LA MARQUISE, LA BARONNE, DU VAL
LA MARQUISE
Que voulez-vous , Du val ?
DU VAL
C'est un billet pour madame la baronne.
LA BARONNE
Permettez- vous , mon cœur ? ( Elle Ut. ) U faut que j'aille à l'instant chez moi.
LA MARQUISE
Il ne vous arrive rien de fâcheux ?
LA BARONNE
Non : c'est un rendez-vous d affaires, que j'attendais depuis long-temps.
LA MARQUISE
Allez donc. A demain,. mon /cœur.
COMEDIE. 3oî
LA MARQUISE
Ce n'était donc que pour elle qu'il a fait toute cette Histoire de loge ?
LA BARONNE
Eh ! oui ; voilà ce que c'est , il ne peut pas la souffrir.
LA MARQUISE
Elle doit être très-fàchée de son nouvel attachement pour la vicomtesse.
LA BARONNE
Bon ! c'est une histoire qu'elle a inventée , pour 'voir si cela pourrait m'affliger.
LA MARQUISE
D me semble qu'elle n'en a pas lire grand fruit.
LA BARONNE
Elle est persuadée que , dans le fond de l'âme , je dois être furieuse contre le chevalier.
LA MARQUISE
Quoi ! après tout ce que vous lui avez dit !
LA BARONNE
Oui ; elle sait dissimuler , et elle croit que toutes femmes lui ressemblent.
Pourquoi donc me l'avez-wms fait connaître , mon cœur ? d'après ce que vous venez de nk'en dire , je la crois très-dangereuse.
LA BARONNE
Point du tout : c'est la meilleure femme du monde ! mais elle croit que tous les hommes l'adorent ; c'est là sa folie.
b-A. MARQUISE.
Elle ne les connàtt doue pas?
3o4 LA RENTRÉE DE L'OPÉRA,
LA MARQUISE
Et qui sent bon oovmne an couvent ?
VICTOIRE
Ah ! madame , encore bien meilleur !
LA MARQUISE
Bien meilleur? Cela est difficile. Vous savez bien que je n'ai jamais trouvé de violette qui eût un parfum si a gréable que celle que nous avions au couvent.
VICTOIRE
Quand monsieur votre cousin vous en apportait?
LA MARQUISE
Je dis , celle do jardin .
Parce qu'elle vous rappelait l'autre. Il est vrai qu'il était très-aimable , monsieur votre cousin.
LA MARQUISE
Pourquoi l'appelez- vous toujours mon cousin ?
VICTOIRE
Eh bien , M. le vicomte Achille. N'est - il pas le neveu de M. le comte votre oncle?
LA MARQ0ISR
Non , il ne m'est rien du tout. Il n'est neveu que de la vicomtesse.
VICTOIRE
J'étais bien fâché , dans ce temps-là , de ce qu'il n'était pas aussi riche qu T il l'est à présent.
LA MARQUISE, soupirant.
Ah!
VICTOIRE
Vous n'auriez pas épousé M* le marquis, qui a toujours été malade , et qui a fini par mourir*
COMÉDIE. 3o5
LA MARQUISE
C'était un très-honnète homme.
VICTOIRE
U est vrai , puisqu'il vous a laissé tout son bien. Savez-vous , madame , que M. le comte Achille est encore mieux a présent qu'il n'était dans ce temps-là.
LA MARQUISE
Qu'est-ce que vous aviez encore à me dire?
VICTOIRE
Ah ! madame n'a-t-elle pas vu rendre un billet à madame la baronne ?
LA MARQUISE
Oui.
MCTOIRE.
Madame sait-elle de qui il est?
LA MARQUISE. '
De ses gens d'affaires , sans doute.
VICTOIRE
Non , madame. Il est de Rï. le chevalier.
LA MARQUISE
Du chevalier ?
VICTOIRE
Sûrement, je le lui ai vu écrire dans le cabinet de trictrac ; il avait bien recommandé qu'on le donnât à madame la baronne, quand elle sortirait; et, comme elle restait toujours, M. Du val le lui a remis ehez
madame.
la marquisp:.
Cela suffit.
Ah ! madame , j'oubliais bien le meilleur.
LA MARQUISE
Qu'est-ce que c'est donc ?
TOMH I. 20
igô LA RENTRÉE DE L'OPÉRA,
LE CHEVALIER
Je le fois encore s'agiter dans son fauteuil ; il pensa tomber un jour à terre , et... Oh ! mais il tomba , eu honneur ; cela fut excellent. Je tous dis même : Madame , tous ayez gagné la bataille; je me charge de ramasser les blessés , et je relevai le commandant.
LA DUCHESSE
Quelle histoire !
LB CHEVALIER
Je sais ou il est dans ce moment-ci ; et , pour vous convaincre que je ne me trompe pas , je vais vous l'amener.
LA BARONNE
Chevalier ?
LE CHEVALIER
Non , non , je reviens & l'instant.