ACTE III, SCÈNE XII. 38g
folie, d'une enfance , d'une vertu !... Mon frère , vous avez là une femme estimable, rare, charmante !
Je crois que vous êtes devenues folles toutes deux.
Oh ! vous ne pouvez rien comprendre à tout cela , vous. Si vous saviez....
LA COMTESSE, à la Marquise.
Madame....
LA MARQUISE
Ne craignez rien. Ah ça , promettez-moi de rester à Paris.
Je voudrais... •
LA MARQUISE
Quoi ? vous aller livrer à des regrets , des soupirs , vous faire des reproches que vous ne méritez pas ?
Dites donc ce que c'est !
LA MARQUISE
Oh ! non; je ne le peux pas , c'est son secret; vous sentez bien....
Il fallait donc ne rien dire du tout.
LA MARQUISE
Ne rien dire , ne rien dire? Cela est bien difficile ! Je ne peux pas m'empècher de l'admirer , moi , cette chère enfant !
( Klle embrasse 1* Comtesse.) LA COMTESSE, bas à la Marquise.
Vous me perdez.
LA MARQUISE
Non , non ; j'ai un projet qui finira tout cela.
Lëu
Mais , quel projet ?
LA MARQUISE
Gelai de marier le Chevalier , qui résiste depuis long-temps à son oncle , et qui , sachant que je connais les motifs de ce refus , craindra que je n'en instruise le Baron, qui le déshériterait; c'est un homme vert.
Le diable m'emporte si j'y entends rien.
LA MARQUISE
Cela doit être comme cela/Le Chevalier pleurera , refusera , se désespérera , et puis il consentira. Ensuite , comme il a le cœur excellent , il deviendra amoureux fou de sa femme , et le roman sera fini.
Le roman ?
LA MARQUISE
Oui. {A la Comtesse. ) Tenez , mon enfant : quelque affligé que Ton soit , on finit toujours par se consoler. Ainsi , il ne faut se livrer à la douleur que lç moins qu'il est possible , sans aller dans ses terres. C'est la plus grande folie qu'on puisse faire ; cela fait parler -, et quand on en veut revenir , on est bien embarrassé.,
Mais y quel chagrin voulez-vous qu'elle ait , pour que ce soit là ce qui lui fasse désirer d'aller à la campagne ?
LA MARQUISE
Bon ! moins que rien.
LA COMTESSE, bas à la Marquise.
Je vous prie....