‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 75 sur 166 · LA PRÉSIDENTE, W^^. DE RENANT · texte numérisé non relu

LA PRÉSIDENTE, W^^. DE RENANT

M»». DE RENANT.

Madame, vous me paraissez de la meilleure sanfié du monde ?

LA PRESIDEIÏTE.

Oui, madame, je suis très-bien , vous avez bien de la bonté.

M»«. DE RENAWT.

Vous n'étiez pas comme cela ce printemps.

LA PRÉSIDENTE

Non vraiment ; ce sont les eaux qui m'ont entièrement rétablie. Vous êtes , vous , madame , toujours plus belle que jamais. ,

M"V DE RENANT.

Belle , non ; mais je me porte assez bien. Et monsieur le Président ?

LA PRÉSIDENTE

Vous lui faites bien de Fhonneur, madame ^ il est accablé d'affaires.

M"». DERENANT.

Cela n'est pas étonnant , quand on a sa réputation l

LA PRÉSIDENTE

Sans doute ; mais c'est qu'il est mort deux présidons qui ne sont pas encore remplacés, et qu'il se

trouve chargé des afiaires qu'ils devaient juger, et qui sont très-épineuses. ,

M»'. DE RENANT.

Je ne suis au fait de rien ^ je ne suis arrivée que dliier, je ne sais pM la moindre nouvelle.

LA PRÉSIDENTE

n n^ en a point , madame.

M»«. DE RENANT.

S'il n'y a point de guerre tant mieux !

LA PRÉSIDENTE

On n'en sait rien, madame; un jour on parle de paix , et le lendemain on parle de guerre.

M»*. DE RENANT.

Cela doit tenir les militaires forjt en l'air.

LA PRÉSIDENTE

Vous le jugez bien. A propos de militaires, madame, il faut que je vous dise une chose qui vient de m'étonner beaucoup. .

Qu'est-ce que c'est donc , madame ?

LA PRÉSIDENTE

C'est l'intimité qull m'a paru qu'il y avait entre vous et le chevalier de Clerbon.

M»«. DE RENANT.

Il n'y a point d'intimité , madame \ j'aime beaucoup à causer avec lui , parce qu'il a de l'esprit.

LA PRÉSIDENTE

Il a de l'esprit , mais c'est un esprit très-méchant.

M"*. DE RENANT.

Je n'ai point vu cela , je vous l'avoue.

LA PRÉSIDENTE

C'est que vous ne vous défiez de personne; quand

ai8 ' LE RETOUR A PARIS,

on a une tele ^nre et honnête «onune la TÔtre , oû ne croit pas à la méchanceté des autres.

M"»«. DE RENANT.

Je ne crois pas à celle du Chevalier.

LA PRÉSIDENTfi.

Vous ignorez sans doute aussi à quel point il est persiffeur?

M*»». DE AENÀWt.

Je ne m'en suis jamais aperçtie ; il ft reé{>rit du monde , une gaieté aimable *, il plaisante sur tous les ridicules , et il bl&me ceux qui 3e font tm jeu de ridiculiser leurs amis.

LA PRÉSIDENTE

Voilà comme il est -, il prend Id um iéè fetêémies avec qui il se trouve.

M*^ DEKSI9AIIT.

Cela et peut bien.

LA PRÉSIDENTE

Et surtout celui de celles à qui il veut plaire.'

M—. DE RENANT.

n me semble que c'est un des meilleurs moyens pour réussir.

LA PRÉSIDENTE

Oui , s'il ne se contrefaisait pas ; mais il s'amuse tous les jours à ne faire que des dupes.

M"«. DE RENANT.

Il me semble , madame , que vous lui en voulez beaucoup.

LA PRÉSIDANTE.

J'ai des raisons asses fortç$ pour oela.

M—. DE RENANT.

J'espère que vous me l<ss dires.

LA PRÉSIDENTE

Cela est très-néoeseaii^ , pour vous prouver que je n'ai rien avahcé que de très-vrai.

M**. DE REHAIîT.

Voyons , madame , je votts écoute.

tA k^RÉSIDENTE.

Vous connaissez la candeur du Président \ il n'imagine pas le mal ; mais il est révolté quand on le lui fait apercevoir , et il entre dans la plus vive colère quand il croit son amour-propre oâensé.

M»«. DE RENANT.

Je ne Taurais jamais cru colère.

LA PRÉSIDENTE

Le Chevalier le savait sans doute. H arrive à Saint- Gérant , où nous étions chez madame de Grandport. n prend le Président à part , feignant d^ignorer quHl est mon mari , et il lui dit que j'ai une passion trèsvive pour un jeune homme de la société , qu'il len convaincra quand il voudra.

M»*. DE RENANT.

Quoi ! le Président ne lui dit pas que vous étiez sa femme ?

LA PRÉSIDENTE

Non 'y il le quitte précipitamment pour me venir trouver , il entre chez moi ^ et , dans la plus vive colère , il m'annonce qu'il faut nous séparer , m'accahle d'injures , et il me dit qu'il ne me reverra jamais.

Mais le Président avait tort de vous croire si facilement coupable.

LA PRÉSIDENTE

Sûrement ; en me quittant , il va chercher le Chevalier , il parcourt le parc comme un fou , et^ il Kr

aao LE RETOUR A PARIS,

trouye. Après avoir essayé mes larmes , j'étais descendue dans le jardin, et j'étais entrée dans un bosquet où mon fils était à faire des rers. Le Chevalier y mène le Président , <jui , en nous voyant , s'écrie : « Eh ! monsieur , c'est mon fils.! » — Je vous en fais compliment, dit le Chevalier, il est de très -bon

go&t. » — « Eh ! monsieur , s'écrie encore le Président, c'est ma femme ! » ,

M-*. DE RENAIIT.

Eh bien , le Chevalier fut bien confus ?

LA PRESIDENTE

Point du tout. H répondit : Je savais tout cela -, et il courut conter cette histoire à toute la compagnie.

M*«. DE RESANT.

On dut blâmer le Président de ne s'être pas fait connaître au premier mot du Chevalier.

LA PRÉSIDENTE

n n'en a pas moins été cause du mauvais traitement que j'ai éprouvé de la part du Président.

M-«. DE RENANT.

Mais , comment le Chevalier a-t-il pu forger cette histoire , votre fils n'ayant que dix ou onze ans ?

LA PRÉSIDENTE

U en a davantage , madame ; il est avocat du roi.

M—. DE RENANT.

D^à , madame ! Je ne vous aurais pas donné trente ans.

LA PRÉSIDENTE

Mais , je n'en ai guère plus.

M"»«. DE RENANT.

Vous le marierez donc bientôt ?

LA PRÉSIDENTE

Mais , j'y pense , et je sors de cWz mon notoire

QUINZIÈME JOURNÉE. mi

dans Finstant , . pour y prendre des renseignemens ; mais il était en affaires avec le baron de Yalercy; vous le connaissez ?

M"«. DE RENAJNT.

Le Baron est à Paris ?

LA PRÉSIDENTE

Je viens de le voir.

M—. DE RENANT.

Est-il bien possible ?

LA PRÉSIDENTE

Sûrement, et je crois qu'il y est revenu pour se marier ; au moins le notaire m'a dit qu'il était occupé à dresser son contrat, qui doit être signé ce soir.

M"». DE RENAWT.

Ce soir ?

LA PRÉSIDENTE

Cela est très-vrai. Le voici , ne lui parlez de rien , car le notaire m'a dit que c'était un secret.

M"«. DE RENANT.

H se marie ?

LA PRÉSIDENTE

Je ne vous trompe pas.

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