‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 7 sur 166 · LE MARQUIS, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LE CHEVALIER

LE MARQUIS

Chevalier !

LE CHEVALIER

Que veux-tu ?

LE MÂ[RQUIS.

Cest une lettre de Zélie.

LE CHEVALIER

Dans ce moment-ci , qu^en yenx-ta faire ?

LE MARQUIS

Il faut' bien que je sache

(Il Ut.) LE CHEVALIER.

Quand tu retrouves le cœur de la Vicomtesse tel que.tu peux le désirer , et bien plus sensible que tu ne le mérites.... Mais tu ne m'écoutes pas.

LE MARQUIS

n faut que je parte à l'instant.

LE CHEVALIER

Pourquoi faire?

LE MARQUIS

Si je retarde , on me Fenlève , et je la perds.

Quoi ! c'est encore Zélîe qui t'occupe ?

LE MARQUIS

Tiens , lis.

LE CHEVALIER» lisant.

(( Milord part dans l'instant ^ je me croyais heu- » reuse , mon cher Marquis , d'en être débarrassée ^ )> mais ma mère veut que je prenne un autre Anglais » de ses amis , beaucoup plus riche , et qui me don- » nera le double ; elle ne me laisse que le temps de » vous oiïrir la préférence au même prix. Jugez com- )) bien je désire d'être eufin , pour toujours , votre » Zélie : j'attends votre réponse ou plutôt votre pré- » sence. »

Et tu veux partir ?

LE MARQUIS

Il le faut.

DIXIÈME JOURNÉE. iS

LE CHEVALIER

Quoi ! ta serais la dupe d'un piège aussi grossier ?

LE MARQUIS

Zélie ne saurait me tromper.

LE CHEVALIER

Quel affreux aveuglement ! cours donc à ta ruine , et tu ne seras détrompé et convaincu que Ton veut ta perte, que lorsque tu te verras entièrement dépouillé de tous tes biens.

Tu oses le penser ?

LE CHEVALIER

Alors , malheureux plus par ta faiblesse que par les soins qu'on aura pris pour te séduire , tu te détesteras , et tu regretteras le cœur d'une femme tendre , respectable , et qui ne veut vivre que pour toi , qui n'est occupée que de ton bonbeur. Mais tu ne seras plus digne d'elle , tu craindras même de la revoir ; et , si tu échappes au désespoir , ce sera pour languir dans la misère et dans l'ignominie, en te voyant méprisé, même par ceux que tu auras enrichis.

LE MARQUIS

Pourquoi m'exagérer des maux qui ne m'arriveront jamais ?

LE CHEVALIER

Non i car je ne souffrirai pas que tu t'y exposes davantage.

LE MARQUIS

Qn'oses-tu dire ? Penses*tu pouvoir me faire la loi?

LE CHEVALIER

Non , mais ce sera l'honneur. Si tu veux poursuivre , tu auras ma vie ou j'aurai la tioine. Je ne te

26 LE MOMENT DE LA PROMENADE, quitte plus; choisis entre un ami qui ne veut que ton bonheur^ ou une femme méprisable qui ne veut que ta ruine et ton déshonneur.

Eh bien , l'amitié triomphe ; je suis toigours digne de la tienne. Qui ? moi , j'attenterais à des jours que je voudrais prolonger aux dépens des miens ! Mon ami , oublie , je t'en conjure , à quel point j'ai pensé m'avilir ; crois que le charme qui m'entraînait à présent me fait horreur.

LE CHEVALIER

Ah ! ce moment est le plus doux de ma vie , puisque je te relire de Tabîme où je craignais de te voir précipiter.

LE MARQUIS

Je ne veux plus m'ôccuper que dû projet que j'ai formé pour favoriser ton amour ; trop heureux alors si sa réussite peut mé faire pardonner mes torts envers la Vicomtesse !

LE CHEVALIER

Elle t'aime trop sincèrement pour qu'elle puisse résister à ton repentir.

LE MARQUIS

Je veux , pour mériter ma grâce , lui tout avouei . Oui , je vais....

LE CHEVALIER

Voici M. de Vilboisa n.

LE MARQUIS

Eh bien, laisse-moi avec lui 5 je vais chercher à m'acquitter de tout ce que je te dois.

LE CHEVALIER

Je ne le demande pas quels sont tes moyens.

LE MARQUIS

Ecoute-nous , et ne sois pas surpris de tout ce que je lui dirai.

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