ACTE I, SCÈNE VI. 33i
au inonde qui puisse vous égaler, mon amour peut-il se contenir? Je vous aime, je vous adore, et c'est pour toute ma vie.
N'est-ce pas là ce que je vous ai défendu mille fois de me dire ?
LE CHEVALIER
Hélas ! que trop.
Quoi ! vous n'êtes pas capable du moindre effort ?
LE CHEVALIER
Je me promets bien chaque jour de me taire , de...
Qui vous en empêche ?
LE CHEVALIER
Vous , madame; dès l'instant que je vous vois....
Mais, quand vous m'écrivez, vous ne nie voyez pas, *t il n'y a pas un mot dans vos lettres dont je puisse fetre contente.
LE CHEVALIER
C'est que toujours présente à ma pensée....
Vous oubliez Ce que je vous ai dît. Si vous lisiez , avec attention, tout ce que je vous écris, vous me sacrifieriez cet amour , que je ne puis approuver , ou du moins vous cesseriez de m'en parler.
Ah ! madame , je ne sens que trop combien vous projetez de me rendre malheureux.
Les passions ont un terme, Chevalier ; on me montre tous les jours des gens qui se sont adorés, et de
qui l'indifférence m'épouvante ; enfin , je craindrais san4 cesse de perdre mon amant , lorsque je yeux conserver mon ami.
LE CHEVALIER
Ah! toute ma vie, toute ma vie, madame...
Si vous surmontiez votre passion, cet effort me plairait, je n'aurais plus rien à vous reprocher -, je goûterais avec vous tout ce qui fait le bonheur de ma vie , tous les charmes de l'amitié , cette confiance si délicieuse enfin , qui vaut mieux que l'amour , et dont je n'aurais plus à redouter les importunités.
LE CHEVALIER
Les importunités ! . . • ah , quel mot !
J'entends la marquise. Allez-vous-en.
LE CHEVALIER
Il me semble qu'il serait prudent. . . .
Vous avez toujours des raisons...