SCÈNE III
M»'. DE RENANT, M»*. DE VÉRINGA,
M-"'. DORINTY
M"». D'ORINTY.
Madame , nous venons d^apprendre votre retour à Tinstant.
M»«. DE VÉRINGA,
Et nous nous sommes empressées de venir vous chercher.
M"«. DE RENANT.
Je suis très - sensible , mesdames , à cette marque d'amitié.
M"«. D'ORIIÏTY.
Vous devez être accoutumée à en recevoir beaucoup ; quand on joint à la leauté , aux grâces , à l'esprit , la plus grande amabilité , on est sûr d'être aimé de tout le monde.
M"^ DE RENANT.
Mais les amis ne devraient-ils pas moins louer ?
M»«. DE VÉRINGA
Quand on dit ce qu'on éprouve , il me semble qu'il n'y a rien de trop.
Depuis quand ètes-vous de retour, mesdames ?
M">*. D'ORINTY.
D'avant-hier , seulement^
M"*. DE RKNANT.
Vous êtes restées tard à la campagne.
QUINZIÈME JOURNÉE. io5
M"*. DE VF.RINGA.
Oui ; mais nous nous sommes fort amusées. '.
Et essentiellement.
M»*. DE RENANT.
Essentiellement ?
M—. DE VÉRINGA.
Oui , vraiment. L^abbé de Latry nous a fait des expériences de physique \ le président Dorac faisait de la chimie , et le chevalier Bretoneck , qui est dans la marine, nous a expliqué toutes les planètes et toutes les étoiles.
M"»«. DE RENANT.
Vous êtes donc bien savantes ?
M—. D'ORINTY,
Pas absolument; parce que pendant qu'on nous expliquait tout cela, nous faisions des fleurs artificielles , nous peignions en pastel, ou nous faisions de ' la musique.
M™'. DE RENANT.
Vous n'avez dû en rien retenir.
M-V DE VÉRINGA.
Pardonnez - moi ; des mots extraordinaires, cela reste toujours dans la tète , et cela fait qu'on est à peu près au courant des sciences à la mode.
M«". D'ORINTY.
Et puis nous avons monté à cheval.
M**. DE VÉRINGA.
Nous avons joué la comédie , l'opéra comique \ enfin , nous n'avions pas un moment à nous.
M»«. DE RENANT.
Vous avezdÀ vous amuser beaucoup.
aoS LE RETOUR A PARIS,
M"V D'ORINTY.
Ah ! on ne peut pas davantage ! à peine avions-nous un instant pour lire nos lettres.
M»*. DE RENANT.
Pourquoi donc êtes-vous revenues ?
M»». DE YÉRINGA.
Nous nous sommes fait une raison; nous avons pensé qu^en un mois de temps il arrivait bien des choses à Paris , et qu^à la fin nous ne seiîons au fait de rien.
M"«. DE RENANT.
Je n^ai pas pensé à cela , moi qui suis testée trois mois à Rézeville.
M»«. D'ORINTY.
Trois mois ! c^est beaucoup trop. Vous allet trouver bien du changement.
M«»«. DE RENANT.
Je ne suis ici que d^hier , cela fait que je ne sais rien encore.
M««. DE VÉRIIÎGA.
U y a beaucoup de nouvelles coiffures ; nous avons passé toute une journée à les examiner , soit aux spectacles , soit chez les marchands,
M"»*. DE RENANT.
£t vous les avez trouvées toutes charmantes ?
M"*. D'ORINTY.
Au point , que nous ne concevons pas à présent comment on pouvait être coiffée comme on Tétait il y a trois mois.
M"«. DE VÉRINGA.
n est vrai que cela était affreux , en comparaison de la mode d'aujourd'hui.
M»«. D'ORINTY.
Il y a aussi des étoffes d'hiver , toutes nouvelles.
QUINZIÈME JOURNÉE. at>7
M»«. DE RENAWT.
Eh. bien ? qui vous ont para délicieuses ?
M—. DE VÉRINGA.
Mais, oui. Nous n'en avons encore vu qu'une partie.
M"'. DE RENANT.
Sont- elles fort différentes de celles de Tannée der« nière ?
M"«. D'ORINTY.
Oh ! elles n'y ressemblent en rien 5 et puis elles ont des noms ! des noms ! En vérité , Ton a bien de l'esprit à présent ! et il est surprenant comme tout se per^ fectionne !
M««. DE RENANT.
Et tout cela est fort cher ?
M"»*. DE VÉRINGA.
Mais , pas mal.
M"«. DE RENANT.
Oui y et comment payer ?
M"». D'ORINTY.
Oh ! quand on peut : les marchands sont très-raisonnables là-dessus. ^
M"». DE RENANT.
Voilà les moyens de s'endetter facilement.
M"*. DE VÉRINGA.
Madame, vous devriez venir à l'Opéra; vous n'avez sûrement pas vu celui-ci ?
M"». DE RENANT,
Non , pas encore.
M»*. D'ORINTY.
Âh ! venez-y , cela serait charmant à vous ; nou» causerions.
M"*. DE RENANT.
Tirais à l'Opéra pour causer ?
2o8 LE RETOUR A PARIS,
M*-. DE VÉRIKilA.
Sûrement , vous ires toujours assez pour Tentendre ; il faut songer anjonrd'bni à tous remettre an courant du monde ; il y a mitle choses à saToir , dont nous ne pouvons bien vous instruire que là.
^ M"«. DE RBNANT.
Parlez-vous sérieusement ?
M-«. DE VÊRÎNGA.
Sans doute?