‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 254 sur 256 · DUC H EMIS · texte numérisé non relu

DUC H EMIS

Oui.

JAVOTTE

Avec la personne que vous lui avez proposée ?

DUCHEMIW.

Oui 9 avec cette personne , et je suis persuadé que tu seras bien aise de la lui voir épouser.

COMÉDIE. 4'i

JAVOTTE

Moi?.

DUCHEMIN

Oui , toi.

JAVOTTE

Et par quelles raisons ?

DUCHEMIN

Je vais lui dire que tu y consens.

JAVOTTE

Qui ? moi , j'y consentirais !

DUCHEMIN

Pourquoi pas?

JAVOTTE

Non , jamais.

DUCHEMIN

Et si , par exemple, c'était toi que je lui proposasse ?

JAVOTTE

Vous croyez que cela le ferait changer ?

DUCHEMIN

J'en suis persuadé : car c'était son amour pour toi qui lui faisait refuser le mariage en question.

JAVOTTE

Est-il possible , mon père 9 que vous vous moquiez ainsi de moi ?

DUCHEMIN

Je ne me moque pas.

JAVOTTE

Comment pourriez-vous imaginer qu'il voudrait bien épouser la fille d'un mendiant ?

DUCHEMIN

Tu vas voir.

( Î1 fait signe à Clément d'avancer. v

Monsieur , voilà mademoiselle Javotte , qui consent que vous épousiez celle que je vous ai proposée.

4i3 LE PEINTRE ET LE MENDIANT,

clûment.

Vous y consentiriez 9 mademoiselle ?

DUCHEMIN

Elle fait plus : car elle le désire.

CLÉMENT

Mon amour vous offenserait-il , mademoiselle ?

DUCHEMIN

Au contraire.

CLÉMENT

Peut-on être plus malheureux que je le suis ? Quoi ! elle me dédaignerait au point de voir ce mariage avec indifférence !

JAVOTTE

Je suis bien éloignée , monsieur , de vous dédaigner ; mon plus grand désir serait de vous voir heureux.

Avec une autre que vous , mademoiselle ?

JAVOTTE

Eh ! comment voulez-vous que je puisse imaginer que vous consentiriez à épouser la fille d'un mendiant ?

CLÉMENT

La fille d'un mendiant ?

DUCHEMIN

Oui.

CLÉMENT

D'un mendiant; mais il m'a assuré que cette personne avait de la fortune.

DUCHEMIN

Et je vous l'assure encore, puisqu'elle est ma fille.

CLÉMENT

Votre fille? celle que vous me proposiez ?

DUCHEMIN

Oui , elle-même , Javotte que voilà.

CLÉMENT

Mademoiselle Javotte est votre fille ?

m DUCHEMIN.

Oui ; mais je ne serai plus mendiant désormais. On ne me connaît que sous ces haillons , et je vais les quitter pour aller vivre dès demain à la campagne avec vous deux.

CLÉMENT

O jour cent fois trop heureux pour moi , puisque je vais posséder enfin l'objet de tous mes désirs !

JAVOTTE

Mais , cette fortune que vous lui proposiez avec ma main ?

CLÉMENT

Ah ! mademoiselle , en vous épousant, aurai-je besoin d'autre fortune ? L'amour n'embellit-il pas lous les instans de la vie ?

JAVOTTE

Il en augmente souvent les maux , et je craindrais. . .

DUCHEMIN

Ecoutez-moi , monsieur Clément : rendez-vous demain , sur le midi , à Arcueil ; demandez-y la maison de monsieur Legrand , c'est mon neveu ; vous nous y trouverez tous deux , et chez moi.

JAVOTTE

Quoi ! mon père 9 vous avez une maison à Arcueil ?

DUCHEMIN

Oui, ma fille, et une ferme , qui seront A vous deux, car je vous les donne en vous unissant.

CLÉMENT

Quoi ! vous pouvez me combler de tant de biens A la fois, à moi qui ne possède rien au monde?...

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