LA DUCHESSE, LA BARONNE, LA MARQUISE, LE CHEVALIER, DUVAL
DUVAL
Madame la duchesse d'Autry.
LE CHEVALIER
Ah ! diable ! je suis perdu ! Laissez-moi aller, madame.
LA MARQUISE
Pïo», monsieur le chevalier, vous ne vous en irez
LA DUCUESSB.
Eh bien ! mesdames , savez-vous ce qui nous are?
LA MARQUISE
Sïon , vraiment ; mais , asseyez-vous d'abord , madame la duchesse ; vous ne seras pas bien là.
LA DUCHESSE
Pardonnez-moi. Enfin , je suis furieuse! Je pars de Versailles avec le plus grand empressement 5 je me fois descendre à l'Opéra. Je monte , vous croyant établies dans la loge , et il se trouve que nous n'en avons point.
Eh ! vraiment non.
LA DUCHESSE
Concevez-vous cela? Je trouve notre loge remplie ; j'ai disputé très-fort avec une petite dame assez jolie, que vous connaissez beaucoup , monsieur le cheva- Bcr ; dites donc ?... Àh ! la vicomtesse cTTvernon ? D a fallu faire venir l'ouvreuse , qui m'a prouvé que la loge n'était pas louée sous notre nom , mais sous celui de la vicomtesse.
LA BARONNE
De la vicomtesse ?
LA DUCHESSE
Oui , madame. Saviez-vous cela ?
LA BARONNK
Je viens de l'apprendre tout à l'heure , madame.
LA DUCHESSE
On ne pouvait plus retrouver mes gens , j'ai été une heure à la porte, sans pouvoir sortir.
LE CHEVALIER
Il n'y avait pas de ma faute ; j'ai été chez vous , madame la duchesse , pour vous en prévenir ; et si vous n'étiez pas arrivée droit à l'Opéra...
LA DUCHESSE
Mais , pourquoi n'avons-nous pas eu cette loge ?
Parce que M. le chevalier en a disposé autrement , madame.
LA DUCHESSE
Cela est incroyable , monsieur : on ne manque pas comme cela à des femmes.
LE CHEVALIER
Comment , manquer ! je n'en ai jamais eu l'intention , madame -, au contraire , j'ai cru vous rendre service , à vous , madame la duchesse.
LA DUCHESSE
En ne louant pas cette loge ?
LE CHEVALIER
Oui , madame , et même à toutes les trois , connais" sant votre façon de penser.
LA DUCHESSE
;& ' Ah ! nous avons une façon de penser...
LE CHEVALIER
Oui , sur la musique.
LA MARQUISE
Nous ne l'aimons pas , peut-être ?
LE CHEVALIER
Ce n'est pas là ce que je dis ; mais vous êtes conséquentes ordinairement, et j'ai pensé...
LA MARQUISE
Quoi donc ? *
*'?*»■'. ^Jr
LE CHEVALIER
Qu'il n'était pas convenable que vous vissiez un opéra de Gluck.
* LÀ DDGHESSE.
Celui-là est curieux ! Mais, j'aime beaucoup la musique de Gluck.
LA BARONNE
Et moi aussi.
LA MARQUISE
Elle me fait toujours le plus grand plaisir.
LA DUCHESSE
Où avez-vous donc trouvé cela ?
LE CHEVALIER
D m'avait semblé que , dans toutes vos disputes sur la musique...
LA DUCHESSE
Tai disputé sur la musique , moi ?
LE CHEVALIER
Oui vraiment , vous avez toujours été pour la vraie musique italienne , et tout ce qui n'était pas Sacchini ouPiccini...
Mais j'aime l'opéra, en général, pour lui-même ; et je ne suis d'aucun parti.
LE CHEVALIER
Madame , je me suis trompé sans doute , mais j'aurais pourtant juré. . .
LA DUCHESSE
Quand on vous dit...
LE CHEVALIER
Allons , je me le rappelle : je vous ai vu disputer avec le commandant. • •
LA DUCHESSE
Jamais.
LE CHEVALIER
Je le vois encore s agiter dans son fauteuil ; il pensa tomber un jour à terre , et... Oh ! mais il tomba , en honneur ; cela fut excellent. Je vous dis même : Madame, vous avez gagné la bataille; je me charge de ramasser les blessés , et je relevai le commandant.
LA DUCHESSE
Quelle histoire !
LE CHEVALIER
Je sais où il est dans ce moment-ci ; et , pour vous convaincre que je ne me trompe pas , je vais vous ramener.
Chevalier ?
LE, CHEVALIER
Non , non , je reviens à l'instant.