‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 71 sur 166 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M»'. DE RENANT, M»*. DE VÉRINGA,

M-"'. DORINTY

M"». D'ORINTY.

Madame , nous venons d^apprendre votre retour à Tinstant.

M»«. DE VÉRINGA,

Et nous nous sommes empressées de venir vous chercher.

M"«. DE RENANT.

Je suis très - sensible , mesdames , à cette marque d'amitié.

M"«. D'ORIIÏTY.

Vous devez être accoutumée à en recevoir beaucoup ; quand on joint à la leauté , aux grâces , à l'esprit , la plus grande amabilité , on est sûr d'être aimé de tout le monde.

M"^ DE RENANT.

Mais les amis ne devraient-ils pas moins louer ?

M»«. DE VÉRINGA

Quand on dit ce qu'on éprouve , il me semble qu'il n'y a rien de trop.

Depuis quand ètes-vous de retour, mesdames ?

M">*. D'ORINTY.

D'avant-hier , seulement^

M"*. DE RKNANT.

Vous êtes restées tard à la campagne.

QUINZIÈME JOURNÉE. io5

M"*. DE VF.RINGA.

Oui ; mais nous nous sommes fort amusées. '.

Et essentiellement.

M»*. DE RENANT.

Essentiellement ?

M—. DE VÉRINGA.

Oui , vraiment. L^abbé de Latry nous a fait des expériences de physique \ le président Dorac faisait de la chimie , et le chevalier Bretoneck , qui est dans la marine, nous a expliqué toutes les planètes et toutes les étoiles.

M"»«. DE RENANT.

Vous êtes donc bien savantes ?

M—. D'ORINTY,

Pas absolument; parce que pendant qu'on nous expliquait tout cela, nous faisions des fleurs artificielles , nous peignions en pastel, ou nous faisions de ' la musique.

M™'. DE RENANT.

Vous n'avez dû en rien retenir.

M-V DE VÉRINGA.

Pardonnez - moi ; des mots extraordinaires, cela reste toujours dans la tète , et cela fait qu'on est à peu près au courant des sciences à la mode.

M«". D'ORINTY.

Et puis nous avons monté à cheval.

M**. DE VÉRINGA.

Nous avons joué la comédie , l'opéra comique \ enfin , nous n'avions pas un moment à nous.

M»«. DE RENANT.

Vous avezdÀ vous amuser beaucoup.

aoS LE RETOUR A PARIS,

M"V D'ORINTY.

Ah ! on ne peut pas davantage ! à peine avions-nous un instant pour lire nos lettres.

M»*. DE RENANT.

Pourquoi donc êtes-vous revenues ?

M»». DE YÉRINGA.

Nous nous sommes fait une raison; nous avons pensé qu^en un mois de temps il arrivait bien des choses à Paris , et qu^à la fin nous ne seiîons au fait de rien.

M"«. DE RENANT.

Je n^ai pas pensé à cela , moi qui suis testée trois mois à Rézeville.

M»«. D'ORINTY.

Trois mois ! c^est beaucoup trop. Vous allet trouver bien du changement.

M«»«. DE RENANT.

Je ne suis ici que d^hier , cela fait que je ne sais rien encore.

M««. DE VÉRIIÎGA.

U y a beaucoup de nouvelles coiffures ; nous avons passé toute une journée à les examiner , soit aux spectacles , soit chez les marchands,

M"»*. DE RENANT.

£t vous les avez trouvées toutes charmantes ?

M"*. D'ORINTY.

Au point , que nous ne concevons pas à présent comment on pouvait être coiffée comme on Tétait il y a trois mois.

M"«. DE VÉRINGA.

n est vrai que cela était affreux , en comparaison de la mode d'aujourd'hui.

M»«. D'ORINTY.

Il y a aussi des étoffes d'hiver , toutes nouvelles.

QUINZIÈME JOURNÉE. at>7

M»«. DE RENAWT.

Eh. bien ? qui vous ont para délicieuses ?

M—. DE VÉRINGA.

Mais, oui. Nous n'en avons encore vu qu'une partie.

M"'. DE RENANT.

Sont- elles fort différentes de celles de Tannée der« nière ?

M"«. D'ORINTY.

Oh ! elles n'y ressemblent en rien 5 et puis elles ont des noms ! des noms ! En vérité , Ton a bien de l'esprit à présent ! et il est surprenant comme tout se per^ fectionne !

M««. DE RENANT.

Et tout cela est fort cher ?

M"»*. DE VÉRINGA.

Mais , pas mal.

M"«. DE RENANT.

Oui y et comment payer ?

M"». D'ORINTY.

Oh ! quand on peut : les marchands sont très-raisonnables là-dessus. ^

M"». DE RENANT.

Voilà les moyens de s'endetter facilement.

M"*. DE VÉRINGA.

Madame, vous devriez venir à l'Opéra; vous n'avez sûrement pas vu celui-ci ?

M"». DE RENANT,

Non , pas encore.

M»*. D'ORINTY.

Âh ! venez-y , cela serait charmant à vous ; nou» causerions.

M"*. DE RENANT.

Tirais à l'Opéra pour causer ?

2o8 LE RETOUR A PARIS,

M*-. DE VÉRIKilA.

Sûrement , vous ires toujours assez pour Tentendre ; il faut songer anjonrd'bni à tous remettre an courant du monde ; il y a mitle choses à saToir , dont nous ne pouvons bien vous instruire que là.

^ M"«. DE RBNANT.

Parlez-vous sérieusement ?

M-«. DE VÊRÎNGA.

Sans doute?

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