M. DE MORIVAL, M-«. DE MORIVAL
M. DE MORIVAL
Tehbz , madame de Morival , Il n*y a pas à hésiter ; je crois que nos enfans doivent avoir envie d'aller à Paris) il ne faut pas les gêner. Partez tons, je ne m'ennnierai pas avee mes ouvriers.
Ooi y dans le jour ; mais , que ferez-vous tout seul les soirées ? Elles sont bien longues à présent.
M. DE MORIVAL
Je causerai avec mon curé : je lirai , et me coucherai de bonne heure ^ le temps passe toujours assez vite ; et quand la nuit semblerait «i vouloir ralentir la course , il n'y aurait pas grand mal.
M-«. DE MORIVAL
Voila un joK moyen de Tarrèter ! Je vous jure que je ne vous quitterai pas.
M. DE MORIVAL
Mais le mauvais temps qu'il fait actuellement est peu propre à amuser la jeunesse k la campagne , sur*
i54 LE DÉPART DE LA CAMPAGNE, tout quand elle est active comme celle de nos enfan». On sait , d'ailleurs , que nous revenons dans ce tempsci à Paris , et il ne nous viendra plus personne. Il ne faut pas exposer la tendresse de ses enfans à s'affidblir, par une complaisance qui les contrarierait beaucoup.
M™». DE MORIVAL
Ne craignez donc pas cela , et rendez-leur plus de justice.
M. DE MORIVÂL.
Je ne leur fais point de tort. A leur âge , ils ont des plaisirs différens de ceux du nôtre. Je sais bien que^ lorsque j'étais jeune , Paris était tout pour moi.
Ils ont des goûts et des talens , qui les occupent ici très-agréablement.
M. DE MORIVAL
La teinte obscure que Fennui répand sur tous les objets détruit Téclat et le cbarme des talens et des arts même les plus agréables.
M"«. DE MORIVAL
Et si je trouve les moyens de les rendre heureux d'avoir cette ressource ?
M. DE MORIVAL
Vous serez bien habile !
M"«. DE MORIVAL
Pourquoi donc ?
M. DE MORIVAL
Parce que ce sont ces mêmes arts , joints à leur goût pour la société , qui , doivent leur faire désirer d'être témoins des succès de ceux qui les cultivent.
M"*. DE MORIVAL
Je ne vous entends pas.
' QUATORZIÈME JOURNÉE. i55
M. DEHORITAL.
Crojez->vou8 cpills ignorent qu'on va donner un opéra nouveau ?
M—. DE MORIYAL.
Non.
H. DE MORIYAL.
Qu'on répète une tragédie nouvelle dont on attend le plus grand succès ?
M"«. DE MORIYAL.
Non. ^
M. DE MORIYAL,
Qu'il y a un nouvel opéra comique dont ils connaissent même des ariettes , qu^ils trouvent char^ mantes , et qui sera donné dans peu de jours ?
M—. DE MORIYAL.
Tout cela peut être.
M. DE MORIYAL.
Croyez-vous aussi qu*à l'âge des plaisirs , ceux du cœur ne les appellent pas , et que , dans notre solitude , il y ait rien qui puisse les en dédommager ?
M—. DE MORIYAL.
J'aurai à vous parler sur tout cela , mais dans un autre moment. Occupez-vous , en attendant, de l'exécution de tous vos projets de jardin , et laissez - moi faire.
M. DE MORIYAL.
Je m'en; rapporte bien à votre tendresse pour moi , et à celle que vous avez pour nos enfans , et j'approuverai toiyours tout ce que vous jugerez convenable de faire pour leur boidieur.
M"«. DE MORIYAL.
Je ne ferai rien sans vous le communiquer.
M. DE MORIYAL.
J'entends bien ; mais je n'en suis pas moins curieux de savoir comment vous pourrez réussir à leur
i56 LE DÉPART DE LA CAMPAGNE,
faire trouver bon de rester encore ici quelque temps, et j'y rêvé en vain.
M"«. DE MORIYAL.
Eh bien , n'y rêvez pas.
M. DE MORIVAL
Vous avez raison ^ il vaut mieux vous laisser faire. Il y a encore un peu de jour , et je vais voir m&k ouvriers ^ à tantôt.
M*». DE MORIYAL.
Quand vous serez rentré dans votre cabinet , j'irai vous y trouver.
M. DE MORIYAL.
 la bonne heure , je vous y attendrai*