LE MARQUIS, LE CHEVALIER
LE MARQUIS
Chevalier !
LE CHEVALIER
Que veux-tu ?
LE MÂ[RQUIS.
Cest une lettre de Zélie.
LE CHEVALIER
Dans ce moment-ci , qu^en yenx-ta faire ?
LE MARQUIS
Il faut' bien que je sache
(Il Ut.) LE CHEVALIER.
Quand tu retrouves le cœur de la Vicomtesse tel que.tu peux le désirer , et bien plus sensible que tu ne le mérites.... Mais tu ne m'écoutes pas.
LE MARQUIS
n faut que je parte à l'instant.
LE CHEVALIER
Pourquoi faire?
LE MARQUIS
Si je retarde , on me Fenlève , et je la perds.
Quoi ! c'est encore Zélîe qui t'occupe ?
LE MARQUIS
Tiens , lis.
LE CHEVALIER» lisant.
(( Milord part dans l'instant ^ je me croyais heu- » reuse , mon cher Marquis , d'en être débarrassée ^ )> mais ma mère veut que je prenne un autre Anglais » de ses amis , beaucoup plus riche , et qui me don- » nera le double ; elle ne me laisse que le temps de » vous oiïrir la préférence au même prix. Jugez com- )) bien je désire d'être eufin , pour toujours , votre » Zélie : j'attends votre réponse ou plutôt votre pré- » sence. »
Et tu veux partir ?
LE MARQUIS
Il le faut.
DIXIÈME JOURNÉE. iS
LE CHEVALIER
Quoi ! ta serais la dupe d'un piège aussi grossier ?
LE MARQUIS
Zélie ne saurait me tromper.
LE CHEVALIER
Quel affreux aveuglement ! cours donc à ta ruine , et tu ne seras détrompé et convaincu que Ton veut ta perte, que lorsque tu te verras entièrement dépouillé de tous tes biens.
Tu oses le penser ?
LE CHEVALIER
Alors , malheureux plus par ta faiblesse que par les soins qu'on aura pris pour te séduire , tu te détesteras , et tu regretteras le cœur d'une femme tendre , respectable , et qui ne veut vivre que pour toi , qui n'est occupée que de ton bonbeur. Mais tu ne seras plus digne d'elle , tu craindras même de la revoir ; et , si tu échappes au désespoir , ce sera pour languir dans la misère et dans l'ignominie, en te voyant méprisé, même par ceux que tu auras enrichis.
LE MARQUIS
Pourquoi m'exagérer des maux qui ne m'arriveront jamais ?
LE CHEVALIER
Non i car je ne souffrirai pas que tu t'y exposes davantage.
LE MARQUIS
Qn'oses-tu dire ? Penses*tu pouvoir me faire la loi?
LE CHEVALIER
Non , mais ce sera l'honneur. Si tu veux poursuivre , tu auras ma vie ou j'aurai la tioine. Je ne te
26 LE MOMENT DE LA PROMENADE, quitte plus; choisis entre un ami qui ne veut que ton bonheur^ ou une femme méprisable qui ne veut que ta ruine et ton déshonneur.
Eh bien , l'amitié triomphe ; je suis toigours digne de la tienne. Qui ? moi , j'attenterais à des jours que je voudrais prolonger aux dépens des miens ! Mon ami , oublie , je t'en conjure , à quel point j'ai pensé m'avilir ; crois que le charme qui m'entraînait à présent me fait horreur.
LE CHEVALIER
Ah ! ce moment est le plus doux de ma vie , puisque je te relire de Tabîme où je craignais de te voir précipiter.
LE MARQUIS
Je ne veux plus m'ôccuper que dû projet que j'ai formé pour favoriser ton amour ; trop heureux alors si sa réussite peut mé faire pardonner mes torts envers la Vicomtesse !
LE CHEVALIER
Elle t'aime trop sincèrement pour qu'elle puisse résister à ton repentir.
LE MARQUIS
Je veux , pour mériter ma grâce , lui tout avouei . Oui , je vais....
LE CHEVALIER
Voici M. de Vilboisa n.
LE MARQUIS
Eh bien, laisse-moi avec lui 5 je vais chercher à m'acquitter de tout ce que je te dois.
LE CHEVALIER
Je ne le demande pas quels sont tes moyens.
LE MARQUIS
Ecoute-nous , et ne sois pas surpris de tout ce que je lui dirai.