‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 33 sur 256 · SCENE XIV ET DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE XIV ET DERNIÈRE

LA VICOMTESSE, LE CHEVALIER, LE COMTE, LÉ MARQUIS, M. FRICANDEAU, DÛVAL, POITEVIN, SAINT-OUEN.

LA VICOMTESSE, «u Comte.

Je vous dis, monsieur, que je ne crois pas un mot de tout cela.

Vous verrez s'il vous en imposera devant moi.

Ne parlez pas seulement. Marquis....

Ah ! madame » que venez-vous foire ici ?

M. FRICANDEAU, à ses camarades.

Voyons un peu comme il se tirera de là.

Ce que j'y viens faire, ingrat? vous reprocher «l'être cause que je me suis abusée au point de croire*. .

LE MARQUIS

Ce <jue tout le monde a cru comme vous , madame.

Comment ! que vous auriez pu m'aimer ?

LE MARQUIS

Non 9 madame, je vous respectais trop, et quand vous saurez mes raisons, vous m'applaudirez.

Des raisons! un cœur prévenu croit toujours en avoir ; mais renoncez à tout pour moi , et je vous offre ma main.

LE MARQUIS

Tous me rendez confus, madame ; je suis trop loin de vous mériter, et mon cœur est trop pur pour vouloir vous tromper.

Vous me charmez de plus en plus , Marquis ! Eh bien ! Comte , est-ce là le langage d'un imposteur ? Que dites-vous , à présent.

Qu'il m'étonne beaucoup ; mais...

Vous pensez toujours de même ? Àh ! Marquis , si vous saviez tout ce qu'il m'a dit de vous.

LE MARQUIS. '

Je n'ignore pas tout ce que monsieur le Comte a pu vous en dire.

*8 LA CONDITION PREFEREE,

Et vous n'en ries pas ?

LE MARQUIS

Pardonnez-moi , madame ; car il a pu se mé| dre à ma façon de penser.

Comment, qu'osez-vous dire?

LE MARQUIS

Ces honnêtes gens vous en instruiront mieui moi.

M. FRICANDEAU

Oui , monsieur , nous vous répondrons qu'il < plus honnête homme du monde et qu'il a totyoui incapable de tromper madame la Vicomtesse ; il de nous en dire les raisons.

A vous ?

DU VAL

Oui , madame.

Je ne comprends pas ; mais cela ne fait riei vois que la bonté est son caractère , et cela nVatf encore à lui de plus en plus.

Quoi ! vous persistez ?

Oui , monsieur. Marquis , que je vous dise d Le Comte m'a pensé faire mourir de rire , et quan pense encore , ah! ah ! ah ! H m'a dit que vous i été laquais. Ah ! ah ! ah !

LE MARQUIS

Il vous a dit vrai , madame.

Comment! et qui vous avait obligé de vous travestir ainsi ? Une affaire d'honneur , sans doute ?

y LE MARQUIS, gaiement.

v Non , madame ; né sans fortune et sans talens, j'ai été obligé de chercher un maître, et quoique je n'aie servi que d'honnêtes gens , j'ai cru cet état fâcheux , et j'ai été tenté d'essayer si l'on est plus heureux de commander ; j'ai vu que dans tous les états on est obligé d'obéir , qu'il faut suivre son sort , et je reprends celui que j'ai quitté. Je ne dois rien et je n'ai pas eu le temps de perdre dans le monde ma qualité d'honnête homme.

Eh bien ! je vous admire toujours.

M. FRICANDEAU

Je suis bien aise que madame la Vicomtesse pense comme nous.

LE MARQUIS

' Voilà , madame , les amis que je me suis faits , et demain nous entrons tous au service de la même personne.

Eh bien ! apprenez que , si vous aviez moins bien \ pensé, vous auriez pu m'épbuser..

LE MARQUIS

Je le savais , madame, et j'aurais été un insolent de le tenter et même d'oser vous aimer.

Quoi ! vous n'avez jamais pu imaginer que l'amour aurait pu vous excuser ?

LE MARQUIS

Si je l'avais crû danà le premier moment , j'aurais su aussi que dès qu'il vous aurait abandonnée ainsi

Oo LA CONDITION PRÉFÉRÉE,

que moi, il n'aurait laissé dans mon cœur que des remords, que le reste de ma vie aurait été malheureux ; et mon avenir, tel qu'il sera, ne saurait m'épouvanter.

Quel homme vous êtes !

LE MARQUIS

Il n'y a rien de surprenant en moi ; dans notre état nous voyons beaucoup , et nous avons de quoi réfléchir gaiement.

Quel dommage !... Je suis désespérée !

LE MARQUIS

De quoi , madame ?

De ce que vous êtes plus heureux par votre façon de penser que je n'aurais pu vous le rendre avec toute ma fortunç^ Cependant , ne m'oubliez jamais ; je serai toujours prête à venir à votre secours et à celui de tous vos amis , s'il vous arrivait quelque malheur.

M. FRICANDEAU

Madame, nous vous sommes bien obligés pour lui et pour nous ; mais il peut être bien sûr que nous ne l'abandonnerons j amais .

DUVAL

Oui ', oui , nous en répondons .

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