SCÈNE PREMIÈRE
If. DE SAINTVALPHART, M. DE ROSAN.
M. DE SAINT-ALPHART.
I out le inonde est k la promenade , et je voua cherche depuis deux heures , pour avoir de vous un éclaircissement : on dit <jue vous consentez à épouser mademoiselle Adélaïde.
M. DE ROSAN.
Gela doit vous être très-indifférent.
M. DE SAINT-ALPHART.
Vous dftvçg pourtant être sur que vous y trouverez un obstacle invincible,
M. DE ROSAN.
De sa part?
M, DE SAINT-ALPHART.
Non , de la mienne.
M. DE ROSAN.
Vous plaisantez.
Je n'en ai nulle envie ; mon amour pour elle...
M. DE ROSAN.
Pour mademoiselle Adélaïde ?
M. DE SAINT-ALPHART.
Oui , monsieur ; mon amour pour elle est si violent, qu'il faudra m'arracher la vie avant que de tenter de m'en ôfter la possession.
i56 LA PROPOSITION DE MARIAGE,
M. DE ROSAN.
Expliquons - nous : vous me connaissez, et vous savez que la violence ne pourrait me faire changer de résolution ; je pense de même de vous ; mais , ditesmoi pourquoi avez-vous nommé mademoiselle Adélaïde ? Vous vous êtes sûrement trompé de nom.
M. DE SAINT-ALPHART.
Non , monsieur ; je l'aime depuis long-temps, et j'ai caché ma passion jusqu'à ce jour, pour des raisons qui m'y obligeaient. Quand vous saurez que je suis le fils du comte d'Olmar, que je suis aimé, et que ce mariage est aussi nécessaire à mon bonheur qu'à ma fortune , je me flatte que vous changerez de dessein , surtout si , comme je le soupçonne , vous aimez mademoiselle Honorine. Je vous ai dit mon secret, nos intérêts sont égaux, parlez- moi avec la même franchise.
M. DE ROSAN.
Eh bien , mon cher Saint-Alphart , apprenez l'excès de mon malheur ; j'aime , j'adore mademoiselle Honorine , et c'est sans doute pour m'ôter tout espoir qu'elle m'a engagé avec sa sœur. J'ai pensé qu'elle vous aimait , que vous étiez d'accord , et que vous étiez l'obstacle qui s'opposait à ma félicité.
J'ignore si j'ai pu lui inspirer le moindre amour , et je vous donne ma parole que je n'ai jamais rien fait qui pût lui faire penser que je pourrais l'aimer.
M. DE ROSAN.
Je vous en crois ; mais je n'en suis pas moins à plaindre.
M. DE SAINT-ALPHART.
S'il est un moyen de la guérir de cet amour , c'est de me laisser épouser sa sœur. Je vais conjurer ma-