‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 49 sur 256 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

est ta tristesse ? Serait-ce madame de Blérange qui aurait changé ?

Non , je la crois toujours la même ; mais sa gaieté, sa vivacité , prouvent à quel point elle est peu capable d'un sentiment qui ferait mon bonheur, si....

M. DE MARCI

Si?....

Je n'ose Rapprendre ce qui se passe dans mon âme.

M. DE MARCI

Pourquoi ?

C'est que ma constance , mon amour pour elle , sont entièrement l'ouvrage d'une autre elle-même.

M. DE MARCI

Il est certain que ceci est très - obscur et a l'air de tenir au plus parfait délire.

Ah ! c'en est un sans doute , mais que rien ne pourra jamais détruire.

M. DE MARCI

Ah ça , dis-moi franchement combien doit durer ce style énigmatique , parce que....

Je vais m'expliquer. Rien n'aurait détruit le projet que nous avions formé de nous épouser. Je regrettais bien de ne pas trouver madame de Blérange aussi sensible que je l'aurais désiré ; mais , malgré cela , ce qui devrait affaiblir mon amour l'augmente, et fortifie mes regrets.

M. DE MARCI

Si tu crois être plus clair , tu te trompes.

Eh bien , apprends donc que j'ai trouvé dan à une

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n4 LA SINGULIÈRE DÉLICATESSE, autre personne , cette sensibilité que je désirerais dans madame de Blérange. C'est une délicatesse , une candeur , une simplicité , qui augmentent la grâce de ses manières.

Madame de Blérange a donc une rivale ? Madame d'Orceil avait raison.

C'est toujours elle , puisque cette personne en est l'image la plus parfaite.

M. DE MARCI

Quelle folie !

C'est le son de sa voix , mais si doux 9 si différent du ton qu'elle emploie , qu'il me pénètre de regrets , en me prouvant la différence qui règne dans leurs âmes.

M. DE MARCI

Je ne crois pas plus à la ressemblance de leurs traits, qu'à la différence de leurs âmes.

Il règne seulement sur le visage de Laurence une douce langueur qui donne plus de noblesse à ses traits.

, M. DE MARCI

Saint - Albe 9 nous connaissons peu les âmes des femmes, et celle qui nous parait souvent la plus étourdie n'en est pas moins sensible , ainsi que celle qui nous paraît la plus indifférente. En général, les femmes sont ce qu'elles veulent être. Soyons surs d'être aimés de celle que nous aimons , et nous serons heureux.

Ah ! que n'est-il vrai !

' On n'en saurait douter. On croit la première fois

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