SCÈNE IV
LA DUCHESSE, LA MARQUISE, LA BARONNE
LA DUCHESSE
Àvez-vous jamais vu faire de pareilles histoires ?
LA MARQUISE
Il ne reviendra sûrement pas.
LA DUCHESSE
Je sais fort bien le principe de tout cela ; mais je crois ne pas pouvoir en parler devant la baronne.
LA BARONNE
Pourquoi donc ? Je le connais assez pour n'être étonnée de rien de sa part ; je sais qu'il a l'imagination la plus folle du monde , et la plus vive.
LA DUCHESSE
Mais , savez-vous que , depuis un mois , il ne quitte pas la vicomtesse ; que , sous prétexte de lui faire
voir le jardin de fleurs du commandeur , qui est charmmt dans ce temps-ci , il lui a donné une fête dé- Bcieusa 4*u& eotte petite maison ?
Je n'en serais pas surprise , moi.
LA BARONNE
D faut bien tenir k quelqu'un. Je ne le vois plus ; il en a été désespéré.
LA DUCHESSE
Quoi ! réellement ?
LA BARONNE
D est toujours mon ami.
LA DUCHESSE
Mais , je dis , tous le voyez rarement ?
' LA BARONNE
Oui.
: - ' . LA t>UCHESSB. : .
Cela est singulier ! D m'a pourtant priée de ne pas tous donner à souper demain , parée qu'il ne pourrait pas y être.
LA BARONNE
Nous irons cependant demain , la marquise et moi, souper chez vous.
LA DUCHESSE
Et tous viendrez aussi lundi ?
LA BARONNE
Nous ne le pourrons pas -, nous sommes engagées toutes les deux pour ce jour-là*
Il sera furieux de ne vous y pas trouver.
LA BARONNE
Bon !
LA DUCHESSE
Je vous croyais en liaison plus intime.
LA BARONNE
U l'aurait bien voulu , et il croit peut-être , en feignant de s'attacher à la vicomtesse , me donner des regrets.
LA DUCHESSE
C'est à quoi je pensais.
LA BARONNE
Il doit me connaître pourtant assez pour être sur qu'il n'y aura jamais que de l'amitié entre nous.
LA DUCHESSE
Imaginez donc comme on voit mal ; j'avais pense tout autrement de vous deux.
LA BARONNE
Vous, qui me connaissez si bien , madame la duchesse !
LA DUCHESSE
En vérité , je vous en demande bien pardon.
Je vous dis , depuis un mois, il est venu plusieurs fois , et je n'ai pas voulu le recevoir .
LA DUCHESSE
Vous avez très-bien fait} c'est, sans contredit, un homme de qualité , fort aimable d'ailleurs ; mais aussi trop léger, ce qui nie .vous convenait en aucune façon.
LA MARQUISE
C'est ce que j'ai toujours pensé , moi , et je le disais à la baronne , il n'y a pas encore une heure.
LA DUCHESSE
Vous voyez très-bien , madame la marquise. Allons, je m'enfuis.
LA MARQUISE
Et ou pouvei-vous aller à l'heure qu'il est ?
LA DUCHESSE
Je yais me faire écrire , pendant l'opéra , dans mille endroits, où je serais désespérée de trouver du monde.
LA BARONNE
Cela est délicieusement imaginé.
C'est ce qu'on appelle savoir tirer parti de tout.
LA DUCHESSE
Eh bien , madame la marquise, voulez-vQus me reconduire?
LA MARQUISE
Assurément, madame la duchesse.
LA DUCHESSE -
Cela est admirable ! allons, je vous en prie , restezlà toutes les deux.
LA MARQUISE
Mais, c'est qu'il est impossible....
LA DUCHESSE
Je vous dis que je le veux. Allons , à demain , laislex-moi donc aller.