ACTE III, SCÈNE XII. 3gi
LA MARQUISE
Vous n'avez rien à vous reprocher*
Parlez donc !
LA MARQUISE
C'est une misère , une enfance.
Je veux le savoir absolument.
LA MARQUISE
Elle ne le veut pas ; mais cela ne lui fait qu'honneur. Tout prouve la droiture de son cœur, la pureté de son âme. Je vous dis : vous êtes trop heureux d'avoir une femme comme celle-là.
H me vient une idée. Je parie que je devine. Le Chevalier était amoureux d'elle.
LA MARQUISE
Eh ! oui , voilà ce que c'est. Élevés ensemble , elle croyait n'avoir que de l'amitié pour lui , et elle se défendait de l'amour quand vous l'avez forcée d'avouer au Chevalier qu'elle l'aimait. Cela n'était-il pas plaisant ? Eh bien ! elle a été offensée de la joie du Chevalier , et elle ne veut plus le voir. Elle avait chassé Victoire ; moi , je veux qu'elle la reprenne. Cette histoire , qui est charmante , sera perdue pour Paris $ car je n'en dirai rien à personne. Elle oubliera aisément le Chevalier , puisqu'elle le veut ; et elle aura appris , sans en avoir été la victime , que les passions , loin de faire le bonheur de la vie , ne la remplissent que de trouble et d'amertume.
Mon imprudence m'a causé trop de tourmens pour que je ne m'en repente pas toute ma vie. Oui , mon-
09a LE ROMAN, ACTE in, SCÈNE XII.
sieur , je vous promets de ne revoir jamais le Chevalier.
Pourquoi donc ? Je ne le crains pas.
Je vous rends sa lettre.
Oubliez , je vous em mppBe , cette plaisanterie , puisqu'elle a pu vous affliger. Pour moi , je suis convaincu plus que jamais que les torts des. femmes ne viennent souvent que du ridicule ékngnement de leurs maris pour elles.