‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 89 sur 166 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. DE MONTORGUEiL» M. DU PONCEAU.

M. DU PONCEAU

Cléry vous quitte. Où va-t-il donc ?

M. DE HONTORGUEIL.

Je ne sais pas ; il a de rhumeur aijgourdliui;

Je ne le reconnais pas là.

n. DE HONTORGUEIL.

Je Tai prié de me chercher un mari pour ma fille ; îl m'a dit de m'adresser à vous.

SEIZIÈME JOURJSÉE. nSi

M. DU PONGEAU.

n ne sait pas , sans doute , que je vous en ai proposé plusieurs. Voudriez-vous de Mauconseil , par exemple ; il me parait un excellent sujet, très-appliqué à son métier.

M. DE MOTïTORGUEIL.

Vous croyez qu'il s'occupe des procès qu'il a à rapporter ?

M. DU PONCÊAU.

Mais, oui.

M. DE MONTOEGUEIL.

Ce n'est pas là son vrai talent*

M. DU PONCEAU

Quel est-il donc ?

M. DE HONTORGUEIL.

C'est celui du plus parfait sellier. Je l'ai trouvé . l'autre jour , dans son cabinet , calculant toutes les pièces d une voiture à l'anglaise ; il m'a même proposé de m'en faire faire une délicieuse , et très-bien conditionnée.

Et Saint-Apolline ? H est extrêmement riche.

M. DEMONTORGUEIL.

n se croit le plus grand architecte du monde ; il a fait bâtir , sur ses dessins , dix maisons que personne ne peut habiter , parce qu'il y a , à ce qu'il dit , des commodités à l'infini. H est vrai qu'elles resserrent et étranglent tous les appartemens , et que dans peu il sera ruiné.

M. DU PONCEAU

Et Saint-Martin ? Il a beaucoup d'esprit.

M. DE MONTORGUEIL

Et il ne songe point à ses affaires «, il tranche du généreux, tous ses gens le pillent, le volent, et le

a52 CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,

font emprunter à Tintérèt qu'ils veulent. Jugez de ce qu*îl deviendra avant peu.

M. DUPONGEAU.

Et Xaintonge ?

M. DE HONTORGUEIL.

Ah ! c'est un ambitieux qui croit posséder les senis moyens de réussir , et qui a déjà mangé deux fois plus qu'il ne peut obtenir en donnant à ceux dont il se croit le protégé.

M. DU PONCEAU

Et Grand-Chantier ?

Ce sont ses tableaux , ses sculptures , ses livres et ses meubles qui sont bien logés. Pour lui et ses amis , ils ne font que passer de pièce en pièce , et Ton arrive à son carrosse , sans s'être seulement aperçu qu'il y eût une cheminée dans sa maison. Le feu est , dit-il , contraire à ses tableaux.

M. DU PONCEAU

Et la Ville-rÉvêque ?

M. DE MONTORGUEIL

n est dans tous les projets , les entreprises et les accaparemens imaginables *, il ne peut pas manquer d'être bientôt ruiné.

M. DU PONCEAU

Je ne croyais pas qu'il fût si difficile de trouver un mari pour sa fille.

M. DE MONTORGUEIL

Et puis , qui diable voulez-vous qui se charge d'une femme à présent ? Voilà, par exemple , la seule chose en quoi je trouve que les hommes peuvent avoir raison.

M. DU PONCEAU

Oui , les hommes de Paris.

M. DE MONTOÎIGUEIL.

Et quelles sont les filles qui veulent aller en protittce ? En connaissez - vous ? La mienne est comme les autres.

n est vrai que la plupart croient ordinairement qu'en quittant Paris , elles ne trouveraient ailleurs , ni connaissances, ni esprit, ni goût.

M. DE MONTORGUEIL

On dit {Pourtant qu'à présent la manie de la dépense règne assez dans la province pour y, ruiner une infinités de personnes.

M. DU PONCEAU

Voilà les efi*ets du luxe : on n y veut pas paraître pauvre, ni même modéré.

M. DEMONTORGUEIL.

Savez -VOUS ce qu'il faudrait faire pour détruire le luxe?

M. DU PONCEAU

Non.

M. DE MONTORGUEIL

U faudrait que chacun allât vivre dans ses terres.

H. DU PONCEAU

On dit cela , mais personne n'y va.

M. DE MONTORGUEIL

Réfléchissez-y.

M DU PONCEAU

On y dépenserait tout de même.

M. DE MONTORGUEIL

Je n'y laisserais pas venir un marchand de Paris.

.i5i CONVERSATIONS DU PALAIS-ROV font emprunter à l'intérêt qu'ils venlen' / (jii'il deviendra avant peu. //

M. DC POKCEAU. // /

Et Xaîntonge?

Ah ! c'est on ambitieux

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Sa.raétd'eur que leur projt et des insolens, bOoe quïk doirenF eux qu'ils méprîstint, ,SCEAV.

cela.

^MOHTOKGOEIL.

Jurais dans une véritable colère.

M. DU FONCE&U

moyens de réussir , et qui plus qu'il ne peut obteni ,, ,< se croit le protégé. i i

Et Grand-Cbantii

Ce sont ses r ses meubles qi ils ne font q»

à son carc' ^ aae jolie petite fille avec sa boipie.

eût une • J- M. DE HOBTORGUEIL.

contrai' ( s'asseoir à côté de vous ; je parie que

(^ Jeiir prier.

F ^ M. DU POSCEAU.

^^oipas?

•^ M, DE UONTOKGOEIL.

- ,eox voir ce que vous leur direz.

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