‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 2 sur 256 · SUR CARMONTEL · texte numérisé non relu

SUR CARMONTEL

[Cette notice n'est point faite d'après des dictionnaires ou des biographies , presque toujours plus ou moins inexactes , et souvent même entièrement fausses : une personne qui, pendant quinze ans de sa vie , a vu sans interruption M. Carmontel , soit à l'ancienne cour de Villers-Cotterets , soit à Paris , se plaît à rendre à sa mémoire un juste tribut d'é- " iges \ car peindre son caractère , parler de i conduite , dt

ce sera le l

.ouer. Carmontel

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fut attaché à M. le duc

ij NOTICE SDR CÀRMONTEL.

d'Orléans en qualité de lecteur 5 cette place , quoique honorable, étoit en quelque sorte subalterne , puisqu'elle ne donnoit pas le droit de manger avec les princes , même à la campagne ; mais bientôt M. Garmontel fut particulièrement distingué , non-seulement du prince , mais de toutes les personnes aimables et spirituelles qui alloient à Villers-Cotterets ; il avoit beaucoup d'instruction , de la réserve sans embarras , une gaieté douce et piquante j il joignoit beaucoup de bonhomie à l'esprit le plus observateur, deux choses bien rarement réunies; c'est qu'il observoit , non par malignité , mais par curiosité , pour connoître le monde et le cœur humain , et cette étude est surtout fructueuse , lorsqu'elle est faite sans aucune morosité ; il peignoit parfaitement à la gouache le paysage et la figure ; ses tableaux étoient plus grands que la miniature, mais beaucoup moins que ce qu'on appelle demi-nature ; il lisoit tout haut les comédies véritablement plaisantes d'une

NOTICE SUR CARMOWTEL. nj

manière si remarquable que M. le duc <f Orléans voulut le faire entendre dans la société ; il lut dans le salon avec le plus grand succès le Bourgeois gentilhomme de Molière , ce qui fit penser qu'il jouer oit parfaitement la comédie ; mais il assura qu'il joueroit sans aucun naturel un rôle appris par cœur, et il proposa déjouer de petites comédies impromptu dont il donneroit les canevas, ce qui se pratiquoit dès lors à la Comédie - italienne j l'offre fut acceptée.

Garmontel prit toujours pour base de ses petites pièces un proverbe qu'il mettoit en action avec un art infini et un naturel charmant '.

Il ne manquoit jamais de placer dans ces pièces un rôle qu'il se réservoit , celui d'un mari à la fois avare, amoureux,,

■ Cette idée a'étoit point de son invention ; très-longtemps avant Carmontel , une personne nommée M me . Durand avoit fait imprimer un petit recueil de Proverbes dramatiques, mais qui tomba prompteraent dans l'oubli , parce que toutes ces petites pièces étoient de la plus grande insipidité.

iv NOTICE SUR CARMONTEL.

jaloux y et bourru } ce caractère original

rempli de nuances et de traits piquans, formoit un rôle d'autant plus difficile > que le Théâtre François n'offrait à cet égard aucun modèle. M. Carmontel représentait ce personnage avec une vérité, une perfection , qui lui en assuroit le privilège exclusif, car personne alors dans la société n'aûroit consenti à se charger de ce singulier rôle ; ce fut ainsi qu'il mit les proverbes à la mode et qu'il finit par faire imprimer les siens.

Il ne faut point chercher le style et le mérite d'écrivain dans ces petites compositions; cependant elles sont en général correctement écrites , il semble même qu'un style plus élégant et plus recherché nui roi t à leur effet principal, en leur ôtant l'illusion qu'elles produisent , et le charme de naturel qu'on y trouve toujours ; l'auteur ne les a point faites pour être apprises par cœur, il vouloit au contraire qu'on les jouât de tête, en prenant seulement les

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plans et les caractères qui sont toujours frappans et supérieurement dessinés. Je ne connois point d'auteur qui ait mieux peint le monde et le ton des gens qui le composent; sous ce rapport , ce recueil sera tour jours précieux aux yeux de tous ceux qui veulent avoir une idée juste d'une partie de la société du dix-huitième siècle.

Ainsi que le docteur Tronchin, M. Carm on tel jouissoit à Villers-Cotterets de la distinction de venir tous les soirs prendre des glaces avec le prince et toutes les personnes de sa cour, mais Tronchin ne passoit jamais que deux ou trois jours de suite à Villers-Cotterets , et M. Carmontel y étoit établi à demeure pour toute la belle saison ; non-seulement il écoutoit la conversation, mais il y prenoit part, et toujours d'une manière intéressante : on aimoit à causer avec lui , on désiroit son suffrage ; c'est dans le monde l'espèce de louange la plus flatteuse , on ne l'obtient constamment que par le mérite personnel ,

*j ÎIOTICE SUR CARM05TEL.

lgs agrément de l'esprit, l'indulgence et la bonté. En outre , M. Carmontel avoit des rapports directs avec tons ceux qui arriyoient à Villers - Cotterets ; il feisoit leur portrait, il en donnoit quelquefois des copies , mais il gardoit les originaux , dont il formoit la plus curieuse collection ; il a eu depuis l'idée de faire sur du papier transparent une espèce de lanterne magique toute composée de jolies scènes d'invention , représentées dans de charmans paysages *• Enfin ces proverbes, que l'on jouoit presque tous les soirs après souper, lui procuraient des liaisons intimes avec plusieurs personnes de la société auxquelles il apprenoit à les jouer \

1 A mon retour en France, Carmontel, qui vivoit encore, vint me voir souvent à l'Arsenal, et me montra cette sorte de lanterne magique si originale et de l'effet le plus Agréable) il étoit alors en marché pour la vendre trèsavantageusement en Russie ; j'ignore ce qu'elle est devenue.

• Comme je l'ai dit , il se chargeoit toujours du rôle des maris bourrus; un soir le duc d'Yorck, frère du feu roi d'Angleterre y s'écria, en le voyant jouer : Cela est si par-

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M. Garmontel fut aussi heureux qu'il méritoit de l'être : il eut des amis, un grand nombre d'admirateurs ; son caractère étoit si doux, ses mœurs si pures, ses talens si aimables, qu'il n'excita jamais la haine et l'envie. Il jouissoit d'une honnête aisance , il fut toujours loué , aimé , considéré ; et , dans un âge trèsavancé , il termina paisiblement ses jours au sein de sa patrie \

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