LA PRÉSIDENTE, W^^. DE RENANT
M»». DE RENANT.
Madame, vous me paraissez de la meilleure sanfié du monde ?
LA PRESIDEIÏTE.
Oui, madame, je suis très-bien , vous avez bien de la bonté.
M»«. DE RENAWT.
Vous n'étiez pas comme cela ce printemps.
LA PRÉSIDENTE
Non vraiment ; ce sont les eaux qui m'ont entièrement rétablie. Vous êtes , vous , madame , toujours plus belle que jamais. ,
M"V DE RENANT.
Belle , non ; mais je me porte assez bien. Et monsieur le Président ?
LA PRÉSIDENTE
Vous lui faites bien de Fhonneur, madame ^ il est accablé d'affaires.
M"». DERENANT.
Cela n'est pas étonnant , quand on a sa réputation l
LA PRÉSIDENTE
Sans doute ; mais c'est qu'il est mort deux présidons qui ne sont pas encore remplacés, et qu'il se
trouve chargé des afiaires qu'ils devaient juger, et qui sont très-épineuses. ,
M»'. DE RENANT.
Je ne suis au fait de rien ^ je ne suis arrivée que dliier, je ne sais pM la moindre nouvelle.
LA PRÉSIDENTE
n n^ en a point , madame.
M»«. DE RENANT.
S'il n'y a point de guerre tant mieux !
LA PRÉSIDENTE
On n'en sait rien, madame; un jour on parle de paix , et le lendemain on parle de guerre.
M»*. DE RENANT.
Cela doit tenir les militaires forjt en l'air.
LA PRÉSIDENTE
Vous le jugez bien. A propos de militaires, madame, il faut que je vous dise une chose qui vient de m'étonner beaucoup. .
Qu'est-ce que c'est donc , madame ?
LA PRÉSIDENTE
C'est l'intimité qull m'a paru qu'il y avait entre vous et le chevalier de Clerbon.
M»«. DE RENANT.
Il n'y a point d'intimité , madame \ j'aime beaucoup à causer avec lui , parce qu'il a de l'esprit.
LA PRÉSIDENTE
Il a de l'esprit , mais c'est un esprit très-méchant.
M"*. DE RENANT.
Je n'ai point vu cela , je vous l'avoue.
LA PRÉSIDENTE
C'est que vous ne vous défiez de personne; quand
ai8 ' LE RETOUR A PARIS,
on a une tele ^nre et honnête «onune la TÔtre , oû ne croit pas à la méchanceté des autres.
M"»«. DE RENANT.
Je ne crois pas à celle du Chevalier.
LA PRÉSIDENTfi.
Vous ignorez sans doute aussi à quel point il est persiffeur?
M*»». DE AENÀWt.
Je ne m'en suis jamais aperçtie ; il ft reé{>rit du monde , une gaieté aimable *, il plaisante sur tous les ridicules , et il bl&me ceux qui 3e font tm jeu de ridiculiser leurs amis.
LA PRÉSIDENTE
Voilà comme il est -, il prend Id um iéè fetêémies avec qui il se trouve.
M*^ DEKSI9AIIT.
Cela et peut bien.
LA PRÉSIDENTE
Et surtout celui de celles à qui il veut plaire.'
M—. DE RENANT.
n me semble que c'est un des meilleurs moyens pour réussir.
LA PRÉSIDENTE
Oui , s'il ne se contrefaisait pas ; mais il s'amuse tous les jours à ne faire que des dupes.
M"«. DE RENANT.
Il me semble , madame , que vous lui en voulez beaucoup.
LA PRÉSIDANTE.
J'ai des raisons asses fortç$ pour oela.
M—. DE RENANT.
J'espère que vous me l<ss dires.
LA PRÉSIDENTE
Cela est très-néoeseaii^ , pour vous prouver que je n'ai rien avahcé que de très-vrai.
M**. DE REHAIîT.
Voyons , madame , je votts écoute.
tA k^RÉSIDENTE.
Vous connaissez la candeur du Président \ il n'imagine pas le mal ; mais il est révolté quand on le lui fait apercevoir , et il entre dans la plus vive colère quand il croit son amour-propre oâensé.
M»«. DE RENANT.
Je ne Taurais jamais cru colère.
LA PRÉSIDENTE
Le Chevalier le savait sans doute. H arrive à Saint- Gérant , où nous étions chez madame de Grandport. n prend le Président à part , feignant d^ignorer quHl est mon mari , et il lui dit que j'ai une passion trèsvive pour un jeune homme de la société , qu'il len convaincra quand il voudra.
M»*. DE RENANT.
Quoi ! le Président ne lui dit pas que vous étiez sa femme ?
LA PRÉSIDENTE
Non 'y il le quitte précipitamment pour me venir trouver , il entre chez moi ^ et , dans la plus vive colère , il m'annonce qu'il faut nous séparer , m'accahle d'injures , et il me dit qu'il ne me reverra jamais.
Mais le Président avait tort de vous croire si facilement coupable.
LA PRÉSIDENTE
Sûrement ; en me quittant , il va chercher le Chevalier , il parcourt le parc comme un fou , et^ il Kr
aao LE RETOUR A PARIS,
trouye. Après avoir essayé mes larmes , j'étais descendue dans le jardin, et j'étais entrée dans un bosquet où mon fils était à faire des rers. Le Chevalier y mène le Président , <jui , en nous voyant , s'écrie : « Eh ! monsieur , c'est mon fils.! » — Je vous en fais compliment, dit le Chevalier, il est de très -bon
go&t. » — « Eh ! monsieur , s'écrie encore le Président, c'est ma femme ! » ,
M-*. DE RENAIIT.
Eh bien , le Chevalier fut bien confus ?
LA PRESIDENTE
Point du tout. H répondit : Je savais tout cela -, et il courut conter cette histoire à toute la compagnie.
M*«. DE RESANT.
On dut blâmer le Président de ne s'être pas fait connaître au premier mot du Chevalier.
LA PRÉSIDENTE
n n'en a pas moins été cause du mauvais traitement que j'ai éprouvé de la part du Président.
M-«. DE RENANT.
Mais , comment le Chevalier a-t-il pu forger cette histoire , votre fils n'ayant que dix ou onze ans ?
LA PRÉSIDENTE
U en a davantage , madame ; il est avocat du roi.
M—. DE RENANT.
D^à , madame ! Je ne vous aurais pas donné trente ans.
LA PRÉSIDENTE
Mais , je n'en ai guère plus.
M"»«. DE RENANT.
Vous le marierez donc bientôt ?
LA PRÉSIDENTE
Mais , j'y pense , et je sors de cWz mon notoire
QUINZIÈME JOURNÉE. mi
dans Finstant , . pour y prendre des renseignemens ; mais il était en affaires avec le baron de Yalercy; vous le connaissez ?
M"«. DE RENAJNT.
Le Baron est à Paris ?
LA PRÉSIDENTE
Je viens de le voir.
M—. DE RENANT.
Est-il bien possible ?
LA PRÉSIDENTE
Sûrement, et je crois qu'il y est revenu pour se marier ; au moins le notaire m'a dit qu'il était occupé à dresser son contrat, qui doit être signé ce soir.
M"». DE RENAWT.
Ce soir ?
LA PRÉSIDENTE
Cela est très-vrai. Le voici , ne lui parlez de rien , car le notaire m'a dit que c'était un secret.
M"«. DE RENANT.
H se marie ?
LA PRÉSIDENTE
Je ne vous trompe pas.