SCÈNE V. M. DE VILBOISAN, LE CHEVALIER, LE MARQUIS
LE CHEYALIER.
Monsieut* de Vilboisan., voilà M. le marcpis de Relînval.
M. DE VILBOISAN.
Monsieur , je suis très-ilatté de Thonneur que vous voulez bien me faire ; ce n'est pas d'aigoùrd'hui que nous nous connaissons. Vous ne vous en souvenez pas ? je vous ai vu bien petit.
LE MARQUIS
Je m'en souviens très-bien , monsieur •, et j'avais regretté de n'avoir pas mieux cultivé votre amitié.
M. DE YILBGISAW*
Ecoutez donc , nous menons un train de vie fort diflférent , vous et moi.
LE MARQUIS
La vôtre est fort sensée ; celle de notre âge est un peu folle quelquefois.
M. DE VILBOISAN.
Quand on est guidé par l'honneur, on ne fait guère de folies.
LE CHEVALIER
Sûrement, l'honneur est de tous les âges.
M, DE VILBOISAN.
C'est ce que je disais. Si vous étiez arrivé plus tôt je vous aurais montré mon parc , qui , sans vanité est assez beau ^ il est planté par Le Nostre , et j'aime bien autant ses jardins que les jardins anglais que l'on fait à présent ; je laisse cela aux amateurs de la mode.
LE MARQUIS
C^est que tous voyez en grand.
M. DE VILBOISAN.
On n^entend pas cela à présent.
LE CHEVALIER
La mode tyrannise tout le inonde , et dans fous les genres.
M. DE VILBOISAN.
Elle ne me tyrannisera jamais ; et voici ma raison.
LE CHEVALIER
M. de Yilboisan voit juste.
M. DE VILBOISAN.
n s^est glissé depuis quelqu e temps dans le monde des principes d^économie qui ne consistent que dans le discours ; je les regarde comme un prétexte pour couvrir le désir que Ton a de se livrer à tous les caprices de la mode , à satisfaire tous ses go&ts et toutes ses fantaisies ; et je vois que rien ne prouve mieux l'ancien proverbe , à quoi il en faut toujours revenir : a n n\ a rien de si ruineux que les bons marchés. »
LE CHEVALIER
(Test ce que je disais tout à Theure au Marquis , à propos de quelque chose dont il me parlait.
Est-ce que vous voudriez faire quelque acquisition ? Prenez-y bien garde ; on vous donne souvent pour neuf des choses où il y a bien des réparations à faire. Redoutez surtout Tengouement \ voyez de sangfroid , et profitez des folies des autres.
LE CHEVALIER
Pour n'en point faire.
ao LE MOMENT DE LA PROMENADE,
M. 0£ YILBOISAN.
Cela est encore mieux ; il faut Yoir ce qu*il y a i perdre , avant de calculer ce qai\ y a à gagner.
LE CHEVALIER
(Test ce que je crois lui avoir démontré.
M. DE VILBOISâN.
Monsieur le Marquis j vous ne nous apportez pas de nouvelles ?
LE MARQUIS
Non , monsieur.
M. DE VILBOISA5.
Mon neveu , qui est en Provence , me mande que la foire de Beaucaire sera très-belle cette année.
LE CHEVALIER
11 me semble que Ton dit que c'est toujours une très-belle chose.
Et qui attire beaucoup de monde.
M. DE VILBOISAN.
Oh ! toigours. Ah ça, je vais lire -mes lettres en me reposant \ je vous reverrai après.
( Il 8*élotgne. ) LE CHEVALIER.
Ah ! voilà ces dames. Tiens , vois comme la Vicomtesse est belle !
LE MARQUIS
J'en conviens ; mais son air m'impose. Comment ne pas préférera sa tristesse , k sa froideur , le charme qui m'entraîne vers Zélie !
LE CHEVALIER
Oses-tu lui comparer cette créaturre ?
DIXIÈME JOURNÉE. m