‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 182 sur 256 · LA DUCHESSE, LA BARONNE, LA MARQUISE, LE CHEVALIER, DUVAL · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE, LA BARONNE, LA MARQUISE, LE CHEVALIER, DUVAL

DUVAL

Madame la duchesse d'Autry.

LE CHEVALIER

Ah ! diable ! je suis perdu ! Laissez-moi aller, madame.

LA MARQUISE

Pïo», monsieur le chevalier, vous ne vous en irez

LA DUCUESSB.

Eh bien ! mesdames , savez-vous ce qui nous are?

LA MARQUISE

Sïon , vraiment ; mais , asseyez-vous d'abord , madame la duchesse ; vous ne seras pas bien là.

LA DUCHESSE

Pardonnez-moi. Enfin , je suis furieuse! Je pars de Versailles avec le plus grand empressement 5 je me fois descendre à l'Opéra. Je monte , vous croyant établies dans la loge , et il se trouve que nous n'en avons point.

Eh ! vraiment non.

LA DUCHESSE

Concevez-vous cela? Je trouve notre loge remplie ; j'ai disputé très-fort avec une petite dame assez jolie, que vous connaissez beaucoup , monsieur le cheva- Bcr ; dites donc ?... Àh ! la vicomtesse cTTvernon ? D a fallu faire venir l'ouvreuse , qui m'a prouvé que la loge n'était pas louée sous notre nom , mais sous celui de la vicomtesse.

LA BARONNE

De la vicomtesse ?

LA DUCHESSE

Oui , madame. Saviez-vous cela ?

LA BARONNK

Je viens de l'apprendre tout à l'heure , madame.

LA DUCHESSE

On ne pouvait plus retrouver mes gens , j'ai été une heure à la porte, sans pouvoir sortir.

LE CHEVALIER

Il n'y avait pas de ma faute ; j'ai été chez vous , madame la duchesse , pour vous en prévenir ; et si vous n'étiez pas arrivée droit à l'Opéra...

LA DUCHESSE

Mais , pourquoi n'avons-nous pas eu cette loge ?

Parce que M. le chevalier en a disposé autrement , madame.

LA DUCHESSE

Cela est incroyable , monsieur : on ne manque pas comme cela à des femmes.

LE CHEVALIER

Comment , manquer ! je n'en ai jamais eu l'intention , madame -, au contraire , j'ai cru vous rendre service , à vous , madame la duchesse.

LA DUCHESSE

En ne louant pas cette loge ?

LE CHEVALIER

Oui , madame , et même à toutes les trois , connais" sant votre façon de penser.

LA DUCHESSE

;& ' Ah ! nous avons une façon de penser...

LE CHEVALIER

Oui , sur la musique.

LA MARQUISE

Nous ne l'aimons pas , peut-être ?

LE CHEVALIER

Ce n'est pas là ce que je dis ; mais vous êtes conséquentes ordinairement, et j'ai pensé...

LA MARQUISE

Quoi donc ? *

*'?*»■'. ^Jr

LE CHEVALIER

Qu'il n'était pas convenable que vous vissiez un opéra de Gluck.

* LÀ DDGHESSE.

Celui-là est curieux ! Mais, j'aime beaucoup la musique de Gluck.

LA BARONNE

Et moi aussi.

LA MARQUISE

Elle me fait toujours le plus grand plaisir.

LA DUCHESSE

Où avez-vous donc trouvé cela ?

LE CHEVALIER

D m'avait semblé que , dans toutes vos disputes sur la musique...

LA DUCHESSE

Tai disputé sur la musique , moi ?

LE CHEVALIER

Oui vraiment , vous avez toujours été pour la vraie musique italienne , et tout ce qui n'était pas Sacchini ouPiccini...

Mais j'aime l'opéra, en général, pour lui-même ; et je ne suis d'aucun parti.

LE CHEVALIER

Madame , je me suis trompé sans doute , mais j'aurais pourtant juré. . .

LA DUCHESSE

Quand on vous dit...

LE CHEVALIER

Allons , je me le rappelle : je vous ai vu disputer avec le commandant. • •

LA DUCHESSE

Jamais.

LE CHEVALIER

Je le vois encore s agiter dans son fauteuil ; il pensa tomber un jour à terre , et... Oh ! mais il tomba , en honneur ; cela fut excellent. Je vous dis même : Madame, vous avez gagné la bataille; je me charge de ramasser les blessés , et je relevai le commandant.

LA DUCHESSE

Quelle histoire !

LE CHEVALIER

Je sais où il est dans ce moment-ci ; et , pour vous convaincre que je ne me trompe pas , je vais vous ramener.

Chevalier ?

LE, CHEVALIER

Non , non , je reviens à l'instant.

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