; et, après ma fiHe , c'est tout ce que j'aimons au monde. »

LA MARQUISE

Ds mèknit tout cela ensemble ?

lE CHEVALIER.

Oui , béte et gens , cela leur est égal.

LE MARQUIS

J*ai eu un cocher qui causait totite la matinée avec ses chevaux , et il disait : « Celui-ci est bien malin \ il m^entend bien. «

,oo LE GRAND CHEMIN,

LE BARON

« Mais, » aî-je repris, « vous n^aimez pas tant Cadet que vous aimiez votre mari ?» — « Ah ! celui-là, » mVt-elle dit , a il m'a bien donné du chagrin ; il était toujours saoul , sur votre respect ; il me battait, il me çiangeait tout ce que j'avais ;, et , malgré cela , je le pleurons tous les jours ; je voudrais bien qu'il fût encore en vie , le pauvre défunt , nous aurions sûrement été séparés , monsieur le Bailli me l'avait bien promis \ mais cela ne fait en rien , on ne veut pas pour cela la mort du pécheur. »

LA VIDAME

Comment a-t-il retenu tout cela ?

LEBAROTî.

Après m'avoir fait voir sa maison , elle a voulu me montrer ses vaches , qui sont bien soignées , et elle voulait aussi empêcher ses poules de se coucher, pour Tne lés faire voir.

LE MARQUIS

Je le crois bien , voilà le luxe de ces gens-là.

LA VIDAME

Moi, j'aime assez tout cela. Vous souvenez-vous , Marquise , quand nous étions au couvent , le plaisir que nous avions quand on nous permettait d'aller porter du pain aux poules ?

LE BARON

Elle voulait me retenir encore , pour me faire voir sa fille , qu'elle attendait, et qui m'aurait bien reçue , à ce qu'elle m'a dit.

LA VICOMTESSE

Et vous n'avez pas voulu l'attendre ?

LE BARON

Non , j'avais cru que vous me suiviez , sans cela je

DOUZIÈME JOURNÉE. loi

ne serais pas entré chez elle ; en la quittant, j*ai voulu lui donner six francs.

LA BAROKNE.

Eh bien?

LE BARON

Elle n'en a pas voulu.

LA BARONNE

Pourquoi donc ?

LE BARON

« Monsieur, » m'a-t-elle dit , « je ne Tons pas gagné ; îl faut donner cela aux pauvres , qui n ont pas de pain. » — » Mais ,» ai-je repris , «je leur en donnerai d'autres \ ceci est pour votre fille , pour lui avoir des rubans. » — et Non , njonsieur, je ne voulons pas de tout cela ^ je ne voulons pas tant seulement que ma fille aille danser les dimanches. »

LA MARQUISE

Et par quelle raison ?

LE BARON

« Ah ! » dit-elle , « parce que les amoureux pleuvem en foule autour d'une danseuse. »

LA VICOMTESSE

On croirait qu'elle aurait été à l'Opéra.

LE BARON

« Enfin , » dit-elle , « c'est bien assez qu'elle en ait un , encore c'est trop. »

D'un amoureux? ^

LE BARON

Oui , car il ne l'aura pas ^ il n'est pas assez riche pour elle.

LA MARQUISE, Las , àUVidâme,

Écoutez donc , madame , si c'était la mère de la petite Thérèse ?

LA YIPAME.

C'est ce que j'ai pensé d'abord.

LE HARQUIS.

Qu'est-ce (pie vous dites donc là ?

LA MARQUISE

Baron , sayez-yous (pi'il ne tient qu'à nous que ta fille de votre bonne femme épouse son amoureux ?

LE BARON

Comment cela ?

LA MARQUISE

Je TOUS dis , vous le verrez si vous le vouleai.

LE BARON

Je parie un louis que non.

LA YIDAME.

Eh bien / pariez-en deux.

LE BARON

' Les voilà.

LA MARQUISE

L'Abbé , pariez aussi.

L*ABBÉ

Pour la rareté du fait , je le veux bien.

LA VIDAME

Et vous y Marqiii^ ?

LE MARQUIS

Allons » y<^ jle« dçux miens.

LE CHEVALIER

Et ces dames ?

LA MARQUISE

n suflira qu'elles donnent chacune un louis.

LA BARONNE

Vicomtesse , donnez-en deux , je vous rendlnai le \ mien ce soir. I

LE BARON

Nous aurons le plaisir de voir ce que cdm deviendra.

DOUZIÈME JOURNÉB. io3

LE OHEYALIER.

J'ai bien peur que tous ne perdiez toiM votre pari.

LE MA.RQUI8.

Au moins , nous irons à la noce ?

LE GHEYALIER.

Cela est juste *, il ne tiendra qu^à toust^

LE B.AROIÏ.

Je crois (pi'elles sont devenues sorcières.

L*ABBÉ

Et moi ^ussi.

LE MARÇUIS.

Ah I voilà un paysan qui me parait un peu ivre.

LA MARQUISE

Baron , faites-le im peu causer.

LE BAR0I9

Je le vçuz \>iet^»

LA VICOMTESSE

» -Il

L*Abbé est aussi fort bon avec ces gens-là.

LA MARQUI£\E.

Asseyez-vous donc ici , mesdames.

LA BARONIÏE.

Nous vous gênerons.

LA VIDAME

Non , point du tout \ il y a de la place.

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