‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 17 sur 256 · LE COMMANDEUR, LE COMTE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE COMMANDEUR, LE COMTE, LA COMTESSE

LE MARQUIS

Eh hien , monsieur le Commandeur , qu'avez-vous fait?

LE COMMANDEUR

Ah ! j'ai été joliment reçu !

Comment donc ?

LE COMMANDEUR

La Vicomtesse était dans le plus grand abattement ; je crois même pouvoir assurer qu'elle avait pleuré.

Cela vous a-t-il arrêté ?

LE COMMANDEUR

J'ai été au moins fort embarrassé ; je ne savais comment faire ma proposition. J'ai paru inquiet de sa santé -, elle m'a assuré qu'elle était bonne , et tout ce qu'on dit d'inutile en pareil cas ; pendant ce temps, je songeais au parti que je pouvais prendre.

Fort bien.

LE COMMANDEUR

J'ai exalté le bonheur de celui qui pourrait la déterminer à l'épouser.

À merveille !

LE COMMANDEUR

die est encore devenue plus triste , et elle m'a assuré qu'elle ne se remarierait jamais ; que les hommes ne pouvaient contribue» en rien à son bonheur.

Ceci est d'un mauvais augure.

Laissez-le donc dire ?

LE COMMANDEUR

Je lui ai dit que j'attendais tout d'elle ; elle a fait un mouvement de surprise. J'ai continué , en l'assurant que je désirerais de lui appartenir, en lui offrant mon neveu. Elle s'est récriée : Quoi ! monsieur !... Madame , ai-je dit , je conviens qu'il a une réputation de légèreté ; mais je ne vois que vous seule qui soyez capable de la lui faire perdre.

Je n'aurais pas parlé de sa légèreté.

LE COMMANDEUR

C'est en l'épousant que vous sauriez le tenir -, et je vous aurais la plus grande obligation si vous l'acceptiez. Je vois bien , monsieur , m'a-t-elle répondu , que vous ne lavez pas consulté ? — Non , madame ; je l'avouerai ; mais s'il ne pensait pas comme moi , je l'abandonnerais , rien ne m'intéresserait plus à lui, et il perdrait et mon amitié et la fortune que je lui destine.

Et elle ne s'est pas rendue ?

LE COMMANDEUR

Elle a paru alarmée. Monsieur, m'a-t-elle dit , serait-ce de ma faute s'il ne pouvait pas m'aimer ? —

Comment , s'il ne le pouvait pas ? — Non , monsieur. Ah ! si vous l'en punissiez , j'en mourrais de douleur ! — Eh bien , madame , épousez-le , il ne pourra pas. manquer d'être généreux. — Ah ! monsieur , son bonheur ne dépend pas de moi ! — Que dites-vous ? — Je sais qu'il aime ailleurs ; sans cet obstacle , peut-être que , touchée des sentimens d'amitié que vous m'offrez.... — Vous l'eussiez accepté ? — Oui ; mais il ne m'est plus possible.

LE MARQUIS

Allons , je ne redoute plus rien.

LE COMMANDEUR

Vous ne redoutez pas ma colère ?

LE MARQUIS

Non, mon oncle, car vous allez me rendre heureux.

LE COMMANDEUR

Vous croyez sans doute que je favoriserai une folle passion. Est-ce là ce que vous espérez ? ;

LE MARQUIS

Au contraire ; c'est de l'union que vous désirez que peut dépendre mon bonheur.

! . LE COMMANDEUR.; ' , ; . lV .\

Que voulez-vous dire? Croyez-vous, quand vous seriez capable de me sacrifier votre anioûr , que cela suffirait pour déterminer la Vicomtesse? Croyez-vous que j'irais insister pour l'engager à vous donner la main?

Oui ? vous insisterez.

J.'en suis sur.

LE COMMANDEUR

Ne l'imaginez pas.

COMÉDIE. Kl

LE MARQUIS. -

Vous a-t-elle dit qui elle pensait que je pouvais aimer ?

LE COMMANDEUR

Je ne lui en ai pas fait la question.

Eh bien , monsieur , c'est ma femme.

LE COMMANDEUR

Madame la comtesse ?

Oui , la Vicomtesse était dans ce cabinet , à portée d'entendre le Marquis, sans en être vue. Il savait qu'elle y était ; il savait aussi qu'elle avait du penchant pour lui 5 pour l'augmenter et s'assurer de son cœur , il a voulu la rendre jalouse en faisant des protestations d'amour à madame.

LE COMMANDEUR

Cela est-il vrai , madame ?

Oui , monsieur.

Quand je vous dis que je l'ai entendu , vous pouvez m'en croire.

LE COMMANDEUR

Quelle diable de plaisanterie! je n'y comprends rien.

Elle est sortie furieuse du cabinet, et elle m'a assurée qu'elle ne me reverrait de sa vie. Voilà la cause de la douleur ou vous l'avez trouvée plongée.

LE COMMANDEUR

Elle ne vous reverra de la vie ? Quoi ! vous qui l'estimiez, qui l'aimiez assez pour m'avoir conseillé de la faire épouser à mon neveu, et qui m'avez prouvé quç c'était le meilleur choix que je pusse

faire !... Mais je me rappelle... Nod , je ne lui ai pas dit que c'était à vous que j'avais cette obligation ; sûrement , si elle avait su combien vous désiriez ce manage , sa jalousie aurait été détruite à l'instant. Allons, je retourne promptement chez elle.

LE MARQUIS

Vous n'irez pas seul.

LE COMMANDEUR

Eh bien! viens, suis -moi. S'il est vrai qu'elle t'aime , nous vaincrons facilement sa résistance.

Nous vous suivrons.

Et nous vous seconderons tous.

Et nous aurons le plaisir de vous voir tous trois heureux. Allons.

J'entends une voiture qui entre.

LE MARQUIS

On va nous retarder.

Ne vous montrez pas, et laissez-moi voir. ( Elle regarde à la fenêtre. ) C'est la Vicomtesse , elle-même.

LE MARQUIS

Elle a sûrement lu ma lettre !

Entrez tous dans ce cabinet , et vous ne paraîtrez que lorsqu'il en sera temps.

LE COMMANDEUR

Entrons, entrons.

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