DUC H EMIS
Oui.
JAVOTTE
Avec la personne que vous lui avez proposée ?
DUCHEMIW.
Oui 9 avec cette personne , et je suis persuadé que tu seras bien aise de la lui voir épouser.
COMÉDIE. 4'i
JAVOTTE
Moi?.
DUCHEMIN
Oui , toi.
JAVOTTE
Et par quelles raisons ?
DUCHEMIN
Je vais lui dire que tu y consens.
JAVOTTE
Qui ? moi , j'y consentirais !
DUCHEMIN
Pourquoi pas?
JAVOTTE
Non , jamais.
DUCHEMIN
Et si , par exemple, c'était toi que je lui proposasse ?
JAVOTTE
Vous croyez que cela le ferait changer ?
DUCHEMIN
J'en suis persuadé : car c'était son amour pour toi qui lui faisait refuser le mariage en question.
JAVOTTE
Est-il possible , mon père 9 que vous vous moquiez ainsi de moi ?
DUCHEMIN
Je ne me moque pas.
JAVOTTE
Comment pourriez-vous imaginer qu'il voudrait bien épouser la fille d'un mendiant ?
DUCHEMIN
Tu vas voir.
( Î1 fait signe à Clément d'avancer. v
Monsieur , voilà mademoiselle Javotte , qui consent que vous épousiez celle que je vous ai proposée.
4i3 LE PEINTRE ET LE MENDIANT,
clûment.
Vous y consentiriez 9 mademoiselle ?
DUCHEMIN
Elle fait plus : car elle le désire.
CLÉMENT
Mon amour vous offenserait-il , mademoiselle ?
DUCHEMIN
Au contraire.
CLÉMENT
Peut-on être plus malheureux que je le suis ? Quoi ! elle me dédaignerait au point de voir ce mariage avec indifférence !
JAVOTTE
Je suis bien éloignée , monsieur , de vous dédaigner ; mon plus grand désir serait de vous voir heureux.
Avec une autre que vous , mademoiselle ?
JAVOTTE
Eh ! comment voulez-vous que je puisse imaginer que vous consentiriez à épouser la fille d'un mendiant ?
CLÉMENT
La fille d'un mendiant ?
DUCHEMIN
Oui.
CLÉMENT
D'un mendiant; mais il m'a assuré que cette personne avait de la fortune.
DUCHEMIN
Et je vous l'assure encore, puisqu'elle est ma fille.
CLÉMENT
Votre fille? celle que vous me proposiez ?
DUCHEMIN
Oui , elle-même , Javotte que voilà.
CLÉMENT
Mademoiselle Javotte est votre fille ?
m DUCHEMIN.
Oui ; mais je ne serai plus mendiant désormais. On ne me connaît que sous ces haillons , et je vais les quitter pour aller vivre dès demain à la campagne avec vous deux.
CLÉMENT
O jour cent fois trop heureux pour moi , puisque je vais posséder enfin l'objet de tous mes désirs !
JAVOTTE
Mais , cette fortune que vous lui proposiez avec ma main ?
CLÉMENT
Ah ! mademoiselle , en vous épousant, aurai-je besoin d'autre fortune ? L'amour n'embellit-il pas lous les instans de la vie ?
JAVOTTE
Il en augmente souvent les maux , et je craindrais. . .
DUCHEMIN
Ecoutez-moi , monsieur Clément : rendez-vous demain , sur le midi , à Arcueil ; demandez-y la maison de monsieur Legrand , c'est mon neveu ; vous nous y trouverez tous deux , et chez moi.
JAVOTTE
Quoi ! mon père 9 vous avez une maison à Arcueil ?
DUCHEMIN
Oui, ma fille, et une ferme , qui seront A vous deux, car je vous les donne en vous unissant.
CLÉMENT
Quoi ! vous pouvez me combler de tant de biens A la fois, à moi qui ne possède rien au monde?...