SCÈNE VIL
LA BAiaONNE, LA YIGOMTËSfflS, LA MARQUISE, LA VmAME, LE CHEYALIER, LE MARQUIS, LE BARON, L'ABBÉ.
lA VICOMTESSE.
Eh bien , Baron , avez-vous tu la maison de la bonne femme ?
LE BARON
Oai , Yraimént ; mais , avant de m'y faire entrer , elle a mené son âne à Fécurie , et puis elle m'a dit : « Je vous demande bien pardon , monsieur \ mais il faut (pie tout le monde vive , et je viens de donner du foin à Cadet. »
LA VIGOMTESS&
Quoi ! elle donne du foin à .^pn fils ?
L*ABBÉ
Ek , non ! c'est à son âne , qui s'appelle Cadet.
LA VICOMTESSE
Ah ! Je ne comprenais pas*
LE BARON
« Monsieur , » a-t-elle poursuivi , « c'est que , quand ce serait mon frère , je ne l'aimerions pas da- Tantagè; et, après ma fiHe , c'est tout ce que j'aimons au monde. »
LA MARQUISE
Ds mèknit tout cela ensemble ?
lE CHEVALIER.
Oui , béte et gens , cela leur est égal.
LE MARQUIS
J*ai eu un cocher qui causait totite la matinée avec ses chevaux , et il disait : « Celui-ci est bien malin \ il m^entend bien. «
,oo LE GRAND CHEMIN,
LE BARON
« Mais, » aî-je repris, « vous n^aimez pas tant Cadet que vous aimiez votre mari ?» — « Ah ! celui-là, » mVt-elle dit , a il m'a bien donné du chagrin ; il était toujours saoul , sur votre respect ; il me battait, il me çiangeait tout ce que j'avais ;, et , malgré cela , je le pleurons tous les jours ; je voudrais bien qu'il fût encore en vie , le pauvre défunt , nous aurions sûrement été séparés , monsieur le Bailli me l'avait bien promis \ mais cela ne fait en rien , on ne veut pas pour cela la mort du pécheur. »
LA VIDAME
Comment a-t-il retenu tout cela ?
LEBAROTî.
Après m'avoir fait voir sa maison , elle a voulu me montrer ses vaches , qui sont bien soignées , et elle voulait aussi empêcher ses poules de se coucher, pour Tne lés faire voir.
LE MARQUIS
Je le crois bien , voilà le luxe de ces gens-là.
LA VIDAME
Moi, j'aime assez tout cela. Vous souvenez-vous , Marquise , quand nous étions au couvent , le plaisir que nous avions quand on nous permettait d'aller porter du pain aux poules ?
LE BARON
Elle voulait me retenir encore , pour me faire voir sa fille , qu'elle attendait, et qui m'aurait bien reçue , à ce qu'elle m'a dit.
LA VICOMTESSE
Et vous n'avez pas voulu l'attendre ?
LE BARON
Non , j'avais cru que vous me suiviez , sans cela je
DOUZIÈME JOURNÉE. loi
ne serais pas entré chez elle ; en la quittant, j*ai voulu lui donner six francs.
LA BAROKNE.
Eh bien?
LE BARON
Elle n'en a pas voulu.
LA BARONNE
Pourquoi donc ?
LE BARON
« Monsieur, » m'a-t-elle dit , « je ne Tons pas gagné ; îl faut donner cela aux pauvres , qui n ont pas de pain. » — » Mais ,» ai-je repris , «je leur en donnerai d'autres \ ceci est pour votre fille , pour lui avoir des rubans. » — et Non , njonsieur, je ne voulons pas de tout cela ^ je ne voulons pas tant seulement que ma fille aille danser les dimanches. »
LA MARQUISE
Et par quelle raison ?
LE BARON
« Ah ! » dit-elle , « parce que les amoureux pleuvem en foule autour d'une danseuse. »
LA VICOMTESSE
On croirait qu'elle aurait été à l'Opéra.
LE BARON
« Enfin , » dit-elle , « c'est bien assez qu'elle en ait un , encore c'est trop. »
D'un amoureux? ^
LE BARON
Oui , car il ne l'aura pas ^ il n'est pas assez riche pour elle.
LA MARQUISE, Las , àUVidâme,
Écoutez donc , madame , si c'était la mère de la petite Thérèse ?
LA YIPAME.
C'est ce que j'ai pensé d'abord.
LE HARQUIS.
Qu'est-ce (pie vous dites donc là ?
LA MARQUISE
Baron , sayez-yous (pi'il ne tient qu'à nous que ta fille de votre bonne femme épouse son amoureux ?
LE BARON
Comment cela ?
LA MARQUISE
Je TOUS dis , vous le verrez si vous le vouleai.
LE BARON
Je parie un louis que non.
LA YIDAME.
Eh bien / pariez-en deux.
LE BARON
' Les voilà.
LA MARQUISE
L'Abbé , pariez aussi.
L*ABBÉ
Pour la rareté du fait , je le veux bien.
LA VIDAME
Et vous y Marqiii^ ?
LE MARQUIS
Allons » y<^ jle« dçux miens.
LE CHEVALIER
Et ces dames ?
LA MARQUISE
n suflira qu'elles donnent chacune un louis.
LA BARONNE
Vicomtesse , donnez-en deux , je vous rendlnai le \ mien ce soir. I
LE BARON
Nous aurons le plaisir de voir ce que cdm deviendra.
DOUZIÈME JOURNÉB. io3
LE OHEYALIER.
J'ai bien peur que tous ne perdiez toiM votre pari.
LE MA.RQUI8.
Au moins , nous irons à la noce ?
LE GHEYALIER.
Cela est juste *, il ne tiendra qu^à toust^
LE B.AROIÏ.
Je crois (pi'elles sont devenues sorcières.
L*ABBÉ
Et moi ^ussi.
LE MARÇUIS.
Ah I voilà un paysan qui me parait un peu ivre.
LA MARQUISE
Baron , faites-le im peu causer.
LE BAR0I9
Je le vçuz \>iet^»
LA VICOMTESSE
» -Il
L*Abbé est aussi fort bon avec ces gens-là.
LA MARQUI£\E.
Asseyez-vous donc ici , mesdames.
LA BARONIÏE.
Nous vous gênerons.
LA VIDAME
Non , point du tout \ il y a de la place.