SCÈNE V
M. DE MONTORGUEiL» M. DU PONCEAU.
M. DU PONCEAU
Cléry vous quitte. Où va-t-il donc ?
M. DE HONTORGUEIL.
Je ne sais pas ; il a de rhumeur aijgourdliui;
Je ne le reconnais pas là.
n. DE HONTORGUEIL.
Je Tai prié de me chercher un mari pour ma fille ; îl m'a dit de m'adresser à vous.
SEIZIÈME JOURJSÉE. nSi
M. DU PONGEAU.
n ne sait pas , sans doute , que je vous en ai proposé plusieurs. Voudriez-vous de Mauconseil , par exemple ; il me parait un excellent sujet, très-appliqué à son métier.
M. DE MOTïTORGUEIL.
Vous croyez qu'il s'occupe des procès qu'il a à rapporter ?
M. DU PONCÊAU.
Mais, oui.
M. DE MONTOEGUEIL.
Ce n'est pas là son vrai talent*
M. DU PONCEAU
Quel est-il donc ?
M. DE HONTORGUEIL.
C'est celui du plus parfait sellier. Je l'ai trouvé . l'autre jour , dans son cabinet , calculant toutes les pièces d une voiture à l'anglaise ; il m'a même proposé de m'en faire faire une délicieuse , et très-bien conditionnée.
Et Saint-Apolline ? H est extrêmement riche.
M. DEMONTORGUEIL.
n se croit le plus grand architecte du monde ; il a fait bâtir , sur ses dessins , dix maisons que personne ne peut habiter , parce qu'il y a , à ce qu'il dit , des commodités à l'infini. H est vrai qu'elles resserrent et étranglent tous les appartemens , et que dans peu il sera ruiné.
M. DU PONCEAU
Et Saint-Martin ? Il a beaucoup d'esprit.
M. DE MONTORGUEIL
Et il ne songe point à ses affaires «, il tranche du généreux, tous ses gens le pillent, le volent, et le
a52 CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,
font emprunter à Tintérèt qu'ils veulent. Jugez de ce qu*îl deviendra avant peu.
M. DUPONGEAU.
Et Xaintonge ?
M. DE HONTORGUEIL.
Ah ! c'est un ambitieux qui croit posséder les senis moyens de réussir , et qui a déjà mangé deux fois plus qu'il ne peut obtenir en donnant à ceux dont il se croit le protégé.
M. DU PONCEAU
Et Grand-Chantier ?
Ce sont ses tableaux , ses sculptures , ses livres et ses meubles qui sont bien logés. Pour lui et ses amis , ils ne font que passer de pièce en pièce , et Ton arrive à son carrosse , sans s'être seulement aperçu qu'il y eût une cheminée dans sa maison. Le feu est , dit-il , contraire à ses tableaux.
M. DU PONCEAU
Et la Ville-rÉvêque ?
M. DE MONTORGUEIL
n est dans tous les projets , les entreprises et les accaparemens imaginables *, il ne peut pas manquer d'être bientôt ruiné.
M. DU PONCEAU
Je ne croyais pas qu'il fût si difficile de trouver un mari pour sa fille.
M. DE MONTORGUEIL
Et puis , qui diable voulez-vous qui se charge d'une femme à présent ? Voilà, par exemple , la seule chose en quoi je trouve que les hommes peuvent avoir raison.
M. DU PONCEAU
Oui , les hommes de Paris.
M. DE MONTOÎIGUEIL.
Et quelles sont les filles qui veulent aller en protittce ? En connaissez - vous ? La mienne est comme les autres.
n est vrai que la plupart croient ordinairement qu'en quittant Paris , elles ne trouveraient ailleurs , ni connaissances, ni esprit, ni goût.
M. DE MONTORGUEIL
On dit {Pourtant qu'à présent la manie de la dépense règne assez dans la province pour y, ruiner une infinités de personnes.
M. DU PONCEAU
Voilà les efi*ets du luxe : on n y veut pas paraître pauvre, ni même modéré.
M. DEMONTORGUEIL.
Savez -VOUS ce qu'il faudrait faire pour détruire le luxe?
M. DU PONCEAU
Non.
M. DE MONTORGUEIL
U faudrait que chacun allât vivre dans ses terres.
H. DU PONCEAU
On dit cela , mais personne n'y va.
M. DE MONTORGUEIL
Réfléchissez-y.
M DU PONCEAU
On y dépenserait tout de même.
M. DE MONTORGUEIL
Je n'y laisserais pas venir un marchand de Paris.
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M. DC POKCEAU. // /
Et Xaîntonge?
Ah ! c'est on ambitieux
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^MOHTOKGOEIL.
Jurais dans une véritable colère.
M. DU FONCE&U
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Et Grand-Cbantii
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eût une • J- M. DE HOBTORGUEIL.
contrai' ( s'asseoir à côté de vous ; je parie que
(^ Jeiir prier.
F ^ M. DU POSCEAU.
^^oipas?
•^ M, DE UONTOKGOEIL.
- ,eox voir ce que vous leur direz.