SCÈNE VII
M™^ DR LAUNEY
J'arrive, et je monrois d'envie de vous trouver seule, car j'ai bien des choses à vous dire.
M™^ DE COURVILLE
Ce ne peut être que des confidences agréables , venant d'où vous venez.
m"**' DE LAUWEY.
Ah ! madame , qu'il y a peu de gens qu'on puisse voir souvent!
M""^ DE COURVILLB.
Comment! madame, j'ai compté qu'un jour avec la piincesse vous avanceroit plus dans son cœur, que cent audiences comme celles qu'elle vous donne.
m"* de launey.
Peu de personnes peuvent être vues de près.
M"'*^ de COURVILLE
Qu'avez-vous découvert?
M"* DE LAUNEY
Mille défauts, un très petit esprit, une grande bizarrerie, mille foiblesses.
DE MADAME DE MAINTENON. 2O7 jj^me j3£ COURVILLE.
Ne conuoissiez-vous pas son esprit ?
M'"*' DR LAUNEY
Le peu qu'elle me disoit me paroissoit admirable; son amitié et la mienne me piévenaient, son rang m'imposoit, le plaisir d'être distinguée me disposoit à trouv<îr tout délicieux.
M™^ DE COURVILLE
N'a-t-ellepas la même amitié, le même rang qui rend ces dislinotiocs précieuses?
M™** DE LAUNKY.
Oui, mais tout cela ne peut l'emporter sur tout ce que j'ai vu.
M'"'= DE COURVILLE
Qu'avez -vous donc pu découvrir en deux jours?
M""^ DE LAUNEY
Je m'en vais vous t:ii faire juge : elle monta dans son carrosse d'assez mauvaise humeur, parce qu'elle s'étoit levée un peu plus matin qu'à l'ordinaire; elle gronda d'abord de ce qu'on alloit trop vile, témoignant de grandes frayeurs de verser; elle se plaignoit ensuite de ce qu'on alloit trop lentement, disant que le
cœur lui en faisoit mal. Elle fut gaie avec excès, triste de même. Nous arrivâmes enfin; l'appartement qu'on lui avoit préparé ne lui plut pas; ou voulut lui représenter que son séjour seroit court, elle ne se rendit point, il fallut tout détendre. Pendant ce temps -là, elle disoit mille choses pitoyables; entin c'est une personne qui se laisse aller à tous les mouvements, sans se servir de sa raison, et j'aimerois mieux vivre avec une bonne bourgeoise qu'avec elle.
jljme jjjj COURVILLE.
Vous mettez la raison au-dessus de la grandeur, y pensez-vous bien? et quelle raison pouvoit vous donner la joie que je vous ai vue de votre faveur auprès de la princesse ?
jjme jjjj LAUNEY.
La faveur donne une joie plus sensible, elle flatte la vanité, mais on ne peut s'accommoder long-temps de ce qui choque la raison.
La familiarité engendre le mépris.