SCÈNE PREMIÈRE
M-V DE RENAIVT, M—, D'A VILLE.
ËvFiK y madame ^ vous voilà donc de retour l
M—. DE RENANT.
Oui j madame , et ce n'est pas sans peine ; j'en ai eu autant à quitter mes parens qu'ils en ont eu à me laisser partir, tout en me pressant pourtant de revenir à Paris.
M»*. D'AVILLE.
Je n'en suis pas surprise , ils sont si bons ! ils vous aiment pour vous ; peu de gens savent aimer comme cela. Ils savent que tout ce qui est jeune n'est plus à la campagne.
M»». DE RENANT.
Et moi je sais que , l'hiver, ils sont presque seuls.
M"»*. D'AVILLE.
La retraite ne déplaît pas aux vieillards autant qu'on le pense ; ils savent se faire des occupations , et le repos a de la douceur pour eux 5 le moindre exercice leur fait plaisir, quand il ne les fatigue pas, et le peu de cas qu'ils font des choses après lesquelles nous courons , ne leur laisse rien à regretter.
M"«. DE REWANT.
Cela peut être ^ mais il me semble que je ne peux trop leur rendre de soins.
• M—. D'AVILLE.
Quand on pense aussi bien que vous , le plaisir de remplir des devoirs rend les sacrifices plus supportables ; je comprends cela.
Ce ne sont pas des sacrifices , c'est une dette que j'acquitte.
M"% D'A VILLE
Vous leur devrez encore davantage ; cela n'est pas difficile à penser, quand on les connaît. Dites-moi , depuis que je vous ai quittée , avez-vous eu le Baron à Rézeville ?
M"«. DE RENANT.
Non , vraiment , il est en course pour son métier. Je le crois en Lorraine , à faire des reconnaissances*
M"\ D'AVILLE.
Vous en avez au moins des nouvelles ?
M"'. DE RENANT.
Très- souvent.
M""*, D'AVILLE.
Écoutez-moi , je veux vous parler avant qu'il vous vienne du monde*
M»»*. DE RENANT.
Qu'avez-vous à me dire? que sauriez- vous, du Baron?
M"^ D'AVILLÉ.
Rien du tout.
M""V DE RENANT.
Vous me trompez, madame.
Craignez-vous qu'il vous soit infidèle ?
QUINZIÈME JOURNÉE. aoi
M"»«. DE RENANT.
, Non ; mais je crains<)4i'iLiie lui soit arrivé quelque accident.
M—. D'AVILLE.
Rassurez-vous , je suis oceupéide votre bonheur.
M—. DE RENANT.
Et VOUS savez bien que 9 sans lui , il ne saurait m^en arriver.
M"*. D'AVILLE.
"^ C'est parce que je le sais , que je veux vous le procurer.
M»». DE RENANT.
Vous ! ah y madame !....
M-'. D* A VILLE
Ne me remerciez pas encore ; vous ne savez pas ce que j'ai fait.
M«'^ DE RENANT.
Comment donc ?
M«% D'AVILLE.
J ai osé trahir votre secret.
M"". DE RENAKT.
Vous en auriez été capable !
Oui , vis-à-vis de vos parens.
M"». DE RENANT.
Expliquez-vous donc.
M««. D'AVILLE.
Je ne vous ai point demandé pour cela votre consentement , parce qu'en aimant , comme vous faites , on est souvent timide , et que vous auriez craint do risquer le bonheui* de votre vie.
M"«. DE RENANT.
Eh bien? achevez, je vous prie.
M"»*. D»AVILLE.
Je me suis aperçue que'lesàftentioiis , les soms , les complaisances du Baron , vis-à-vis de vos parens , leur plaisaient très-fort.
M"*. DE RETÏANT.
Et vous ne mVvez jamais rien dit de tout cela.
M"». D'A VILLE
Non ; parce qu'il m'a paru inutile de vous en entretenir , n'y ayant encore rien de bien intéressant à vous apprendre. Mais, à présent, je crois pouvoir vous dire leur façon de penser sur le Baron.
M»«. DE RENANT.
Je ne sais ce que je dois craindre ou espérer.
Ecoutez-moi. Vous savez l'éloignement qu'ils ont toujours eu pour les gens de qualité ?
M"*. DE RENAKT.
Que trop ! je leur ai tant entendu blâmer les alliances de3 gens de finances avec eux , que je redoutais tout pour mon amour pour le Baron, et je suis bien sûre que , s'il n'avait été que leur voisin , sans être aussi honnête , aussi prévenant , et aussi aimable qu'il Test , ils s'en seraient tenus aux politesses et aux égards les plus simples ; mais , pour cela , je n'en espérais pas davantage.
. M»«. D'AVÏLLE.
Eh bien , ils viennent de me mander qu'ils avaient été très-fàchés qu'il n'ait pas pu rester chez eux avec vous plus longtemps, et que rien ne pourra ehanger leur façon de penser sur lui.
M"«, DE RENAUT
Leur façon de penser ?
QUINZIÈME JOURNÉE. ao5
M"S D'AVILLE.
Oui , qu'ils Tavaient bien examiné , et ils disent qu'il leur a fait oublier sa qualité , pour ne leur mon-trer que Thomme qui pourra le mieux vous convenir.
M"«. DF, RENANT.
O ciel ! vous le croyez ?
M»\ D'A VILLE
Je n'en doutais pas ; cette nouvelle assurance m'a lait le plus grand plaisir. H est vrai que je leur ai dit plusieurs fois que je pensais que c'était le seul homme avec lequel vous pourriez consentir à vous remarier.
M««. DE RENANT,
Âh ! qu'il serait heureux , s^il était ici , et s'il pouvait vous entendre !
M»«. D'AVILLE.
Mais il ne doit pas tarder à revenir , sans doute.
M"*». DE RENANT.
Je l'attends tous les jours. Que je vous ai d'obligations!
M»«. D'AVILLE.
J'ai travaillé pour moi-même. Il est si doux de voir ses amis heureux !