ACTE I, SCÈNE VIII
qu'on aime , qu'on n'aimera jamais davantage , et la dernière, on croit n'avoir jamais tant aimé.
Je ne sais si je n'ai jamais plus aimé , je n'examine pas , mais je sais bien que j'aime Laurence au delà de toute expression.
M. DE MARCI
Et sans doute elle est sensible à cet amour ?
Elle l'ignore , et elle l'ignorera toujours.
M. DE MARCI
Voilà un projet de bonheur tout-à-fait raisonnable ! et si par hasard elle en aimait un autre ?
Je suis le seul homme qu'elle connaisse.
M. DE MARCI
Ah ! voilà le style énigmatique qui recommence ; mais pourquoi ne tentes-tu pas d'apprendre ce qui se passe dans son cœur ?
C'est que , si elle m'aimait , je ne pourrais plus épouser madame de Blérange.
Eh bien , tu épouserais cette Laurence.
Voilà ce que je n'obtiendrais jamais d'elle.
M DE MARCI
Comment ?
Elle n'y consentirait pas , non plus que sa mère. Ce sont les deux plus honnêtes personnes qu'il y ait au monde , il ne leur manque que d'être mieux traitées de la fortune.
n6 LA SINGULIÈRE DÉLICATESSE,
M. DE MARCI
Je t'entends. A ta place , je leur ferais dn bien et je ne les reverrais plus.
Voilà ce que je projette chaque jour.
M. DE MARCI
Épouse madame de Blérange , puisqu'elle lui ressemble.
Je n'épouserais que la ressemblance de sa figure.
M. DE MARCI
Et peut-être celle de son âme. Tu crois madame de Blérange une étourdie , et moi , je la crois délicate, peut-être même trop. Je te réponds qu'elle est capable de l'amour le plus tendre.
Ah ! si tù connaissais Laurence !....
M. DE MARCI
Eh bien, fais-la moi connaître.
Je ne demande pas mieux.
M. DE MARCI
Mais promets-moi qu'après tu ne te conduiras que d'après mes conseils , car il faut finir tout cela ; madame d'Orceil l'exigera de sa fille.
Laurence et sa mère ne voient personne ; mais je peux te présenter à elles , sous le nom de la personne qui est chargée de suivre leur procès en Bretagne.
-jir - M. DE MARCI.
r/Tn peux même leur dire que je viens leur en annoncer le gain. A quoi se montent leurs prétentions?