ACTE I, SCÈNE I. 3a
VICTOIRE
Oh! pour celui-là, je ne le crois pas ; il n'a pas assez d'esprit pour elle.
LAFOND
Voua croyez qu'il n'a pas d'esprit ?
Il en a , comme tout le monde ; mais il n'en a pas plus qu'un autre. C'est un homme qui ne fait jamais rien , qui ne peut pas être seul , qui entre vingt fois par jour chez madame , pour ne lui rien dire , et puis qui finit par faire ici de la tapisserie. Tenez , voilà son métier.
LAFOND
Vous pourriez bien avoir raison.
VICTOIRE
Quand il a adopté une idée qui lui plaît ( car il n'invente rien), om ne saurait l'en détacher; s'il prend un livre chez madame , il est rare qu'il le lise eu entier , à moins qu'il ne soit bien court.
LAFOND
Mais un mari comme celui-là doit être fort incommode pour un amant. Et, est-il jaloux , M. le Comte ?
VICTOIRE
Je n'en sais rien ; comment savoir ce que pensent des gens comme lui.
LAFOND
Mais , la sœur de M. le Comte ?
VICTOIRE
Madame la Marquise ?
LAFOND
Oui.
Oh ! elle voit tout du premier coup dœil , et c'est
une femme charmante : elle ne se mêle des affaires de personne ; elle regarde tout du bon côté ; elle est vive, et elle a un cœur excellent !
LAFOND
C'est bien quelque chose. Mais , quand même M. le Chevalier n'aurait rien à craindre , je trouve qu'il a tort ; il manquera an très - grand mariage que son oncle* ••«
VICTOIKE.
"M. le Baron ?
LAFOND
Oui , voudrait bien lui faire faire , et à quoi il répond toujours qu'il est trop jeune pour se marier. Encore s'il était plus riche , cela ne me ferait rien.
VICTOIRE
Je comprends; un bon mariage serait avantageux pour vottt P
LAFOND
U est vrai ; j'entends quelqu'un. Tenez : voilà la lettre de M. le Chevalier , car il s'impatienterait si je restais plus long-temps.