ACTE I, SCÈNE VI
Vous disiez dans l'instant que la jalousie était du plus mauvais ton.
M"". DE BLÉRANGE. .
Et je le pense réellement ; mais on la cache au public. Ah ! si vous saviez l'idée que je me fais de votre embarras , si je peux vous convaincre de quelque trahison ; car, avec toute la candeur possible , les hommes quelquefois ne se font pas scrupule
Songez donc , madame
M me . DE BLÉRANGE.
Mais , monsieur , vraiment , je fais bien une autre réflexion : savez-vous que j'ai à me plaindre de vous réellement ?
De moi ? Ah ! vous ne le croyez pas.
M"". DE BLÉRANGE.
Mais c'est que vous m'outragez sensiblement.
M. DE SAINT-ALBE, à part.
O ciel !
M»«. DE BLÉRANGE.
Monsieur, votre conduite est très- offensante.
M. DE SAINT-ALBE, i r art.
Que veut-elle dire ?
M me . DE BLÉRANGE.
Oui , monsieur , très-offensante.
Madame , expliquez-vous , je vous prie.
M m «. DE BLÉRANGE.
Quoi ! depuis que vous dites que. vous m'aimez —
M. DE SAINT-\LBE.
Eh bien?
no LA SINGULIÈRE DÉLICATESSE,
M"*. DE BLERANGE.
Qae vous me voyez , tous le» jours, environnée de tout ce qu'il y a de plus brillant en hommes , à Paris et à la cour, vous ne tn avez pas encore fait le moindre reproche ?
Je vous estime trop pour oser seulement vous soupçonner.
T M»*. DE BLERANGE.
Voilà bien le langage de l'indifférence. Oui , c'est la plus grande insulte qu'on puisse faire à une femme.
Je ne comprends pas quel est votre dessein.
M m «. DE BLERANGE. '
Vous ne le comprenez pas P
Non , je vous le jure.
M rae . DE BLERANGE.
Cela n'est pourtant pas bien difficile à deviner. '
Eh bien , je ne le devine pas.
At me . DE BLERANGE.
Vous ne voyez pas que j'ai voulu me divertir ?
Comment?....
M me . DE BLERANGE. *'
Oh ! vous ne comprendrez jamais à quel point j'y ai réussi et le plaisir que vous m'avez faït !
M. DE SAINT-ALBE, à part.
Quelle légèreté ! Ah ! Laurence !....
M"". DE BLERANGE.
Que dites-vous done ?
Que vous vous plaisez à me tourmen*er !....