ACTE III, SCÈNE IV
LA MARQUISE
Sûrement , il vous estime , mais il ne Vous connaît pas.
H ne me connaît pas ?
-" LA MARQUISE
Non vraiment , car il vous croit insensible ; et c'était là ce qui l'empêchait de rien comprendre à votre aventure avec le Chevalier.
Mon aventure ! il n'y aura jamais de liaison intime entre lui et moi.
LA MARQUISE
H croit qu'il y a de l'amitié.
De l'amitié ?
LA MARQUISE
Vous sentez bien qu'après tout ceci vous serez tranquille.
Ah ! je ne peux plus l'espérer !
Pourquoi donc ? Je vous dis qu'il n'est point jaloux; ce n'est pas moi qui le rendrai susceptible de ce sentiment-là ; au contraire, je vous aime trop pour vouloir troubler votre bonheur.
Et vous me crovez heureuse?
LA MARQUISE
Autant qu'on peut l'être avec une passion ; car moi je n'en fais pas grand cas. Je ne suis pas plus scrupuleuse qu'une autre , cependant je ne m'y suis jamais livrée.
Et vous n eu êtes que plu4 estimable.
LA MARQUISE
Plus estimable ? si vous voulez : ce n'est pas devant tous que j'en tirerai vanité , j'aurais tort ; mais je vons parle à cœur ouvert. Il est rare qu'on soit aussi heureuse que votis ; j'ai tant vu de femmes de mes amies trompées, parce qu'elles s'étaient engagées légèrement ! C'étaient des inquiétudes perpétuelles , nulle tourmens , plus de désespoir que de bonheur, et ces âmes tendres ^ délicates , détenaient enfin des furies capables des plus vives tracasseries , et des noirceurs les plus affreuses. Tout cela m'a fiât peur ; car on finit par perdre son repos , sa gaieté , et l'estime du public.
Quel effrayant tableau !
Même avec la passion là plus respectable, on devient au moins triste.
(Test que l'abîme n'est pas loin.
LA MARQUISE
Tai noirci vos idée*! feu suis désespérée! Je vais vous rendre a vous-même, et travailler pour vous.
Pour moi?
LA MARQUISE
Oui y oui ; je vous dirai cela tantôt. Adieu ,
CEUr LA COMTESSE.
je vous prie...
LA MARQUISE
Je n ai pas un moment à perdre, et vous auriez