‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 238 sur 256 · ACTE III, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IX

Vous me faites dire qu'on va ma rendre m» lettre,,.

LE CBEVALJER.

lia voici , madame. ( Il lui donne la lettre. ) Vous avez trop désavoué ce qu'elle contient , pour que je puisse désirer de la garder.

Je l'ai dû $ ce n'est point par la force que Ton soumet un cœur ; mais vous avez cru que je vous aimais, votre amour-propre a été satisfait de m'avoir engagée à vous l'avouer , et vous me voyiez déjà comme une victime prête à lui être sacrifiée.

LE CHEVALIER

Madame , qu'osez-vous penser !

Votre joie vous a trahi \ la plaisanterie, la légèretç avec laquelle vous avez engagé mon mari à me faire écrire cette lettre....

LE CHPVALIER.

Je voulais seconder votre idée.

Avec quelle facilité je m'étais laissée entraîner à feindre vis-à-vis de mon mari ! je croyais avoir de l'amitié pour vous , ce commerce de lettres s'engage ; parce que vous ayez de l'amour > le mystère s'en mêle $ il est toujours le premier pas que Vpn fait pour a'élqi* gner de l'innocence ! j'étais bien loin de m'en apercevoir ; sous, le nom de l'amitié , l'an^pur me trpmpait !

LE CHEVALIER

O ciel ! et je pourrais....

Le plaisir que j'avais à ne rien voir qui pût vous ressembler , cette distinction qui me plaisait tant ,

cette apparence de vertu peut doue nous séduire et nous entraîner vers le vice ? Voilà l'égarement d'où ▼ous m'avez tirée , et je vous devrai d'avoir connu tout ce qu'on peut redouter même avec une âme pure et honnête.

LE CHEVALIER

Vous plaisez-vous assez a m'accabler! Ah! madame, que vous me faites payer cher l'erreur <Tun râ*tai>t ! je reconnais mes torts ; oui , madame , et si vous m'aviez jamais aimé....

Je n'ai point cherché à développer le sentiment qui remplissait mon âme, j'en goûtais les douceurs sans inquiétudes et sans craintes $ le charme qui m'entraînait vers vous m'étonnait , mais il ne m'affligeait pas. Je ne vous le dis que parce qu'il est entièrement détruit, et que vous trouverez aisément un objet qui pourra me remplacer dans votre coeur.

LE CHEVALIER

Eh ! qui pourrait me tenir lieu de tout ce que je perds en vous perdant ?

Tous ne m'avez pas assez connue T pour devoir tant me regretter.

LE CHEVALIER, à gnou.

Madame , je vais mourir à vos pieds , si vous ne me donnez pas les moyens de réparer mes torts. Non , sans vous, rien au monde n'a plus d'attraits pour moi ; la vie va me devenir odieuse , insupportable. ^

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