ACTE II, SCÈNE V ia
de nous humilier , nous a fait croire quelquefois que nous l'obligions , eu tenant de lui.. .
Et vous m'obligiez réellement; non, vous ne me devez rien que le silence, ou la permission de vous remercier de la préférence que vous m'avez donnée , en vous adressant à moi.
M. DE MARCI
Voilà comme sont les âmes nobles ; elles font taire la reconnaissance , et l'ingratitude triomphe hautement.
Ne parlons ni de Tune ni de l'autre.
M. DE MARCL
Mon cher Saint-Albe , ce que vous m'aviez dit de ces dames est fort au-dessous de tout ce que je vois et de ce que j'entends. Que ces dehors simples cachent de vertus et de sensibilité !
Vous voyez, chère Laurence, l'etonnement de M. de Marci ; il doit vous prouver ce que je vous disais dans l'instant , combien dans le monde on est éloigné de trouver des cœurs comme les vôtres.'
M me . DE BLÉRANGE.
Dites plutôt qu'il est surpris qu'avec une éducation simple , on puisse sentir et penser ; voilà tout le prodige. Il vient de sa prévention, et elle est naturelle dans un homme du monde. Pour monsieur de Saint- Albe, il a une façon jle penser toute contraire; son mépris pour le monde l'empêche de le bien juger.
M. DE MARCI
Il est vrai qu'il a toujours été un peu misanthrope. Sévir e, il s'est cru juste ; mais , juste avec vous , il
i 2 8 LA SINGULIÈRE DÉLICATESSE, perd toute sa sévérité ; vous semblez avoir répandu dans son âme ce baume délicieux de l'estime et de l'amitié , qui font seuls tout le charme de la vie.
J'en conviens 9 il lit dans mon cœur comme moimême*
M. DE MARCI
Tout cela est le mieux du monde ; mais , Saint-Àlbe , il faut achever notre ouvrage. ( A mademoiselle Prédeau. ) Madame 9 voici un mémoire qui vous instruira de ce qui vous reste à faire pour jouir du gain de votre procès. Si vous voulez, nous allons l'examiner ensemble et dresser un projet de l'acte qu'il faudra que vous envoyiez.
M lle . PRÉDEAU.
Très-volontiers 9 monsieur ; entrez 9 je vous prie , dans cette salle basse , où nous pourrons nous entretenir plus commodément.
Saint-Albe , tu m'attendras .
Je vais rester ici avec mademoiselle.
M. DE MARCI
Tu ne saurais mieux faire ; puisqu'elle t'accuse de prévention, il faut qu'elle t'en guérisse.
M me . DE BLÉRANGE.
Cela sera, je crois, difficile.
M. DE MARCI
Je le pense comme vous ; il ne change pas aisément d'opinion. *