SCENE PREMIERE
M^^^ DE VAUDREUIL
J'approche de vingt ans, et je^ortirai bientôt d'ici.
M^^** DE- MAISONNEUVE
OÙ croyez-vous aller?
m'^'' DE VAUDREUIL.
Dans le monde, et ma mère espère me mettre auprès d'une princesse.
M^^^ MARVILLE
On dit qu'il faut avoir du bien pour soutenir les dépenses qu'il faut faiie chez, ces personnes-là.
jllle jjp^ VAUDREUIL.
Si elles veulent qu'on dépense auprès d'elles, il faut bien qu'elles y contribuent!
M^'*' MARVILLE
Elles donnenl en effet quelque chose ,, mais non pas approchant de ce qu'elles veulent qu'on dépense.
W^'^ DE MAISONNEUVE
Pourquoi exii^'ent-elles cette dépense?
M^**' MARVILLE
Pour leur faire honneur dans le monde, et qu'on croie qu'elles donnent beaucoup.
M^^* DE MAISONKEUVE.
.Te n'aimerois guère cette sorte d'établissement, car, après tout, c'est dépendre toujours d'une autre.
m''^ de vaudreuil.
Il est vrai que la dépendance est grande, mais on voit la cour, et on est toujours avec les grands.
M^^^ DE MAISONNEUVE
J'aimerois mieux ma liberté que toute autre chose, et je veux me retirer chez moi avec mes proches.
M^^*^ DE VAUDREUIL
Ces proches vous laisseront-ils celte liberléPet n'aimeriez -vous pas mieux obciç (» une princesse qu'à une mère ?
Ur. MADAME 11E MAINTENON, 'lit
m'*'' de MAISONWEUVE.
Non; car ma mère m'aimera plus que votre princesse ne vous aimera, et elle me traitera avec plus de bonté et de douceur.
A la vérité, il y a de la douceur dans celte sorte de vie, mais elle est sans éclat.
M*"^ DE MAISONNEUVE
A quoi sert l'éclat, si nous sommes malheureuï>es?
jjlle j,£ VAUDREUIL.
Les autres nous croient heureuses, et ne voit-on pas tout le monde désirer la grandeur et les honneurs?
M^^*^ MARVILLE
Je ne voudrois aucun des deux partis que vous envisagez, mais me retirer dans im couvent sans m'y lier, y faire du bien, y être considérée, aimée, servie, et y jouir d'une entière liberté.
jyjlle j,^ VAUDREUIL.
Cette idée n'efface point la mienne ; une princesse me ])laît davantage, tout le reste me paroît tris le.
M^'*" MARVILLK.
Vous le trouverez comme il vous plaira, mademoiselle, mais je ne me vois pas seule ici de mon sentiment , et les plus raisonnables en seroieut.
* m"*' de vaudreuil
Vous le croyez raisonnable, parce qu'il est le vôtre, et je pense de même sur le mien.
M^^*^ DE MAISONNEUVE
Je sais assez que vous voulez toujours l'emporter.
mile jjp. VAUDREUIL.
J'ai autant de droit de décider que vous.
m"'' MARVILLE.
Et vous n'en avez pas ni l'une ni l'autre plus que moi : je vous trouve admirables de me compter pour rien ! y