SCÈNE VI
M m «. DE BLÉRANGE, M. DE SAINT-ALBE
M me . DE BLÉRANGE.
Est-ce que vous ne trouvez pas l'inquiétude dé ma mère fort plaisante ? Elle voudrait que nous fussions jaloux ; cela serait d'un bien bon ton !
La jalousie peut venir d'un amour excessif, et le bon ton ne saurait régler un pareil sentiment.
M me . DE BLÉRANGE.
Ah y ah ! vous aimeriez peut-être que je fusse jalouse. Cela m'embarrasserait fort- Cependant si c'était un moyen de vous plaire davantage , je n'hésiterais pas ; voyons , nommezrinoi l'objet qui pourrait m 'in-' spirer de la jalousie.
Je vous avoue que je ne comprends pas quel est le but de cette plaisanterie.
Il me semble que je vous embarrasse. -Vie tromperiez-vous réellement ?
Mais , madame , encore une fois. ...
M™. I>E BLÉRANGE.
Répondez donc.
M. DK SÀIflT-ALBE.
A quoi bon ce persiflage ?
M™. DE BLÉRANGE.
Je vous parle sérieusement; à présent que j'y pense, je crois la jalousie une preuve d'amour. Ah ! je vous en prie , soyons jaloux ; c'est une occupation qui me paraît tout-à-fait nouvelle.
io8 LA SINGULIÈRE DELICATESSE,
Ce serait un joli amusement.
M me . DE BLÉRANGE.
Ecoutez donc , j'ai ici une amie entièrement livrée à cette frénésie ; je me rappelle actuellement tops les mouvemens qu'elle se donnait pour savoir si son amant la trompait.
Et croyait-elle être heureuse avec cette défiance ?
M™*. DE BLERANGE.
Je suivrai ses leçons. Je vais commencer par faire épier toutes vos démarches; oui , je saurai à la minute tout ce que vous ferez dans les vingt-quatre heures : cela m'amusera; mais je dis beaucoup. Vous avez déjà l'air effrayé de ce projet.
M. DE SAINT-ALBE, trouW.
Moi?
M me . DE BLÉRANGE.
Oui , vous. Si vous me trahissiez, je trouverais cela charmant î
Quel plaisir prenez-vous donc à cette plaisanterie. En vérité, madame....
M me . DE BLÉRANGE.
Nous nous querellerions, cela mettrait une vivacité
dans nos amours ! Attendez , je me rappelle....
oui , il y a un homme excellent à Paris , que ma jalouse payait cher , et qui l'instruisait à merveille : je suis fâchée qu'elle soit à la campagne ; mais je vais lui écrire pour savoir où prendre cet homme.
Un moment ,, madame , je vous prie.
<I me . DE BLÉRANGE.
■Nom m'wrçète* ! Allez-vous m avouer quelque in-